Les patrons qui ont le plus licencié sont les mieux payés

06/09/10 à 09:44 - Mise à jour à 09:44

Source: Trends-Tendances

D'après une étude de l'Institute for Policy Studies, les 50 patrons américains qui ont le plus coupé dans leurs effectifs pendant la crise ont gagné en moyenne 42 % de plus que leurs pairs du S&P 500 en 2009.

Les patrons qui ont le plus licencié sont les mieux payés

© Bloomberg

Les patrons qui ont licencié le plus d'employés pendant la récession sont ceux qui ont été les mieux rémunérés en 2009. Une étude de l'Institute for Policy Studies révèle en effet que les 50 patrons qui ont le plus coupé dans leurs effectifs ont gagné en moyenne 12 millions de dollars, soit 42 % de plus que leurs pairs du S&P 500.

Pour en citer quelques-uns, William Weldon, chez Johnson & Johnson, a empoché 25,6 millions de dollars alors que sa firme a renvoyé 9.000 salariés. Mark Hurd, qui a surtout fait l'actualité dernièrement pour ses histoires de harcèlement sexuel, a aussi supprimé 9.000 postes avant de quitter Hewlett Packard avec un package de 40 millions de dollars. Michael Duke, patron de Wal-Mart, a engrangé 19,2 millions alors que 13.350 personnes ont pris la porte. Les patrons de Walt Disney, IBM, Ford et Verizon figurent également parmi les costcutters bien récompensés.

Certes, le salaire de tous les patrons a baissé en 2008 puis en 2009. Mais leur rémunération représente quand même le double de la moyenne des années 1990, relativise le rapport, qui relève par ailleurs que 36 patrons sur 50 ont annoncé les plans sociaux alors que leur groupe était dans le vert. Les profits ont même augmenté en moyenne de 44 % en 2009. Pour les auteurs du rapport, cela montre que les patrons ont licencié puis "resserré l'étau sur les salariés restants pour booster les profits et maintenir leur paie".

Il faut dire qu'avec un taux de chômage record de 10 %, "les employeurs n'ont pas de mal à exiger des heures supplémentaires de leurs salariés", avance Robert Pozen, professeur à la Harvard Business School, dans le New York Times. De fait, ce sont bien les réductions de coûts et la hausse de la productivité qui ont tiré les profits à la hausse, aussi bien en 2009 qu'en 2010. Car les ventes, elles, sont freinées par une consommation en berne. Pour l'ensemble de 2009, les dépenses de consommation ont reculé de 0,4 %, soit leur plus forte baisse depuis 1938.

Selon le New York Times, le fait de réaliser des profits malgré un chiffre d'affaires en baisse s'inscrit en fait dans une tendance plus longue aux Etats-Unis. Chez Ford, par exemple, les recettes ont chuté de 20 milliards de dollars depuis 2005, année où le constructeur était en pertes. Pourtant, il devrait gagner 5 milliards en 2010. Son secret ? Sa masse salariale a fondu de moitié ou presque en cinq ans.

Si les dépenses de consommation ont augmenté plus que prévu en juillet, le chômage persistant empêche les revenus des ménages de véritablement décoller. D'ailleurs, en termes réels, le revenu a reculé en juillet pour la première fois depuis janvier, de 0,1 %. Pas de quoi rassurer les entreprises sur la solidité de la reprise américaine. Celles-ci ne se pressent donc pas pour embaucher à nouveau et préfèrent utiliser les profits pour rémunérer les actionnaires... et les patrons.

Laura Raim, L'Expansion.com

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