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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/12/14 à 12:05 - Mise à jour à 12:55

Le droit à l'oubli numérique bafoué, un retour vers le Moyen-âge

Le droit à l'oubli n'existe pas vraiment sur Internet, pas plus que le droit à la vie privée en réalité. Même si la révolution numérique semble très moderne, en ce qui concerne notre vie privée, c'est plutôt un retour en arrière. Plus précisément, un retour vers le Moyen-Age. Explication.

Le droit à l'oubli numérique bafoué, un retour vers le Moyen-âge

. © REUTERS

Vous avez rédigé des tweets il y a quelques mois ou quelques années dont vous n'êtes pas très fier, vous pensez que plus personne ne vous en parlera ? Détrompez-vous ! Sa société, Twitter, a conservé les centaines de milliards de tweets écrits par ses utilisateurs depuis sa création, en 2006. Pire encore, Twitter va mettre tous ces anciens tweets à disposition du public grâce à un moteur de recherche.

Via ce nouvel outil, il sera possible de retrouver des tweets historiques comme ceux écrits lors du Tsunami du Japon en mars 2011 et même des tweets plus délicats comme ceux rédigés suite au débat sur le mariage pour tous. En réalité, ces tweets sauvegardés seront surtout dangereux pour un homme ou une femme politique parce qu'il y aura toujours un journaliste qui aura la bonne idée de retrouver un ancien tweet et de le lui mettre sous le nez. Autrement dit, Twitter démontre une fois de plus qu'avec la révolution numérique, il faut bel et bien oublier le droit à l'oubli.

De même qu'avec Facebook, Google ou toute autre firme qui se sert des données des internautes pour lui vendre de la publicité, il vous faudra oublier votre anonymat. Ces sociétés jurent d'un côté, qu'elles respectent votre anonymat, mais avouent d'un autre côté, comme l'ont fait les dirigeants de Google, que l'anonymat sera l'exception, considérée, en réalité, comme une anomalie. L'ancien patron de Google a même un jour déclaré que la personne qui recherche l'anonymat, à quelque chose à cacher.

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Même si la révolution numérique semble très moderne, en ce qui concerne notre vie privée, c'est plutôt un retour vers le Moyen-Age.

Avec la révolution numérique, non seulement, vous n'avez pas droit à l'oubli, mais en plus, votre anonymat a disparu. Au fond, même si la révolution numérique semble très moderne, en ce qui concerne notre vie privée, c'est plutôt un retour en arrière. Plus précisément, un retour vers le Moyen-Age, comme le rappelle l'économiste Jeremy Rifkin dans son dernier livre. Dans la quasi-totalité des sociétés que nous connaissons avant l'époque moderne, les gens se baignaient, avaient des rapports sexuels en public, urinaient et déféquaient fréquemment au vu au su de tous, mangeaient à des tables communes, et dormaient en groupe serrés les uns contre les autres. Ce n'est qu'au début de l'ère capitaliste que l'homme a cherché un peu d'intimité. Avec l'essor de l'Internet des objets, c'est-à-dire les objets qui dialoguent entre eux, notre vie privée sera bel et bien à nouveau publique, comme au Moyen-Âge. Si vous en doutez, dites-vous que chaque personne en occident possède ou est entourée de 1000 à 5000 objets personnels. On pourrait croire que c'est élevé, mais faites le tour de la maison, du garage, de la voiture, du bureau et comptez tous les objets de la brosse à dents électrique, aux livres, aux badges électroniques, aux ouvre-portes motorisées de garage, et vous serez surpris du nombre d'objets en votre possession. Ces objets très utiles vont de plus en plus communiquer entre eux au cours des prochaines années et ils détruiront sans aucun doute encore plus notre anonymat.

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