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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

22/11/17 à 15:22 - Mise à jour à 15:22

Les dessous de la stratégie de D'Ieteren

Dans la vie, il faut évoluer, s'adapter sans cesse. Ce discours, que les parents tiennent souvent à leurs enfants, est aussi valable pour les entreprises.

Les dessous de la stratégie de D'Ieteren

© Belga

La meilleure preuve de cette adaptation, c'est l'entreprise familiale D'Ieteren. Elle vient de vendre 40% de Belron à une société d'investissement. Si le nom Belron ne vous dit rien, sachez qu'il s'agit en en réalité de la marque Carglass dont tous les Belges connaissent le slogan par coeur. En vendant 40% du capital de cette société, D'Ieteren voit ainsi sa tirelire grossir d'un bon milliard d'euros.

Alors, ne vous méprenez pas, si D'Ieteren a vendu une partie du capital de la société mère de Carglass, ce n'est pas parce que le business de la réparation de pare-brise va mal, que du contraire. C'est parce que la direction de D'Ieteren veut réduire l'importance de Carglass en son sein, tout en profitant de l'argent récolté par cette vente partielle pour se diversifier.

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Aucun business n'est éternel, le rôle d'une direction est d'anticiper les changements pour les accompagner et non pas les subir

Si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que tout le monde connaît D'Ieteren, ou croit connaître D'Ieteren. Voilà une société familiale, très bien gérée, qui a su passer à travers les évolutions du business, mais qui, aujourd'hui, s'interroge sur son avenir.

Les jeunes, par exemple, que ce soit en Belgique ou ailleurs en Occident, sont de moins en moins intéressés par la possession d'une voiture. Pour eux, ce qui prime, c'est plus l'usage que la possession. L'essor de sociétés comme Uber, Blablacar et autres sociétés de partage de voiture fait évidemment réfléchir la direction de D'Ieteren. Et c'est normal, aucun business n'est éternel et le rôle d'une direction est d'anticiper les changements pour les accompagner et non pas les subir. C'est la raison qui explique, par exemple, que D'Ieteren s'affiche plus comme un fournisseur de mobilité que comme un simple distributeur automobile. Et même si la distribution de voitures a fait, et fait encore, la richesse de la famille D'Ieteren, cette même société - plus que centenaire - n'a pas hésité à s'impliquer dans la start-up Poppy qui proposera dès janvier 2018 un service de voitures partagées à Anvers.

En fait, ce fleuron de l'économie belge est en train de se métamorphoser discrètement. Et surtout, il est en train de diversifier ses sources de revenus pour ne plus être uniquement dépendant du secteur automobile. C'est la raison pour laquelle la direction de D'Ieteren a racheté, il y a quelques mois, la société Moleskine, qui édite les fameux cahiers du même nom. C'est aussi la raison pour laquelle D'Ieteren a pris la majorité du capital d'une société française active dans les services à l'habitat.

Bref, c'est clair, D'Ieteren est de moins en moins un distributeur d'automobile et de plus en plus une société d'investissement, une sorte de holding diversifié comme l'est par exemple la fameuse société anversoise Ackermans & Van Haaren.

Des entreprises qui changent de métiers, l'histoire en regorge. Qui sait que Nokia, par exemple, a d'abord été une société active dans le papier, puis dans la fabrication de bottes en caoutchouc, avant la fabrication de téléviseurs et de smartphones. En France, une société comme Bouygues est passée du BTP vers les médias et la téléphonie sans fil. Bref, pour survivre, il faut parfois se réinventer, c'est ce que fait D'Ieteren aujourd'hui.

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