Le point sur la semaine de 28 heures, une revendication inédite

11/01/18 à 09:58 - Mise à jour à 09:58

Source: Afp

La semaine de 28 heures sous condition, une revendication inédite en Allemagne, se retrouve au coeur du bras de fer social engagé début janvier par le puissant et souvent précurseur syndicat allemand de la métallurgie, IG Metall. De quoi s'agit-il ?

Le point sur la semaine de 28 heures, une revendication inédite

© AFP

Les 28h sont-elles les nouvelles 35h ?

Non: cette revendication ne signifie en rien une semaine de quatre jours généralisée à tous les employés ou une journée de travail raccourcie.

Elle porte sur un aménagement individuel et temporaire du temps de travail, partiellement financé par l'employeur, afin de dégager du temps pour s'occuper des siens.

IG Metall veut permettre à des salariés soumis à un travail épuisant, ayant des enfants en bas âge ou un parent nécessitant des soins particuliers, de réduire leur temps de travail de 35 à 28 heures, mais sans perdre la totalité du salaire pour les sept heures travaillées en moins.

La formule, limitée à une période de deux ans, prévoit aussi l'assurance de revenir à un emploi à plein temps.

Quels sont les arguments d'IG Metall ?

Le syndicat, souvent précurseur en Europe, défend un meilleur équilibre vie professionnelle/vie privée, devenu l'un de ses principaux chevaux de bataille depuis qu'IG METall a remporté au début des années 1990 son combat historique pour la semaine de 35 heures dans la métallurgie.

"Les travailleurs ne sont pas que des travailleurs, ils ont des vies personnelles, des enfants, des parents âgés, tout ceci doit être pris en compte", résumait lundi lors d'une manifestation le patron berlinois du syndicat, Olivier Höbel.

IG Metall met aussi en avant la réciprocité du principe de flexibilité des horaires demandé depuis des années dans les ateliers, en fonction de l'état des commandes.

Cette flexibilité pourrait, selon la centrale, particulièrement bénéficier aux femmes, qui sont plus nombreuses que leurs collègues à déjà aménager leur temps de travail (partiel, mi-temps) sans compensation. Il s'agit d'une "contribution à l'égalité entre les sexes", note la sociologue allemande Ingrid Artus.

Pourquoi maintenant ?

En Allemagne, les négociations sociales ont lieu au sein de chaque branche, et seuls les syndicats et le patronnat sont habilités à conclure un accord, valable de 18 mois à deux ans.

Dans le cas de la métallurgie (qui regroupe aussi l'industrie électrique et l'ingénierie), les négociations sur un nouvel accord de branche, comprenant une traditionnelle hausse des salaires, ont démarré en octobre.

Mais elles n'ont pas abouti avant l'expiration, au 31 décembre 2017, du précédent accord de branche. La période de "trêve sociale" est donc terminée.

Quelles chances d'obtenir les 28 heures ?

La question des 28 heures a braqué le patronat qui a haussé le ton avec IG Metall alors que l'Allemagne s'est plutôt habituée à un dialogue social apaisé et des négociations bien huilées depuis des années.

La fédération patronale Gesamtmetall juge le projet "trop coûteux", "injuste" et discriminatoire pour les salariés qui travaillent déjà à temps partiel pour un salaire conséquent. La fédération menace de porter l'affaire en justice.

Les négociations vont donc se cristalliser sur la compensation financière par l'employeur, un principe que le patronat juge illégal.

"Pouvoir s'occuper de ses enfants ou prendre soin de ses parents ne devrait pas être une question de moyens financiers. Nous nous battrons pour cela", a averti le patron d'IG Metall, Jörg Hofmann.

De manière plus générale, IG Metall se retrouve en position de force pour négocier, porté par une excellente conjoncture économique: emploi, commandes industrielles et indicateurs de confiance sont au beau fixe en Allemagne.

IG Metall durcit le ton

Des centaines de grèves d'avertissement orchestrées par le syndicat de la métallurgie IG Metall doivent perturber jeudi l'industrie allemande, alors que reprennent les négociations salariales pour tenter d'arracher au patronat la semaine de 28 heures.

Ces arrêts de travail, qui sont montés progressivement en puissance depuis lundi, mobilisant environ 160.000 personnes à travers le pays, affectent pendant quelques heures des entreprises soigneusement choisies (Siemens, Caterpillar, Daimler, Airbus, Mercedes, Miele).

Ils doivent accompagner le début jeudi d'une nouvelle session de négociations entre les partenaires sociaux à Böblingen, dans le Bade-Wurtemberg (sud-ouest).

Les négociations saisonnières entamées à l'automne n'ont pas permis de conclure un nouvel accord pour cette vaste branche de la métallurgie, qui recouvre aussi l'automobile, les industries électriques et électroniques (semi-conducteurs, électroménager, machines-outils...) et emploie 3,9 millions de personnes.

Le patronat s'est braqué autour de la revendication d'IG Metall : le passage de la semaine de travail de 35 à 28 heures pour ceux qui souhaitent s'occuper de leurs proches, avec compensation partielle de la perte de salaire par l'employeur. La formule serait valable deux ans au maximum et l'employeur devrait garantir un retour à un poste à plein temps.

IG Metall réclame également une augmentation de salaires de 6%, quand la fédération des employeurs met sur la table 2%.

Le dirigeant du syndicat a durci le ton mercredi en donnant au patronat jusqu'à la fin du mois pour faire avancer les négociations.

"Si les employeurs n'abandonnent pas leur posture de blocage pour parler avec nous du temps de travail, nous devrons prendre des mesures plus drastiques", a prévenu Jörg Hofman lors d'une rencontre avec la presse à Francfort (ouest), siège du syndicat.

"Nous verrons alors s'il y a lieu de continuer de négocier, si nous continuons les arrêts de travail, ou si nous organisons le vote de grèves dures", a-t-il déclaré dans la presse.

Les débrayages de quelques heures accompagnent traditionnellement les négociations salariales en Allemagne, mais les grèves de 24 heures sont plus rares et IG Metall n'a pas organisé de grève nationale et illimitée depuis 2003.

Le président de la Fédération des employeurs (BDA), Ingo Kramer, a jugé jeudi dans le journal Rheinische Post que la semaine de 28 heures risquerait de "porter atteinte à la paix sociale dans les entreprises, si certains salariés peuvent réduire leur temps de travail en recevant une compensation financière et que leurs collègues doivent prendre en charge leur travail sans être payés davantage".

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