Les Açores, dans l'oeil de l'anticyclone

06/07/12 à 11:33 - Mise à jour à 11:33

Source: Trends-Tendances

Le tour-opérateur Jetair a lancé cette nouvelle destination au départ de la Belgique. "Trends-Tendances" a testé son circuit de deux semaines abordant quatre des neuf îles de l'archipel.

Les Açores, dans l'oeil de l'anticyclone

Tout le monde en connaît le nom, pour d'évidentes raisons météorologiques. Nombreux sont pourtant ceux à ne situer que difficilement ce célèbre archipel perdu dans l'Atlantique, à un tiers de la distance qui sépare l'Europe de l'Amérique. Susciter la curiosité de ceux à qui on en parlera est amusant, mais il est clairement de nombreuses autres raisons de s'y rendre ! Iles d'origine volcanique, les Açores offrent en effet des paysages d'une grande variété, parfois très accidentés, qui évoquent tantôt le nord de l'Europe et tantôt le sud. C'est là son trait de caractère essentiel. Plaines côtières ici, hautes falaises là, vallons abrupts dégringolant vers la mer, entourés de collines ou de montagnes, lacs de cratère, rochers volcaniques noir d'encre, forêts de cryptomerias et lauriers, chemins très fleuris... On y passe rapidement du bord de mer à des zones d'altitude très montagneuses, grâce à un réseau routier d'excellente qualité.

Terre de pâturages, surtout depuis l'adhésion du Portugal à l'Union européenne, les Açores produisent plusieurs fruits exotiques qui lui donnent un cachet particulier, d'autant qu'on en tire diverses liqueurs vendues un peu partout. Le bâti est très portugais, la population également : plutôt réservée de prime abord, mais amicale et serviable. La plupart des personnes en contact avec les étrangers maîtrisent remarquablement l'anglais. C'est que les liens avec l'Amérique du Nord sont étroits : du fait d'une émigration massive, tout le monde y a de la famille, laquelle revient souvent au pays pour les vacances. Les aéroports flambant neufs et la multiplication des petits musées témoignent de la volonté locale de développer un tourisme qui n'a pris une certaine ampleur que sur São Miguel. Il est clairement orienté patrimoine et nature.

São Miguel : une richesse exceptionnelle

"S'ils continuent, l'île va ressembler à Tenerife", ironise un commerçant résidant ailleurs dans l'archipel. On en est encore loin ! Les hôtels restent fort épars, même si quelques bâtiments un peu massifs ne passent pas inaperçus. On comprend que l'île la plus importante de l'archipel, en superficie comme en population, soit la plus fréquentée par les touristes : elle est vraiment bénie des dieux en attraits de toutes sortes. Les lacs de cratère d'abord, dont les fameux Lagoa Azul (plus ou moins bleu en réalité) et Lagoa Verde (vraiment vert !) du site de Sete citades, que l'on atteint par de jolies routes forestières et que l'on admire de plusieurs points de vue, dont l'incontournable Vista do Rei. Même topo pour le Lagoa do Fogo, au centre de l'île, dans un paysage très montagneux et sauvage. On le domine d'un col (très venté) qui offre une vue exceptionnelle.

Plus à l'est, le Lagoa das Furnas est d'une autre trempe. Son attrait, ce sont les fumerolles et eaux bouillonnantes qui affleurent sur une de ses berges, y compris sous les pieds des visiteurs. La population a mis cette activité volcanique à profit pour la cuisson du cozido, le pot au feu local. C'est vers midi que les restaurateurs extraient, des petits puits creusés à cette fin, les marmites contenant le plat emblématique de la région. Le cérémonial est une des attractions du coin.

Un des plus beaux jardins d'Europe

Distante de quelques kilomètres, la petite ville de Furnas peut s'enorgueillir d'un des plus beaux jardins d'Europe, par sa richesse botanique comme par son aménagement : le parc Terra Nostra. Il est agrémenté par une grande piscine thermale à 40° environ, très chargée en boue sulfurée... dont témoigneront maillot et drap de bain. Une fort sympathique expérience dans un cadre surprenant. A la sortie de la ville se situe un autre endroit exceptionnel : les caldeiras. Ces petits geysers et résurgences d'eau bouillante constituent un site unique dans l'archipel. Beaucoup plus spectaculaire que la Caldeira Velha située dans le centre de l'île.

São Miguel, ce sont aussi deux villes importantes recelant des quartiers pittoresques et des monuments valant le coup d'£il. Ribeira Grande, sur la côte nord, et son centre curieusement ouvert que domine l'Igreja Matriz (église principale). Et surtout la capitale Ponta Delgada, où l'on retient la même Igreja Matriz et plus encore le couvent de l' Esperança. Les amateurs de thé ne manqueront pas de rendre visite aux (deux) plantations de la côte nord, les seules d'Europe. Préférez la propriété Porto Formoso, qui a fière allure.

La côte déchiquetée et les falaises abruptes ménagent de magnifiques points de vue ( miradouros) tels que Ponta do Escalvado, à l'extrême ouest, ou encore Ponta do Sossego, à l'extrême est. Ce dernier est un bel exemple des aires de repos aménagées en plusieurs endroits le long des routes, qui comptent à coup sûr parmi les plus charmantes d'Europe ! Les amateurs de nature feront un crochet par le Centro Ambiental do Priolo, le centre didactique qui explique la faune et la flore de l'île. Avec le secret espoir d'apercevoir le très rare priolo, l'oiseau endémique et emblématique de cette île privilégiée où les espèces les plus communes sont le pinson et la bergeronnette des ruisseaux.

Terceira : patrimoine de l'Unesco

Ville assez importante, Angra do Heroismo, la capitale de l'île, a gardé un cachet historique certain et compte plusieurs bâtiments remarquables, églises, couvents et palais, ce qui lui vaut son inscription au patrimoine de l'Unesco. Outre le site du Monte Brasil (la colline qui domine la ville) et son fort, on relève le couvent São Gonçalo, son cloître et sa superbe église, ou encore la cathédrale, très dominante. Juste derrière elle, le palais Bettencourt (un nom encore répandu ici) mérite un coup d'£il. La ville mérite une longue promenade.

Le reste de l'île présente trois attraits essentiels. Les fameux imperios d'abord, ces petites chapelles dédiées au Saint-Esprit, édifiées dans tous les villages et qui font partie de la personnalité de Terceira. Elles s'animent au moment de certaines fêtes, en mai et août. La partie centrale-nord de l'île ensuite, pour ses témoignages volcaniques. Il ne faut pas trop espérer apercevoir le cratère depuis le point de vue Santa Barbara (à 1.021 mètres) : il est souvent dans les nuages. Par contre, les grottes Algar do Carvao et Gruta do Natal valent une visite par tous temps. La première est un gouffre (genre Padirac, dans le Lot), la seconde un couloir de lave très révélateur, au parcours un peu plus sportif (talons aiguilles s'abstenir !). Troisième centre d'intérêt : les piscines "naturelles" de la côte nord, qui sont en réalité aménagées par l'homme, profitant des mini-criques abritées dans les rochers. Celle de Biscoitos est devenue un must pour les touristes. Si vous cherchez moins couru, voyez celle de Quatro Ribeiras, le village voisin.

Pico : les baleines...et le vin

Vaste mais peu peuplée, l'"île noire" fait le bonheur de ceux qui recherchent le calme et les grands espaces : dès qu'on s'écarte des côtes, les villages disparaissent. Le centre, où l'on tutoie régulièrement les 1.000 m d'altitude, est quasiment désert et dominé par le mont Pico, ancien volcan culminant à 2.351 m ! On l'escalade assez aisément... mais pas sans une personne connaissant les lieux. De petites routes et chemins (à réserver aux 4x4) s'en approchent et donnent une impression de bout du monde, pour soi tout seul.

Tel n'est toutefois pas le seul visage de Pico. Les vignes de la côte nord-ouest, tricentenaires, sont inscrites au patrimoine de l'Unesco en raison de leur caractère unique : elles sont littéralement plantées dans la roche, un travail de titan ! Elles revivent aujourd'hui et alimentent l'ensemble de l'archipel. Très instructif petit musée à Arcos : le Centro de Interpretaçao da Vinha do Pico. Un autre musée s'impose : celui des baleiniers, à Lajes, sur la côte sud. Car Pico était l'île de la chasse à la baleine, ce dont témoignent plusieurs postes de vigie dans cette région. On les chasse aujourd'hui en images seulement. Pionnier en la matière, le Français Serge Viallelle a créé l' Espaço Talassa, qui est aussi boutique et petit musée. La rencontre des cétacés ne saurait évidemment être garantie...

Faial : pas seulement une escale

Cette île de moyenne dimension est connue de tous les navigateurs traversant l'Atlantique, puisqu'ils font escale à Horta, la ville principale. Ils y signent leur passage d'une petite fresque, ce qui fait du port la principale attraction de l'"île bleue", ainsi nommée en raison des hortensias (et hydrangéas) qui la décorent. Il en est quelques autres. D'abord, le Ponta dos Capelinhos, cette pointe qui agrandit l'île suite à l'éruption volcanique de 1958, la dernière du genre, ensevelissant un village de pêcheurs dont ne subsiste que le phare. Ce traumatisme entraîna une émigration massive vers les Etats-Unis. Paysage lunaire saisissant... Un musée souterrain y existe depuis peu. La terre s'est également fâchée de l'autre côté de l'île. La traversée du village de Ribeirinha le laisse deviner : si presque tout est neuf ici, c'est que quatre églises et près de 1.000 maisons y furent détruites par le tremblement de terre du 9 juillet 1998. Faial témoigne avec douleur des dangers présentés par une zone de forte activité sismique et volcanique.

Une carte de l'île révèle du reste qu'elle n'est qu'un immense volcan, dont le cratère éteint, au centre, est couvert de végétation. On y accède par une route charmante, après avoir traversé la plaine et le village de Flamengos. Le nom se réfère aux Flamands qui émigrèrent ici en grand nombre au 15e siècle, apportant leur savoir-faire en matière de moulins et de fromage (on fabrique toujours du queijo flamengo). Superbe vue plongeante sur le cratère ( caldeira) depuis ses abords, mais aussi sur le mont Pico. Ceux qui ne souhaitent pas louer une voiture (pas toujours facile à garer à Horta) feront utilement appel à l'agence AeroHorta, qui organise des tours de l'île permettant de voir tout ceci en une demi-journée.

Les Açores en pratique

Le voyage. Situé à 1.500 km de Lisbonne (et à la même latitude) pour les îles les plus proches et à 1.900 km pour les plus éloignées, l'archipel se compose de neuf îles. Beaucoup sont reliées par avion à la capitale portugaise, transit traditionnel pour s'y rendre. Cette année, Jetair a lancé un vol direct, le lundi, entre Bruxelles et Ponta Delgada, qui dure un peu moins de 4 heures. Dernier (aller et) retour le 8 octobre. Un périple de deux semaines sur plusieurs îles implique une coordination entre les réservations d'hôtels, de vols intérieurs (compagnie Sata) et de voitures de location, ce qui rend les formules toutes prêtes assez attrayantes. Prévoyez toujours un jour de battement entre votre retour d'une île plus lointaine et le vol de retour vers Bruxelles : assurés par des avions de dimensions moyennes, les vols intérieurs peuvent être retardés ou annulés si les conditions météo sont trop mauvaises (rare en été).

Le climat. Les Açores ne sont pas les Canaries ! Si les paysages sont très verts et les fleurs abondantes, c'est que l'archipel ne manque pas d'eau... Celui qui refuse de prendre le risque de la pluie en Ecosse y réfléchira donc à deux fois. Les mois d'été sont toutefois beaucoup plus cléments que les autres et, par ailleurs, il ne fait jamais froid, même en hiver. En témoignent tant la végétation naturelle que les plantations de fruits exotiques. Il faut donc bien comprendre l'adage local, dont on vous rabâchera les oreilles : "Ici, on peut connaître les quatre saisons sur la journée". Il signifie en réalité que le temps peut changer rapidement et une journée bien ensoleillée réserver quelques averses. Il est donc prudent de toujours avoir sous la main de quoi s'en protéger, tout comme un vêtement plus chaud quand les routes vous mènent en altitude (on approche des 1.000 m en plusieurs endroits).

Les documents. Les Açores faisant partie du Portugal, une carte d'identité suffit pour s'y rendre et on y paie évidemment en euro. En matière de guides, il n'y a ni Routard ni Lonely Planet, mais un Petit futé très complet. On y conduira à l'aise en disposant d'une carte détaillée comme celle éditée par Freytag & Berndt, à acheter en Belgique.

Le logement

São Miguel. A Ponta Delgada, le Talisman est un très élégant bâtiment situé près du centre, donnant sur un petit parc. Il est agrémenté d'une piscine semi-couverte sur le toit et d'un restaurant figurant parmi les bonnes tables de la ville. Sur la côte sud, le Caloura Resort offre la vue sur mer depuis toutes les chambres. Grande piscine en plein air et jardin de rocailles descendant vers la mer. Buffet açorien le vendredi, suivi d'un spectacle de danses traditionnelles. A Furnas, le Terra Nostra Garden ne paie guère de mine vu de la route, mais il se révèle d'autant plus charmant qu'il donne sur le parc et sa piscine thermale. Restaurant de haut niveau, par le service comme dans l'assiette.

Terceira. A l'entrée de la vieille ville d'Angra, un imposant (mais discret) immeuble fait face à la mer : le Terceira Mar. Toutes les chambres ont terrasse et jolie vue sur mer, grand jardin et petit spa agréable. Par contre, le service est moyen et le restaurant parfois débordé, du fait d'un personnel trop peu nombreux.

Pico. L'hébergement dans de coquettes maisons anciennes est tout indiqué. On le trouve en particulier sur la côte nord-est notamment. Une référence fort recommandable : Adegas de Pico, pour son accueil aussi charmant que professionnel.

Faial. Plusieurs hôtels à Horta, dont la Pousada de Santa Cruz, aménagée dans l'enceinte du fort du 16e siècle. Quelques détails perfectibles, mais ambiance de petit hôtel de haut de gamme dans un site privilégié. Accueil stylé.

Quelques sites Internet :

www.jetair.be/açores, www.visitazores.com, www.centropriolo.com

Guy Legrand

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