Pierre-Henri Thomas
Pierre-Henri Thomas
Journaliste
Opinion

24/03/15 à 13:13 - Mise à jour à 13:13

Le battement d'ailes d'une start-up peut-il provoquer une tornade de croissance en Europe ?

Voici quelques jours, certains grands noms du (petit) club de fondateurs des jeunes pousses technologiques du pays ont remis un manifeste au ministre Alexander De Croo, qui a l'agenda numérique dans ses compétences. Un document destiné à promouvoir dans les cinq ans 10.000 start-up qui permettraient de créer 100.000 emplois. Des chiffres un peu trop ronds et symboliques, soit. Pourtant, cette initiative mérite mieux qu'un sourire condescendant.

Le battement d'ailes d'une start-up peut-il provoquer une tornade de croissance en Europe ?

La Belgique des start-up. © DR

Beaucoup d'emplois supprimés aujourd'hui sont définitivement perdus ou ne sont remplacés que par des jobs beaucoup moins créateurs de richesses. Comme le dit l'économiste Patrick Artus, les seules perspectives qui s'ouvrent bien souvent à l'ouvrier licencié de chez Ford est d'aller travailler au McDo... (lire Trends-Tendances du 29 janvier). Il n'y a pourtant pas de fatalité. On sait que la croissance de l'économie numérique sera ces prochaines années quatre, cinq, six fois plus tonique que la croissance moyenne de l'économie. On sait que c'est dans ces entreprises que la création de richesses sera la plus importante et la génération d'emplois qualifiés la plus impressionnante.

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Le battement d'ailes d'une start-up peut-il provoquer une tornade de croissance en Europe ?

Ecoutons ces jeunes patrons. Leurs revendications ne sont pas la mise en place d'un plan Marshall 4.0 ou la création d'un fonds ad hoc destiné à saupoudrer de l'argent public. Elles s'axent sur un changement de culture. Si les pouvoirs publics, plutôt que distribuer des subsides, éliminaient la paperasserie qui décourage les petites entreprises de participer à des appels d'offres de moins de 50.000 euros ? Si l'enseignement apprenait, non comment trouver un emploi, mais comment trouver des clients ?

Et si l'on créait un statut dédié aux jeunes entreprises (celles actives dans le numérique, mais aussi ailleurs), la "Start-up Inc." ? Un statut spécial qui ne pourrait être revendiqué que par les entreprises dont le ou les fondateurs-propriétaires détiendraient au moins 50 % du capital, qui auraient moins de cinq années d'ancienneté, qui emploieraient 10 personnes au maximum, afficheraient un chiffre d'affaires de moins de 2 millions d'euros. Sous ce statut, les formalités (en ligne) de création et de liquidation de société seraient simplifiées à l'extrême ; l'embauche et le licenciement seraient des opérations beaucoup plus souples. Ces "Start-up Inc." seraient exemptes de toutes taxes et charges sociales, du moins tant qu'elles ne généreraient pas de profits. Elles pourraient attirer un venture capital "de masse" via un incitant fiscal de type tax shelter, qui a fait ses preuves dans l'audiovisuel. Ce serait une manière de canaliser une petite partie des 260 milliards d'épargne qui trépignent dans les livrets et qui pourraient être investis dans ces jeunes pousses en profitant d'une pleine déductibilité.

Pour une jeune entreprise, les cinq premières années d'existence constituent souvent une "vallée de la mort" fatale à nombre d'entre elles. Ces propositions constituent donc un pack de survie. Si une start-up peut focaliser tous ses efforts sur son produit et ses clients plutôt qu'en dilapider une partie en vain travail administratif, le risque de mortalité infantile serait fortement diminué.

Ce coup de pouce des autorités serait récompensé : les plus-values générées dans le futur par la vente des parts de ces start-up seraient imposables. Le deal paraît honnête : une exemption aujourd'hui permettant de créer de la richesse - taxée - demain.

La deuxième révolution industrielle n'a pu vraiment éclore qu'avec l'émergence des sociétés anonymes. L'actuelle quatrième révolution industrielle pourrait fleurir avec les "Start-up Inc.". Les propositions de ces geeks entrepreneurs ne sont ni naïves, ni trop difficiles à mettre en oeuvre. Elles demandent juste une petite part de rêve, une modeste part d'audace et une grande part de pragmatisme.

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