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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

15/04/15 à 12:19 - Mise à jour à 16/04/15 à 10:14

Le statut de salarié est voué à disparaître

Demain, serons-nous tous free-lance ? Autrement dit, le salariat va-t-il disparaître au fil du temps ? C'est la thèse de plusieurs économistes et c'est l'une des tendances les plus fortes qui apparait aujourd'hui dans les débats. Comme souvent, ce genre de tendance de fond n'apparait pas à l'oeil nu, personne n'y prend donc garde.

Le statut de salarié est voué à disparaître

© istock

Mais, au fait, pourquoi est-ce que le salariat pourrait disparaître ? Parce qu'il y a de moins en moins d'ouvriers dans nos sociétés et qu'en plus, ces ouvriers sont de plus en plus souvent remplacés par des robots en usine pour les tâches matérielles et répétitives. Quant aux cols blancs, c'est-à-dire les cadres, là encore, l'arrivée massive de la révolution numérique, avec ses nouvelles applications et ses nouveaux algorithmes, rend leur présence également moins nécessaire en entreprise. Il suffit de constater comment l'emploi dans le secteur bancaire a été réduit au fil du temps au profit des banques en ligne et des opérations en ligne. N'oublions pas d'ailleurs, que ce qui se fait en ligne, est réalisé par nous et non pas par un employé !

Demain encore plus qu'aujourd'hui, l'entreprise aura tendance à solliciter des compétences externes, l'entreprise les sollicitera au gré de ses projets, que ce soit pour quelques jours ou quelques mois. Ces mêmes entreprises n'auront plus besoin d'avoir tous leurs employés sur place. D'ailleurs les esprits changent, si autrefois une carrière professionnelle consistait à rester le plus longtemps possible salarié d'une entreprise afin de gravir les différents échelons, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Avant, avec un diplôme universitaire de 4 ans, on pouvait espérer faire sa carrière pendant 40 ans dans une grande entreprise, tout cela, c'est fini maintenant. Non seulement, l'entreprise n'est plus loyale à l'égard de ses employés à cause de la crise et de la révolution technologique, mais les employés ont également compris que s'ils ne changeaient pas régulièrement d'emploi, ils restaient bloqués dans leur carrière.

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"Les chômeurs n'ont qu'à créer leur emploi"

De là, à penser que demain, le passage du salariat au statut de free-lance, d'indépendant se fera tout seul, ce serait mentir. D'abord, parce que notre modèle social devra s'adapter, les gouvernements devront favoriser le passage entre le statut de salarié et d'indépendant, sans perte financière au niveau de la pension par exemple. Il faudra aussi voir si les cadres des entreprises auront la capacité de s'adapter au nouveau management par projet. Seront-il aussi capables de motiver leurs troupes et leur loyauté, en passant d'une exigence de moyens - la présence sur place en entreprise - à une exigence de résultat, en mesurerant le travail sur la base ce ce qui est réellement accompli?

Evidemment, certains économistes s'interrogent déjà sur cette future société d'"indépendants forcés" en quelque sorte. Pour eux, c'est clair, l'entreprise demande de plus en plus de flexibilité pour elle-même, mais tout en affaiblissant les protections dont disposent les travailleurs. En résumé, selon ces économistes, un recul social se prépare. Et en tout cas, une chose est certaine, les caisses des Etats sont vides. Au-delà des discours anti free-lance qui vont bientôt se développer, la lame de fond sera plus forte que les discours des politiques. A ceux qui oseront dire que le choix du statut d'indépendant sera un choix par défaut, ils risquent d'avoir la même réponse que celle qu'a donné l'ancien premier ministre français Raymond Barre en 1978 à savoir: "les chômeurs n'ont qu'à créer leur emploi !", le débat ne fait que commencer.

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