Les femmes de plus en plus présentes au sein des conseils d'administration

03/11/17 à 10:37 - Mise à jour à 10:37
Du Trends-Tendances du 19/10/17

Introduit par la loi en 2011, le principe du quota a ouvert la porte des conseils d'administration des sociétés cotées et des entreprises publiques autonomes aux femmes. Soutenues par l'association Women on Board, elles y sont de plus en plus présentes. Comme en témoigne l'exemple de Cofinimmo.

Les femmes de plus en plus présentes au sein des conseils d'administration

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Fin 2009, Emmanuèle Attout, Cécile Coune, Marie Evrard, Françoise Roels et Sonja Rottiers fondent Women on Board avec pour objectif d'accroître le nombre de femmes au sein des conseils d'administration, tant dans les entreprises publiques que privées. A l'époque, le rapport " Femmes au sommet " publié par l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH), indiquait qu'en 2006, 62,3 % des entreprises belges cotées n'avaient pas d'administratrices et ce chiffre s'élevait à 71 % pour les 100 sociétés non cotées les plus importantes en termes de chiffre d'affaires. En 2011, la situation n'avait guère évolué, puisqu'il y avait toujours 61,5 % d'entreprises cotées unisexes et pour le top 50 des sociétés non cotées, la situation s'était même dégradée (73 %). En revanche, le BEL20 enregistrait un meilleur résultat que l'ensemble des entreprises. En 2006, 55,6 % des entreprises du BEL20 comptaient au moins un administrateur féminin. En 2011, ce chiffre grimpe à 72,2 %.

Un vivier d'administratrices

 Jacques Van Rijckevorsel, président du CA de Cofinimmo: " Nous le démontrons au sein de Cofinimmo, les femmes sont bienvenues à bord. "

Jacques Van Rijckevorsel, président du CA de Cofinimmo: " Nous le démontrons au sein de Cofinimmo, les femmes sont bienvenues à bord. " © PG

L'année 2011 est également celle où la loi sur les quotas dans les conseils d'administration a été adoptée. Celle-ci impose qu'au moins un tiers des membres du conseil d'administration des sociétés cotées soient de sexe différent de celui des autres membres et concerne les sociétés cotées et des entreprises publiques autonomes. Le législateur a donné le temps à ces dernières pour se mettre en conformité avec la loi en trouvant les administratrices. Quant à l'argument présenté à l'époque par certains administrateurs selon lequel on manquait de femmes et quand on en trouvait, elles n'avaient pas les compétences requises, il s'est révélé assez rapidement inconsistant. La meilleure preuve en est donnée avec Women on Board qui a vu ses effectifs gonfler au fil des années. L'association compte aujourd'hui 270 membres et leur nombre ne cesse de grandir.

En 2009, quand l'association Women on Board a été créée, on ne comptait que 9 % de femmes au sein des conseils d'administration de sociétés cotées. Aujourd'hui, elles sont plus de 25 % et la moitié des sociétés cotées respectent aujourd'hui le quota fixé par la loi de 2011. Une progression relativement notable dans laquelle Women on Board a joué un rôle appréciable. Rien que pour l'année écoulée, une soixantaine de ses membres a intégré un conseil d'administration. Elle met d'ailleurs sa liste de membres à disposition des entreprises intéressées et leur propose une dizaine de profils. A ces dernières d'effectuer leur choix en fonction des compétences requises. Un vivier accessible à toutes les entreprises, cotées ou non, quelle que soit leur taille. Car si l'impulsion a été donnée au sein des grandes sociétés, il reste encore pas mal de pain sur la planche en ce qui concerne les PME. Pourtant, l'évidence s'impose, les femmes représentent la moitié de la population, la moitié des talents et la moitié des clients. Au final, quoi de plus logique et normal que de les accueillir autour de la table du conseil d'administration. Une diversité qui apporte une réelle plus-value. La preuve avec Cofinimmo.

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Fondée à la fin 2009, Women on Board a vu ses effectifs gonfler au fil des années. L'association compte aujourd'hui 270 membres.

Augmenter la qualité de la gestion

Membre du BEL20, la société immobilière s'érige en modèle en termes de diversité. Non seulement, elle respecte parfaitement le quota avec cinq femmes sur 12 administrateurs (41,7 % du CA) mais elle figure également en pointe tant au niveau des managers que des collaborateurs. Pour les premiers, au nombre de 19, on compte 61 % de femmes ; pour les seconds, elles sont 64 % pour 128 salariés. Une participation féminine qui ravit le nouveau président du conseil d'administration, Jacques van Rijckevorsel, qui a succédé à André Bergen au mois de mai dernier. " C'est un plaisir, lance-t-il d'emblée. Autour de la table du conseil d'administration règne une atmosphère dynamique et stimulante. " Jacques van Rijckevorsel est par ailleurs président du conseil d'administration des Cliniques universitaires Saint-Luc où le nombre de femmes est moindre, deux sur 17. " C'est un peu particulier, tempère-t-il, car une part de nos membres, représentants de l'UCL et du management, sont automatiquement désignés au sein du conseil. Mais nous avons nommé dernièrement une femme, chef du service de neurologie pédiatrique. "

" Dans un conseil d'administration, il faut anticiper, analyser, décider et s'assurer du suivi des décisions, poursuit-il. De ce point de vue, l'expression de la diversité permet d'augmenter la qualité de la gestion. La diversité bien vécue apporte naturellement une approche, une créativité et une réflexion différentes. Cela me semble évident. Aujourd'hui, l'évolution de la société s'inscrit dans la diversité au sens large. Si vous ne favorisez pas la diversité, vous risquez de vous retrouver avec un conseil composé de personnes issues du même moule. Le processus de sélection doit être clair, transparent et basé sur la compétence. Ce qui est important également, c'est que l'entreprise envoie ce message avec clarté car il y a encore beaucoup de non-dits. Nous le démontrons au sein de Cofinimmo, les femmes sont bienvenues à bord. "

Françoise Roels, président de Women On Board: " Un CA n'est pas une chambre d'entérinement, il doit être interpellé par les administrateurs externes."

Françoise Roels, président de Women On Board: " Un CA n'est pas une chambre d'entérinement, il doit être interpellé par les administrateurs externes." © PG

Compétence et expérience

" Chaque fois que nous cherchons à pourvoir un poste d'administrateur, nous énumérons les compétences dont nous avons besoin, explique Françoise Roels, administrateur, membre du comité de direction de Cofinimmo et présidente de Women on Board. Nous nous mettons ensuite en quête de la personne en nous appuyant sur nos réseaux ainsi que sur des chasseurs de têtes. Une liste est établie en fonction du profil et de la personnalité. Elle sera réduite à une short list. Ce qui nous intéresse alors, ce sont, entre autres, la capacité d'écoute, les aptitudes à travailler en équipe et le fait que la personne soit capable de challenger le conseil. Un CA n'est pas une chambre d'entérinement, il doit être interpellé par les administrateurs externes. " C'est le processus que le nouveau président de Cofinimmo a suivi. Avec son expérience au sein des Cliniques universitaires Saint-Luc en termes de santé, son profil cadrait parfaitement avec l'évolution de la société immobilière. Son portefeuille comprenant 44,6 % d'immobilier dans la santé contre 38,2 % pour les bureaux, 16,4 % l'immobilier de réseaux de distribution et 0,8 % pour des partenariats public-privé.

Un président qui confirme les propos de Françoise Roels : " Ce qui compte, c'est le bon dosage de compétence, d'expérience et de personnalité. L'excellence profite à tout le monde. " Jacques van Rijckevorsel est également actif au sein de Guberna, l'institut belge des administrateurs qui a pour objet l'information, la formation et la promotion de la bonne gouvernance. Dans ce cadre, il joue le rôle de mentor pour une administratrice et intervient dans la formation d'administrateurs dispensée par Guberna. De son côté, Women on Board a également mis sur pied fin 2016 un programme de reverse mentoring par les femmes et pour les femmes. Un programme intergénérationnel qui réunit deux générations des " mentorées ", femmes administrateurs, membres de Women on Board, et des mentors, jeunes digital natives ayant une connaissance approfondie de la transformation numérique. Un programme qui permet aux administratrices de s'ouvrir au monde digital et aux jeunes mentors de découvrir les réalités du top d'une entreprise. Une opération profitable aux deux parties et qui prépare déjà la génération de femmes qui pointe à s'inviter prochainement dans des conseils d'administration où leurs compétences sont plus que les bienvenues.

Par Guy Van Den Noortgate.

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