Le "working capital" vu par les patrons

26/04/12 à 08:47 - Mise à jour à 08:47

Source: Trends-Tendances

Une entreprise moderne ne peut plus se passer d'une bonne gestion du besoin en fonds de roulement. Pour six entreprises sur 10, c'est même une priorité absolue. C'est ce qui ressort d'une grande enquête réalisée par "Trends-Tendances" et BNP Paribas Fortis auprès de 400 patrons et directeurs financiers d'entreprises belges.

Le "working capital" vu par les patrons

Le bureau Graydon nous le rappelait encore début avril : les délais de paiement des entreprises belges demeurent problématiques. Ainsi, 36 % des factures ne sont toujours pas payées à temps. Et 12 % des entreprises actives chez nous affichent même un arriéré de paiement de plus de 90 jours. Inutile de dire que beaucoup d'entreprises en souffrent - surtout celles qui disposent de faibles réserves de trésorerie. Face à ce phénomène de factures impayées pouvant dangereusement affecter la liquidité opérationnelle de l'entreprise et donc devenir la cause principale de faillite, les entreprises y accordent de plus en plus d'attention.

En collaboration avec BNP Paribas Fortis, Trends-Tendances a interrogé (via un questionnaire en ligne et à travers cinq grands thèmes : paiements et créances, financement, centralisation des fonds, protection des transactions et reporting) 400 dirigeants d'entreprise, principalement des patrons et des directeurs financiers, pour savoir comment ils vivent au quotidien cette problématique de la gestion du besoin en fonds de roulement (actifs circulants moins dettes à court terme).

Pour faire simple, disons qu'un fonds de roulement positif est nécessaire pour faire face à ses échéances à court terme. De sorte qu'il est fort possible qu'une entreprise dégage des bénéfices mais soit à court de liquidités parce qu'elle n'arrive pas à financer ses actifs circulants (stocks et créances, par exemple).

Neuf entreprises sur 10 y sont attentives

Pour ce qui est des résultats de ce baromètre inédit (et qui devrait être annuel), tant les petites que les moyennes et les grandes entreprises sont représentées dans l'enquête : 71 % d'entre elles réalisent un chiffre d'affaires supérieur à 7,5 millions d'euros. Deux tiers ont leur siège en Flandre. Et 80 % sont actives dans le business-to-business.

Du côté des constats, on remarquera en premier lieu que neuf répondants sur 10 disent accorder de l'importance à la gestion du fonds de roulement. Pour pas moins de 59 % d'entre eux, cette gestion est même une priorité absolue. Les sondés avancent plusieurs raisons à cela : la recherche d'une plus grande efficacité (49 %), la pression du management et des actionnaires (40 %) et l'augmentation du délai de paiement des clients (36 %). Augmentation du délai de paiement des clients qui devient même le facteur le plus important pour les petites entreprises (avec un chiffre d'affaires inférieur à 7,5 millions d'euros). Subissant des retards de paiement de la part de leurs clients, plus de la moitié d'entre elles se voient contraintes d'optimaliser leur besoin en fonds de roulement.

La crise a réveillé les esprits

Face à cela, près de deux entreprises sur trois ont déjà pris des mesures en la matière. Parmi les mesures les plus citées figurent l'amélioration du processus de gestion des paiements et des créances (63 %), le raccourcissement des délais d'encaissement accordés aux clients (57 %) et la réduction des stocks (45 %). A peine 20 % des entreprises ayant répondu à l'enquête ont pris des renseignements auprès de leur banquier ou d'un consultant en la matière.

La crise économique et financière, qui sévit depuis 2008, a bien sûr réveillé les esprits. Un peu plus de la moitié des CEO et CFO interrogés (63 %) avouent que leur attitude vis-à-vis des liquidités a changé. Moins de un pour cent d'entre eux n'ont pris aucune mesure pour améliorer la gestion de leur besoin en fonds de roulement.

Quelle relation avec la banque ?

Et le banquier dans tout cela : quelle relation le patron d'entreprise entretient-il avec lui ? A cette question, plus de la moitié des sondés (56 %) répondent qu'ils attendent de leur banque que celle-ci soit proactive. Une relation idéale qui semble loin de la réalité du terrain : 30 % la voient comme réellement proactive, tandis que 38 % la jugent "réactive", ne réagissant donc que lorsque des problèmes se posent. Un tiers des répondants la voient même uniquement comme fournisseur de produits et services. Si bien qu'une minorité de dirigeants d'entreprise pensent spontanément à leur banquier pour améliorer la gestion de leur fonds de roulement. Il y a donc là une réelle marge de progression pour les banques.

CEO et CFO ayant participé au sondage se font également du souci en matière de crédit : 44 % d'entre eux pensent qu'il sera plus difficile d'en obtenir dans les deux années à venir et que celui-ci coûtera aussi plus cher (22 %). Seulement 28 % des répondants pensent qu'il n'y aura aucun changement en la matière. Ces chiffres confirment l'enquête de la Banque nationale et de Febelfin (la fédération du secteur financier belge) dans laquelle il apparaissait clairement qu'obtenir un crédit devient plus difficile.

Quant à savoir comment l'octroi de crédit a évolué au cours des deux dernières années, 45 % des répondants estiment qu'il n'y a pas eu de changement. On notera que quatre sondés sur 10 signalent néanmoins davantage d'obstacles : la banque pose plus de conditions, il faut plus de temps avant qu'un crédit ne soit octroyé et on discute beaucoup plus qu'auparavant. En revanche, parmi ces sondés ayant constaté davantage d'obstacles, ils ne sont que 15 % à avoir vu les montants des crédits limités. Ce qui semble prouver que l'on ne puisse pas parler de credit crunch, mais que pour un peu plus d'un tiers des répondants les conditions imposées par les banques sont devenus plus strictes. Mauvaise nouvelle pour celui qui, au cours des deux dernières années, et à cause de la crise, a entamé ses réserves et se retrouve aujourd'hui plus dépendant du crédit bancaire. D'où l'importance d'élargir son champ d'horizon en termes de financement et de gérer plus strictement ses besoins en fonds de roulement.

Sébastien Buron et Patrick Claerhout

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"Un outil d'amélioration de la rentabilité"

Bien sûr le working capital need, comme il dit, n'est pas quelque chose de nouveau pour Jean Galler, patron des chocolats du même nom. Comme tout chocolatier, il est chaque année confronté à un besoin de fonds de roulement plus important dès le mois de juin et jusqu'en octobre (suite à une diminution récurrente des rentrées à l'approche de l'été et à une augmentation des stocks avant la rentrée, généralement porteuse en termes de ventes). Mais depuis trois ans, il travaille différemment. "Pour faire face au besoin saisonnier, nous n'avons plus recours à une simple et pure augmentation des lignes de crédit ( Ndlr, straigh loan remboursable au moment où la trésorerie se renverse dans le courant du mois de novembre), indique l'ancien Manager de l'Année. Les besoins sont désormais évalués sur base hebdomadaire en fonction de deux critères : le volume des stocks et des créances." A ce suivi plus pointu des liquidités est venu s'ajouter une analyse de marché réalisée par son banquier de référence pour voir où se situe l'entreprise par rapport aux concurrents sur le plan de son encours clients, de son encours fournisseurs et de son endettement total. "De quoi améliorer l'efficacité et la rentabilité de l'entreprise", conclut-il.

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