Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

31/05/16 à 15:32 - Mise à jour à 15:32

'L'étonnant pouvoir du rouge à lèvre'

Le site Terrafemina nous rappelle que les économistes ne passent pas uniquement leur temps à s'occuper de croissance, de taux d'intérêt ou de chômage. Ils peuvent aussi s'intéresser à des sujets en apparence plus anodins...

'L'étonnant pouvoir du rouge à lèvre'

© istock

C'est par exemple le cas de deux chercheurs américains, l'un de l'université de Chicago et l'autre de l'université de Californie. Ces deux universitaires ont cherché à savoir, en quelque sorte, si une femme devait porter du rouge à lèvres pour être mieux payée. Et la réponse est étonnamment "oui". Le résultat de leur recherche sera publié en juin dans une revue scientifique (1).

En fait, ces deux économistes ont d'abord cherché à savoir s'il y avait un lien entre l'attrait physique d'une personne et ses revenus. Mais attention, leur étude est plus subtile que cela. On sait de longue date - via d'autres études sociologiques et économiques - que les personnes belles ont en moyenne un salaire plus élevé. C'est une évidence, regardez autour de vous, vous ne verrez jamais un très bel homme ou une très belle femme au chômage. Cela fait partie des inégalités qui ont été analysées de longue date par les économistes et les sociologues... C'est ce qu'on appelle la "prime à la beauté".

Partager

La mode du 'non maquillage' serait contraire à l'intérêt financier des femmes...

Ce qui est nouveau dans cette étude réalisée sur plusieurs années et sur un échantillon de 14.000 personnes, c'est que ces deux chercheurs américains ont pris en compte non seulement les revenus, les jobs, les études, la beauté, mais également l'attractivité. Et pour mesurer cet aspect d'attractivité, les participants à cette enquête ont été évalués et notés sur différents critères comme les cheveux, les mains, la tenue vestimentaire et... le maquillage ! Ce qui ressort de cette étude, c'est que le fait de soigner son apparence a plus d'impact pour une femme que pour un homme. Une femme mieux apprêtée a plus de chance de mieux gagner sa vie qu'une autre. En clair, une femme normale, mais bien maquillée, gagnerait 6.000 dollars - 5.300 euros - de plus qu'une femme normale, mais ne portant pas de maquillage. Mieux encore: une femme normale et bien maquillée gagne 4.000 dollars de plus qu'une collègue plus jolie, mais dont l'apparence est moins soignée.

L'étude va plus loin encore. Elle montre qu'il y a un sexisme évident de la part des employeurs, car l'absence de soin apporté à son apparence joue nettement moins en défaveur des hommes sur le plan salarial.

En résumé, si la tendance aujourd'hui chez les femmes est au 'No Make Up', comme le rappelle Terrafemina, cette mode du non maquillage serait contraire à l'intérêt financier des femmes, même si cette tendance fait des ravages chez les jeunes sur Instagram, le fameux site de partage de photos. Cette étude universitaire montre donc qu'un peu de mascara et un brushing peuvent se traduire par une augmentation... De là à penser que c'est une nouvelle preuve du sexisme ambiant, il n'y a qu'un pas à franchir.

(1) Jaclyn Wong, Andrew Penner, Journal of Social Stratification and Mobility

Nos partenaires