L'union sacrée de frères ennemis contre les coûts des aéroports

17/06/15 à 15:27 - Mise à jour à 15:27

Les cinq plus grands transporteurs aériens européens ont créé un club pour obtenir une baisse du coût des aéroports et du contrôle aérien. Il compte des compagnies qui ont plutôt l'habitude de s'affronter, parfois devant les tribunaux : Ryanair, Air France KLM, Lufthansa, easyJet, IAG (British Airways et Iberia).

L'union sacrée de frères ennemis contre les coûts des aéroports

Willie Walsh (CEO d'International Airlines Group), Alexandre de Juniac (CEO d'Air France-KLM), Carolyn McCall (CEO d'easyJet), Carsten Spohr (CEO de Lufthansa) et Michael O'Leary (CEO de Ryanair). © AFP

Voir côte à côte Michael O'Leary, le CEO de Ryanair, et Carsten Spohr, son homologue de Lufthansa, est inhabituel. C'est arrivé à Diegem, à l'hôtel Golden Tulip, ce mercredi matin, où les patrons des 5 premières compagnies européennes sont venus présenter un nouveau club, une future association. Les grands low cost et les grandes compagnies "historiques", qui s'affrontent brutalement, parfois en justice, ont choisi de se réunir pour défendre leurs intérêts communs. Par nécessité, car le secteur commençait à avoir de sérieux soucis de représentation pour défendre ses intérêts.

La bagarre entre et dans les associations aériennes

Les compagnies étaient déjà divisées : les transporteurs historiques, comme Lufthansa ou Air France, se retrouvent dans l'AEA, l'association des compagnies aériennes européennes. Tandis que les low cost comme Ryanair et easyJet ont leur propre association, l'ELFAA. Cela faisait deux voix, souvent contradictoires. Les compagnies du Golfe ont encore fragmenté le lobby aérien : plusieurs compagnies ont claqué la porte de l'AEA, en tête IAG (British Airlines et Iberia), qui n'accepte pas les positions agressives prises par les membres de l'AEO contre les compagnies du Golfe (Qatar Airways est actionnaire d'IAG), et qui a rejoint l'ELFAA.

500.000 jobs en plus si les aéroports étaient mieux régulés

Pour éviter une confusion dans leurs représentations, les plus grandes compagnies aériennes ont résolu de créer un nouveau club, une future association, pour parler d'une seule voix, sur leurs intérêts communs. Ils concernent surtout le contrôle des coûts jugés prohibitifs des acteurs en monopole ou oligopoles.

"Nous avons un nouveau Commissaire européen chargé du transport, Violeta Bulc, qui consulte au sujet d'une nouvelle stratégie pour le transport aérien" a expliqué Carolyn McCall, CEO d'easyJet, "nous défendons une série de mesures pour que le transport aérien apporte de la croissance et des emplois." Le patron de la Lufthansa, Carsten Spohr, avance que l'Europe doit combler son retard avec les Etats-Unis, certains pays asiatiques, ceux du Golfe, "ont implémenté des plan de développement depuis de nombreuses années, avec un certain succès".

Parmi les sujets défendu par le club des 5 il y a le coût des aéroports, jugés trop chers. Il demande une meilleure régulation. "Leur coût représente de 8% à 20% des frais des compagnies aériennes que nous représentons, et les frais facturés en Europe sont parmi les plus élevés au monde" a dit Alexandre de Juniac, CEO d'Air France KLM. Qui a avancé des chiffres alléchants si la régulation "des principaux aéroports monopolistiques" était réalisée : 1,5 milliard d'euros en moins pour les consommateurs, 500.000 jobs en plus.

Contrôle aérien trop cher et trop en grève

Michael O'Leary a demandé une plus grande efficacité du contrôle aérien. Les mesures actuelles lui paraissent insuffisantes : "seulement la moitié des gains d'efficacité du ciel unique européen seront obtenus en 2020, c'est trop long." Il critique en particulier les effets des grèves des contrôleurs aériens, qui pourraient être atténuées. "Nous avons eu 9 jours de grève sur les 12 derniers mois et dû annuler 3000 vols rien qu'en 2015." L'organisation du contrôle aérien impose en Europe des détours pour les avions et des surcoûts de carburant. Le patron d'IAG, Willie Walsh, a rappelé l'opposition des compagnies aux taxes sur les billets, pratiquées dans certains pays comme le Royaume Uni ou l'Allemagne.

Caroline McCall semble être le leader informel de ce club. Elle avait déjà tenu plusieurs fois, en public, des propos sur la nécessité d'une nouvelle régulation des aéroports, qui devraient, selon elle, consentir le même effort réalisé par les compagnies pour réduire leur coût. Elle a annoncé la transformation du club des 5 compagnies en structure, en association, ouverte à d'autres transporteurs. Il reste à en choisir le nom.

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