La survie du fleuron Air France est-elle menacée?

07/10/15 à 15:32 - Mise à jour à 15:35

Source: Afp

Confrontée à de nouveaux concurrents sur le court, moyen et long courrier, la compagnie aérienne Air France a cumulé les pertes et vu sa valeur en Bourse divisée par deux, ce qui l'expose à toutes les convoitises.

La survie du fleuron Air France est-elle menacée?

© Reuters

Quelles sont les causes de la dégringolade?

Air France a dû faire face à une concurrence agressive sur tous les fronts. D'une part, celle des compagnies du Golfe et du Sud-Est asiatique sur le long-courrier et le haut de gamme. Ensuite, sur le marché du moyen courrier, avec la course aux prix bas des compagnies low-cost qui ont gagné rapidement de grosses parts de marché en pratiquant des prix imbattables grâce à des coûts de production calculés au plus juste. Sur le court-courrier, les trains à grande vitesse ont raflé la mise.

Cette nouvelle donne nécessite "de repenser complètement le business model d'une compagnie. Celles qui sont agiles arrivent à se réadapter et celles qui manquent d'agilité souffrent", souligne un expert.

Depuis 2008, la compagnie accumule les pertes. Elle devrait renouer cette année avec les bénéfices après un premier plan de restructuration qui a entraîné une réduction des effectifs d'environ 5.500 postes en trois ans.

Selon une étude d'APDC (Airline Personnel Directors Council), un réseau qui regroupe 34 compagnies aériennes, le coût de l'heure de vol chez Air France est 25% plus élevé que chez la concurrence.

La réduction de cet écart était l'un des enjeux d'un plan de productivité et de croissance d'Air France dont l'échec a provoqué la mise en oeuvre d'un plan de restructuration alternatif.

Dans le cadre de ce plan de productivité, Air France demandait au personnel navigant de voler une centaine d'heures de plus par an, à rémunération constante.

La survie d'Air France est-elle menacée?

"Une compagnie historique du giron étatique est aujourd'hui mortelle au même titre que toute autre compagnie", estime Stéphane Albernhe, expert au sein du cabinet Archery Strategy consulting.

La valeur en Bourse du groupe Air France-KLM (environ 1,8 milliard d'euros) a été divisée par deux depuis cinq ans.

Avec 75% de son capital flottant (c'est-à-dire non détenu par des actionnaires de référence), Air France-KLM doit impérativement faire des bénéfices pour éviter le risque - dans le contexte d'une valorisation faible de la compagnie - de voir ses petits actionnaires vendre massivement leurs actions et provoquer un effondrement du cours, exposant la compagnie à toutes les convoitises.

Y a-t-il des précédents?

Aux Etats-Unis, des géants des transports aériens comme la Pan Am ou TWA ont été rayés de la carte au début des années 2000.

En Europe, la compagnie nationale belge Sabena a disparu en 2001, l'année suivante c'était au tour de Swissair, la compagnie suisse de cesser son activité, et plus récemment Malev, la compagnie hongroise a cessé de voler en 2012.

La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont réussi jusqu'ici à conserver leur compagnie historique en construisant des pôles. Air France s'est alliée à la Néerlandaise KLM, British Airways a fusionné avec l'Espagnole Iberia pour former IAG (International Airlines Group), et Lufthansa s'est renforcée à travers une politique d'acquisitions ou de partenariats avec d'autres compagnies européennes.

La compagnie italienne Alitalia, lourdement déficitaire et très endettée, a frôlé la faillite avant l'arrivée du groupe émirati Etihad dans son capital à hauteur de 49%.

Selon des experts, les riches compagnies du Moyen-Orient pourraient être tentées d'entrer au capital des grands opérateurs, intéressées par des créneaux aéroportuaires leur permettant d'irriguer des destinations sur lesquelles elles sont absentes et bénéficier des infrastructures des grandes mégapoles européennes.

Quel peut être le rôle de l'Etat actionnaire?

Une aide de l'Etat - qui détient 17,6% du capital - ne semble pas à l'ordre du jour. Le gouvernement a souvent apporté son soutien à Air France mais il vient d'exclure une intervention financière.

L'Etat doit cependant défendre l'image d'une compagnie qui est un fer de lance de "la marque France" et un outil de rayonnement et de développement économique majeur pour un pays.

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