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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/07/17 à 09:24 - Mise à jour à 09:23

Le combat de Barcelone contre Airbnb

La ville de Barcelone a fait plier le site d'hébergement Airbnb . C'était ça ou accepter que son centre historique soit vidé de sa population et remplacé par des hordes de touristes dont certains sont imbibés d'alcool une grande partie de la journée.

Le combat de Barcelone contre Airbnb

© Reuters

J'ai une amie qui compte se rendre fin juillet dans la superbe ville de Barcelone. Elle ne sera pas la seule, Barcelone est la destination la plus courue par les Belges, en tout cas, en termes de city trip.

Je n'ai pas poussé l'indiscrétion jusqu'à demander si elle logeait dans un hôtel ou chez l'habitant via Airbnb, la fameuse plate-forme d'hébergement entre particuliers sur le Net. En réalité, ce que le touriste de quelques jours ne voit pas à Barcelone, c'est le combat mené par la mairie locale contre Airbnb. Ada Colau, la maire de Barcelone, proche du mouvement de gauche Podemos, souhaite en effet réorienter sa ville vers un tourisme plus en phase avec la population locale. Son combat est plutôt partagé par la population alors que le tourisme fait pourtant vivre cette ville. Alors pourquoi ce paradoxe ? Tout simplement parce que les quartiers historiques du centre ont littéralement été vidés de leurs habitants. En effet, les propriétaires d'appartements sortent leurs logements du marché de la location classique et préfèrent donc louer à des touristes de quelques jours plutôt qu'aux habitants de la ville de Barcelone. C'est évidemment bien plus rentable.

Pire encore, selon diverses sources, des fonds immobiliers ont également racheté des immeubles entiers afin de les louer uniquement aux touristes et bénéficier de la très forte rentabilité de ce segment. De son côté, la mairie de la ville ne peut pas accepter que son coeur historique se vide de sa population et soit remplacé en partie par des touristes dont certains sont imbibés d'alcool à toute heure de la journée. Bien entendu, la direction locale d'Airbnb défend évidemment son modèle. Chiffres à l'appui, elle affirme qu'elle rend service à la ville de Barcelone et annonce que 1.3 million de personnes ont utilisé cette plate-forme pour se loger à Barcelone en 2016. Ce qui aurait permis de dégager 167 millions d'euros pour les propriétaires de ces appartements mis en location, et aurait généré 860 millions d'euros de dépenses dans les commerces locaux.

Ces chiffres étaient une manière pour Airbnb de dire "fichez-nous la paix, n'oubliez pas que nous vous apportons du business pour la ville". Oui, sauf que Airbnb devait apporter un complément de revenus aux propriétaires locaux qui avaient une chambre à louer. Or, de revenu complémentaire, la vogue d'Airbnb a suscité un véritable business - et 8000 appartements illégaux seraient aujourd'hui sur le marché à Barcelone. Plusieurs sources indiquent que des réseaux semi-mafieux semblent avoir pris le contrôle d'une partie de l'offre de la location touristique.

Après des mois de bras de fer entre la mairie de Barcelone et la direction d'Airbnb, c'est finalement Airbnb qui a cédé à la menace d'une nouvelle amende de 600.000 euros. Airbnb s'engage désormais à retirer de son site les annonces d'appartements sans licence municipale. Airbnb n'est pas la seule entreprise à avoir plié face à la municipalité de Barcelone, d'autres sites d'hébergement sur le Net comme TripAdvisor, Booking, Homeway ou Rentalia ont également accepté de mettre de l'ordre dans leurs offres en éliminant les offres illégales. Sachez simplement que ce combat n'a pas eu lieu seulement à Barcelone, mais également dans d'autres villes comme Paris, Berlin ou New York - c'est un peu l'envers du décor de l'économie collaborative - celui dont on parle peu

Amid Faljaoui (en Espagne)

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