Camille van Vyve
Camille van Vyve
Rédactrice en chef adjointe de Trends-Tendances.
Opinion

21/08/15 à 13:05 - Mise à jour à 14:39

'Les holdings, machines à fric ou moteurs du progrès et de l'innovation ?'

Cela fait déjà plus d'une semaine que Google a annoncé sa restructuration, et pourtant les commentaires ne cessent d'affluer sur la Toile et dans les journaux. Les marchés semblent d'ailleurs avoir réagi positivement à la nouvelle : depuis lors, l'action Google a pris 3,7 %, pointant à 688 dollars... alors que paradoxalement, l'entreprise n'amène cette fois-ci rien de neuf.

'Les holdings, machines à fric ou moteurs du progrès et de l'innovation ?'

© Reuters

En distinguant ses activités (Web, son coeur de métier ; santé, avec des projets dans le domaine de la génétique notamment ; et mobilité, autour de la voiture sans chauffeur) et en les logeant sous une structure faîtière nommée Alphabet, Google ne fait effectivement pas plus que donner un coup de jeune à la bonne vieille recette du holding.

Comme General Electric l'avait fait plus d'un siècle avant elle, pressentant que l'électricité serait un big deal et que tout ce qui y avait trait méritait d'être développé par ses soins, Google mise sur le fait qu'Internet lui permettra de changer le monde, et affiche désormais clairement ses intentions d'investir tous les pans de l'économie pour atteindre cet objectif. Pionnier sur le plan juridique, il n'est toutefois pas le seul, dans les technologies, à procéder de la sorte sur le plan stratégique : que peuvent bien être Facebook ou le géant chinois Alibaba, sinon des holdings ? En rachetant toutes sortes de pépites qui gravitent autour d'elles, ces entreprises évitent d'être les prochains Yahoo ! ou eBay, qui peinent à sortir de leur marasme après avoir misé sur un seul cheval. Plus proche de chez nous et dans un autre style, puisqu'il "fabrique" des pépites du Web plutôt que de les racheter, l'allemand Rocket Internet est encore une autre version du holding moderne.

Modernes ou pas, il est d'ailleurs assez amusant de constater que les holdings ont trusté l'actualité économique de cet été : Altice de Patrick Drahi, avec son offre manquée sur Bouygues Télécom ; Berkshire Hathaway de Warren Buffett, avec son rachat monstre de l'industriel Precision Castparts ; 3G Capital de l'homme d'affaires brésilien Jorge Lemann et ses coupes drastiques dans les effectifs de Kraft Heinz...

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Les holdings sont-ils juste des machines à fric ou amènent-ils du progrès et de l'innovation pour tous ?

Les grands conglomérats ne font donc pas partie d'une époque révolue. Ils sont même plus que jamais sur le devant de la scène. Faut-il s'en inquiéter ? A première vue, non. Ces sociétés souvent cotées offrent généralement de bons rendements à leurs investisseurs, et sont moins sensibles que d'autres aux chocs conjoncturels. Elles sont dans la plupart des cas l'oeuvre d'hommes d'affaires brillants et hyper ambitieux - Albert Frère et Luc Bertrand chez nous ne sont-ils pas des icônes ? - dont il serait dommage de vouloir se passer.

Mais la question la plus importante est sans doute celle-ci : les holdings sont-ils uniquement des machines à fric pour leurs principaux actionnaires ou amènent-ils du progrès et de l'innovation pour tous ? A cet égard, les méthodes peu commodes de Patrick Drahi ou de Jorge Lemann, spécialistes de la coupe drastique dans les coûts, posent question. D'autant qu'on ne les imagine pas, pour l'instant du moins, se transformer en mécènes à la Bill Gates.

A l'inverse, Google a toujours mis l'innovation au centre de son business model. Mais ses méthodes aussi sont controversées, et on l'accuse d'utiliser son moteur de recherche pour mettre en avant ses propres services, bafouant au passage le beau principe de "neutralité du Net". En définitive, il ne faut pas tant craindre ces monstres du business que l'incapacité des Etats à leur fixer des limites acceptables en matière d'éthique... et à investir eux-mêmes aussi dans le progrès, afin de le rendre accessible au plus grand nombre.

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