L'obligation de dévoiler les écarts de salaires braque les sociétés US

02/09/10 à 14:26 - Mise à jour à 14:26

Source: Trends-Tendances

C'est l'une des avancées de la réforme de Wall Street : les grandes entreprises doivent publier l'écart de rémunération entre le patron et les salariés. Au grand dam des entreprises elles-mêmes, bien sûr...

L'obligation de dévoiler les écarts de salaires braque les sociétés US

© Bloomberg

Les entreprises américaines doivent désormais publier l'écart de paye entre le patron et ses salariés. A l'ombre des projecteurs lors des débats sur la réforme de Wall Street, la mesure de la loi Dodd-Frank semble prendre par surprise les grands groupes, qui se mordent les doigts de ne pas l'avoir combattue plus activement... Enfouie dans la section 953(b) de la loi sur la régulation financière, la mesure oblige les entreprises à publier le rapport entre la rémunération médiane des employés et celle du PDG.

"Accroître la transparence doit encourager les entreprises à avoir une politique de rémunération plus juste à une époque où on a vu le revenu de la classe moyenne stagner pendant que celui des dirigeants explosait", explique dans le Financial Times un porte-parole de Robert Menendez, le sénateur à l'origine de la provision. Symbole de ce phénomène, Larry Ellison a gagné 85 millions de dollars en 2009. Le patron d'Oracle a ainsi été décrété "dirigeant d'entreprise cotée en Bourse le mieux payé de la décennie".

De manière peu surprenante, les entreprises n'hésitent pas à pointer les inconvénients de la règle, à commencer par le "cauchemar bureaucratique" qu'elle implique. "Il va falloir embaucher quelqu'un rien que pour calculer le ratio !", avertit un consultant dans le Financial Times. Les entreprises mettent également en avant ses effets pervers potentiels, tels que l'incitation à externaliser les bas salaires afin de faire baisser le ratio...

Si les entreprises n'ont pu empêcher la mesure de figurer dans la loi, elles ne comptent pas se croiser les bras en attendant son application. Les lobbies tenteront de peser de tout leur poids sur la SEC, gendarme US de la Bourse, qui est en charge de détailler la nouvelle loi.

Ce qui est sûr, c'est qu'elles ne se réjouissent pas à l'idée de fournir des données sur des écarts parfois colossaux qui risquent d'alimenter la grogne populaire contre les inégalités croissantes. En effet, selon le cabinet de recherche Equilar, le salaire fixe médian d'un patron du S&P est de 1,025 million de dollars, soit 25 fois plus que la paie moyenne d'un salarié du privé, qui s'élève à 40.174 dollars. Si l'on prend la rémunération totale, qui intègre les éléments variables et autres stock-options, on arrive à 7,5 millions de dollars, soit 187 fois plus que la rémunération totale moyenne.

Ces écarts ont commencé à susciter des contestations en interne, notamment chez Occidental Petroleum Corp., où, fait exceptionnel, la paie du PDG a été désapprouvée cette année par les actionnaires, en vertu du nouveau principe en vogue du say on pay. Ray Irani avait empoché 31 millions de dollars en 2009.

Laura Raim, L'Expansion.com

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