La carte de crédit pour payer sa dette à la planète

06/07/11 à 15:15 - Mise à jour à 15:15

Source: Trends-Tendances

Les entreprises peuvent-elles payer leur dette environnementale à la planète par carte de crédit ? La chose est possible depuis peu outre-Atlantique par une prise en compte complète des émissions carboniques liées à l'utilisation des cartes Visa et MasterCard. Une vague qui devrait aussi toucher l'Europe à terme.

La carte de crédit pour payer sa dette à la planète

© Getty Images/Brand X

Bien que le vieux Continent semble plus prompt que les Etats-Unis à traiter sérieusement la problématique des émissions de CO2 à travers une participation plutôt orthodoxe au protocole de Kyoto, les Américains peuvent aussi être exemplaires en la matière. Le dernier exemple en date nous vient de MasterCard qui vient de lancer une carte de crédit qui a la faculté de calculer le poids en CO2 de son titulaire en fonction des transactions effectuées. La carte répertorie les dépenses liées aux déplacements professionnels effectués via le rapatriement des informations collectées par les systèmes de réservation en ligne. Un suivi peut aussi bien s'appliquer à la réservation d'un vol en avion, à un déplacement effectué en train, à un plein à une station-service réglé par carte de crédit ou encore à la réservation d'une voiture de location ou d'une nuit d'hôtel. Toutes ces informations sont automatiquement converties en émissions de CO2 et sont renseignées à la fin de chaque mois sur l'état de dépenses de l'utilisateur. Ce dernier a ensuite la possibilité de procéder à la compensation des émissions qu'il a générées, à travers un organisme spécialisé dans le financement et le montage de projets de promotion des énergies renouvelables. Afin d'organiser l'intendance relativement lourde nécessaire pour un calcul correct des émissions de CO2, tant MasterCard que Visa ont décidé de travailler en collaboration avec Brighter Planet, un prestataire de services très pointu et très performant, actif dans les domaines de la compensation des émissions de CO2 et du reporting des consommations d'énergie. Toujours en collaboration avec Brighter Planet, la Bank of America a quant à elle décidé de reverser un EarthSmart Point pour chaque dollar dépensé à partir de la carte Visa de ses clients, le total étant ensuite converti chaque mois en un tonnage de CO2 à compenser. Des séries de petits gestes qui, mis bout à bout, permettent de soutenir une série de projets dans le domaine des énergies renouvelables. Un geste d'autant plus représentatif que cette banque compte près de 180.000 détenteurs de ces cartes de crédit.

Rien de tel en Belgique. Même si avec les nombreuses possibilités qu'elles offrent, les différentes cartes qui peuvent être de près ou de loin comparées à des cartes de crédit (comme les cartes d'essence délivrées par les compagnies pétrolières par exemple) intègrent aujourd'hui des services de reporting qui peuvent déjà être très utiles pour contrôler les utilisations spécifiques de la carte. Chez Shell par exemple, dans le cadre du projet "I behave", une application a été mise en ligne qui permet d'assurer la gestion des cartes d'essence utilisées par les sociétés: "Depuis cinq à six mois, Shell Card online donne gratuitement la possibilité de suivre l'évolution des consommations de carburant des différents utilisateurs au sein d'une société. Et ces dépenses en carburant sont ensuite mises en relation avec des données qui permettent d'objectiver le calcul comme le nombre de kilomètres parcourus", nous a-t-on expliqué auprès du call center de la compagnie pétrolière.

Sylvestre initiative

En attendant que de telles machineries se mettent en place pour les cartes de crédit conventionnelles émises en Belgique, les initiatives vertes qui ne révolutionnent certes pas la donne climatique, mais qui contribuent néanmoins à l'amélioration de l'environnement, se multiplient à un rythme de plus en plus soutenu. Il en va ainsi de l'action "Offrez un arbre à la planète!" lancée il y a peu par Citibank. Comme l'explique Sandrine Roberti de Winghe, senior corporate communication manager chez Citibank: "Il s'agit d'encourager les nouveaux clients ou les clients existants à opter pour une gestion électronique de leurs transactions. A chaque conversion, Citibank s'engage à financer la plantation d'un arbre." Une action orchestrée en collaboration avec la Société Royale Forestière Belge qui est évidemment ravie de l'initiative. "Nous touchons 1 euro par arbre planté, que nous reversons aux propriétaires forestiers qui regarnissent systématiquement les zones qui ont été éclaircies, explique Yves Lambrecht, formateur forestier à la SRFB. Le bois coupé qui est envoyé dans le circuit commercial est ainsi remplacé par une jeune arbre. Le rôle de stockeur de C02 de l'arbre est ainsi pleinement assumé, dans le respect strict du développement durable." En quelques mois, l'asbl a déjà bénéficié d'un potentiel de plantation de 20.000 arbres. Du côté de Citibank, on se réjouit tout autant de cette initiative: "Sur les 300.000 cartes de crédit détenues, 48.000 clients avaient déjà opté pour un reporting en ligne. Depuis le lancement de l'action en octobre 2010, nous enregistrons une moyenne de 2.000 à 2.500 souscriptions par mois, ce qui revient à 20.000 clients supplémentaires", poursuit Sandrine Roberti de Winghe. En plus de pouvoir profiter des fonctions pratiques de la gestion en ligne de ses cartes de crédit avec, par exemple, la possibilité de consulter les douze derniers relevés, et d'avoir accès en tous lieux et à n'importe quelle heure aux détails de ses opérations, les clients de Citibank plantent ainsi sans (forcément) le savoir des centaines et des centaines d'arbres qui viendront chacun diminuer modestement, mais de manière continue, une part des émissions de CO2 liées à l'utilisation de la carte.

Citibank en a la quasi certitude, les choses n'en resteront pas là: "Des groupes de travail ont déjà été constitués qui planchent sur d'autres manières d'agir positivement sur l'environnement à partir d'une carte de crédit", conclut Sandrine Roberti de Winghe. Et d'après elle, les exemples de reporting venus d'outre-Atlantique sont bien dans les esprits des teams belges qui cogitent sur le sujet.

Johan Debière

Nos partenaires