Les entreprises belges perdent 10 milliards en impayés

09/05/12 à 17:00 - Mise à jour à 16:59

Source: Trends-Tendances

[EXCLUSIF] Nos entreprises imputent dans leurs comptes près de 10 milliards d'euros sous forme de factures impayées. L'Etat, en particulier, accuse un retard indécent dans le paiement de ses factures, selon une étude européenne conduite par Intrum Justitia.

Les entreprises belges perdent 10 milliards en impayés

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Le paiement des factures aux entreprises accuserait un plus grand retard en Belgique que dans d'autres pays. C'est l'une des conclusions d'une étude réalisée par Intrum Justitia, que Trends-Tendances a eu l'opportunité d'éplucher en exclusivité. Dans six entreprises sur 10, ces retards engendreraient même des problèmes de liquidités. Les entreprises voient ainsi 2,7 % de leur chiffre d'affaires passer à la trappe, soit davantage que ces cinq dernières années. Au total, le solde des impayés s'élève à 9,6 milliards d'euros.

Guy Colpaert, administrateur délégué d'Intrum Justitia, commente ce constat : "Le report des paiements est la première mesure prise par les entreprises lorsqu'elles sont confrontées à des problèmes de liquidités. En ces temps où "le cash est roi", ceci a des conséquences dramatiques".

Au premier trimestre 2012, ce bureau spécialisé dans le recouvrement de crédit a mené une étude auprès des entreprises de 28 pays. Au total, celles-ci ont passé 340 milliards d'euros au compte de pertes et profits, soit environ le montant de la dette publique grecque. La principale raison du défaut de paiement tient aux difficultés financières du débiteur. Dans plus de deux cas sur trois, c'est une stratégie délibérée. Près de la moitié des défauts de paiement résulte de la lenteur de l'administration. Un retard de paiement sur cinq est dû à un contentieux. La moitié des entreprises interrogées estime que la donne ne changera pas et 44 % anticipent même une dégradation de la situation. Après trois mois, 56 % des créanciers solliciteront l'aide d'un tiers pour l'apurement de la dette. L'an dernier, pas moins de 65 % ont eu recours à un avocat, un huissier de justice ou une agence de recouvrement. En d'autres termes, les créanciers jettent plus rapidement l'éponge qu'auparavant.

"On note une corrélation entre la rigidité de la législation applicable en matière de recouvrement, la vitesse à laquelle le créancier sollicite un tiers pour le seconder dans l'apurement et l'échéance à laquelle le débiteur paie, précise Guy Colpaert. Plus on descend dans le sud, plus le laxisme est grand. Heureusement, à partir de mars 2013, la directive européenne sur les paiements sera transposée dans le droit national. Gageons que cela contribuera à changer la mentalité des mauvais payeurs."

La Belgique, mauvais exemple

Plus de la moitié des répondants, à l'exception de la Suisse, de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de l'Allemagne, rencontrent des problèmes de liquidités imputables aux retards de paiement. La Belgique se situe, avec 58 % de cas problématiques, du mauvais côté de la moyenne.

En 2012, les problèmes de liquidités se sont aggravés, conséquence de la crise. Dans moins d'un tiers des cas en Belgique, les mesures plus strictes appliquées par les banques sont à l'origine du manque de liquidités. Dans la plupart des pays cependant, plus de la moitié des entreprises ont déclaré peiner pour obtenir un crédit bancaire.

Dans notre pays, les entreprises attendent en moyenne 54 jours avant de régler une facture. Les consommateurs la liquident au bout de 36 jours. Les pouvoirs publics sont les plus mauvais payeurs : les entreprises doivent ainsi patienter pas moins de 73 jours avant de percevoir leur dû. "L'avantage est que le créancier est certain que l'Etat paiera, analyse Guy Colpaert. Les pouvoirs publics pourraient cependant gagner plusieurs millions s'ils payaient à temps, car les intérêts de retard sont nettement supérieurs au taux du marché. Par ailleurs, n'est-ce pas un signal négatif que l'Etat envoie en injectant d'une part de l'argent dans l'économie mais en freinant, d'autre part, la circulation monétaire ?"

Hans Brockmans

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