La justice allemande remet les pilotes de Lufthansa au travail

09/09/15 à 15:36 - Mise à jour à 15:36

La justice allemande a ordonné mercredi la fin d'une grève des pilotes de Lufthansa, une décision trop tardive pour restaurer le trafic, mais qui rebat les cartes dans le conflit acharné entre la direction et les pilotes.

La justice allemande remet les pilotes de Lufthansa au travail

© Belga Image

Saisi en appel par le groupe aérien, le tribunal du travail de l'Etat régional de Hesse (ouest), situé à Francfort sur le Main, a jugé que la grève entamée mardi, la treizième depuis avril 2014, était illégale.

"Nous avons dit à nos membres de se mettre à disposition pour reprendre le travail", a réagi pour l'AFP Markus Wahl, porte-parole du syndicat des pilotes Cockpit.

Mais la décision est arrivée trop tard pour que Lufthansa puisse rétablir son plan de vol mercredi. La compagnie a annulé 1.000 vols intérieurs et moyen-courrier sur la journée, après les 84 annulations de liaisons long-courrier la veille, et dans l'intérêt de "la sécurité des passagers" elle s'en tenait à ce programme, selon un communiqué.

Lufthansa a promis que le trafic reprendrait normalement jeudi et s'est déclaré "prête à reprendre à tout moment les négociations avec Cockpit".

Comme à l'habitude la grève mercredi ne donnait pas lieu à des scènes de chaos, la compagnie ayant prévenu en amont le plus possible des 140.000 passagers concernés. Beaucoup des annulations concernaient les aéroports de Francfort et de Munich (sud), les deux plus gros hubs de Lufthansa en Allemagne.

Le bras de fer de la direction de Lufthansa avec Cockpit, sur fond de conflit concernant les conditions de départ en préretraite et la réorganisation des activités du groupe, dure depuis 18 mois. Les précédents arrêts de travail remontaient à mars dernier. Après le crash d'un avion de Germanwings fin mars, Cockpit avait suspendu ses grèves.

Durcir le ton

Jusqu'alors Lufthansa ne s'était pas tournée vers la justice, mais la perspective d'un nouvel hiver émaillé de grèves, comme la saison 2014/2015, et le blocage des négociations, ont conduit le groupe à durcir le ton. Les grèves à répétition ont sérieusement grevé ses finances ces derniers mois.

Le transporteur aérien a tenté mardi de faire interdire la grève en référé en première instance, mais a été débouté, rendant le succès de son appel mercredi d'autant plus surprenant.

Dans sa décision mercredi, le tribunal a argué que l'objet de la grève orchestrée par Cockpit était, aux côtés des dispositions sur la retraite, "le concept stratégique de Lufthansa". Mais celui-ci "ne fait pas l'objet de négociations salariales avec le syndicat", et ne peut donc pas servir de prétexte à une grève.

Pour lutter contre la concurrence féroce des low-cost comme Easyjet et Ryanair et des compagnies du Golfe, le patron de Lufthansa Carsten Spohr a lancé une vaste réorganisation qui doit voir les vols intérieurs et européens de la compagnie Lufthansa passer sous la bannière de Germanwings, la compagnie à moindres coûts du groupe.

Outre ces deux marques, Lufthansa chapeaute aussi Swiss et Austrian Airlines.

Grogne contre 'Wings'

La grogne est forte en interne contre le projet de M. Spohr, baptisé "Wings", et dont les pilotes tout particulièrement craignent qu'il ne conduise à une dégradation de leur statut et leur rémunération.

Cockpit refuse de boucler les négociations sur la retraite sans mettre aussi le projet "Wings" sur la table, et de se soumettre à un arbitrage externe qui ne porte pas également sur la stratégie. Lufthansa n'a toutefois aucune intention de revoir celle-ci, et surtout pas de se laisser en dicter les conditions par les pilotes.

L'arbitrage par un tiers est une solution à laquelle les partenaires sociaux ont souvent recours en Allemagne quand leurs discussions sont dans l'impasse. Personnalités politiques et milieux économiques ont enjoint les deux parties de s'y soumettre, agitant le spectre de dommages importants causés à l'économie allemande.

Le porte-parole de Cockpit a refusé de commenter les conséquences du jugement pour la stratégie de négociation, et la possibilité pour le syndicat de mener de nouvelles grèves.

Avec l'AFP

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