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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/03/15 à 11:30 - Mise à jour à 11:44

La ville 100% Facebook, comme un retour aux fermes d'Etat de l'époque soviétique

Mark Zuckerberg, le très jeune patron et fondateur de Facebook, veut construire une superbe ville à proximité de ses bureaux pour les 10.000 personnes qui travaillent pour Facebook.

La ville 100% Facebook, comme un retour aux fermes d'Etat de l'époque soviétique

© Reuters

A priori, les employés de Facebook y seront heureux car le site prévu pour cette ville 100% Facebook est situé tout près de la baie de San Francisco, qu'un budget de 200 milliards de dollars est prévu pour la construction de cette ville et, qu'en plus, elle sera construite par l'un des plus brillants architectes du moment. S'y on ajoute à cela que cette cité sera équipée de services optimaux et d'une sécurité renforcée, voilà qui devrait impressionner et motiver les employés de Facebook. Bien entendu, si le patron de Facebook veut créer cette ville, c'est aussi pour permettre à ses employés d'avoir les meilleures conditions de vie quotidienne, de sorte qu'ils puissent se consacrer sans perturbations externes à leur boulot.

Il y a ceux qui applaudissent ce geste, et puis, il y a d'autres qui se disent que décidément, même si cette idée vient aujourd'hui de la Silicon Valley, en fait, elle est vieille comme le monde. C'est l'idée du paternalisme patronal qui a d'ailleurs vu le jour en Europe. Aujourd'hui encore, il y a des villages ou des villes entières construites ou occupées par les ouvriers ou employés de firmes très connues, c'est le cas de Michelin à Clermont-Ferrand, mais c'est aussi le cas de Volkwagen ou de SAP en Allemagne.

Le côté paternaliste intéressé n'est donc pas une nouveauté. Plus loin dans le passé, au XIX ème siècle, les paternalistes avaient déjà créé les phalanstères. Tout cela pour dire que ce que veut faire Facebook n'est pas nouveau, si ce n'est que les moyens mis en place sont gigantesques !

Mais il y a tout de même une grande différence entre les entreprises de la Silicon Valley et les entreprises industrielles classiques. Les dirigeants de la Silicon Valley n'hésitent pas à franchir certaines limites éthiques ou jugées comme telles aujourd'hui. Facebook et Apple avaient ainsi proposé à leurs salariés, il y a quelques mois à peine, d'optimiser leur carrière en finançant la congélation de leurs ovocytes pour pouvoir repousser la grossesse à plus tard, le temps que ces personnes restent compétitives le plus longtemps possible à la fleur de l'âge ! Cette proposition avait suscité pas mal de réactions à l'époque.

Aujourd'hui, avec l'idée d'une ville Facebook bâtie uniquement pour ses employés, le journal Les Echos se demande si nous ne retombons pas à l'époque des sovkhozes, autrement dit, ces fermes d'Etat de l'époque soviétique, sauf qu'ici, ce seraient des sovkhoze de marché. Décidément, la Silicon Valley n'en finit pas de nous surprendre pour le meilleur et le pire, cette situation n'est pas à regarder du coin de l'oeil, car les nouvelles manies ou marottes américaines finissent toujours pas débarquer en Europe avec un an ou deux ans de retard.

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