L'Espagne veut plafonner le salaire de ses joueurs de foot

25/03/10 à 14:24 - Mise à jour à 14:24

Source: Trends-Tendances

Le patron de la Ligue de foot espagnole veut lier la masse salariale des joueurs au revenu des clubs. Une remise en cause profonde d'un modèle économique qui compte les deux clubs les plus riches du monde.

C'est une bombe que vient de lancer José Luis Astiazaran, le président de la Ligue de football espagnole. Dans une interview au Financial Times, il révèle sa volonté de limiter les dépenses salariales des clubs espagnols dont le Real de Madrid et le Barça, connus pour être parmi les plus riches du monde. Dans son esprit, les clubs devront plafonner à 70% de leur budget les sommes consacrées aux salaires, aux transferts et aux commissions versées aux agents.

" A terme, cela doit nous permettre d'assainir la situation financière de nos clubs, mais ce ne sera pas facile a reconnu José Luis Astiazaran au quotidien britannique. Nous nous donnons trois ans pour mettre en place ces règles, le temps pour les clubs de se préparer ". Des discussions ont été engagées avec le gouvernement espagnol pour légiférer dans ce sens.

L'idée de mettre en place des " salary cap " à l'américaine n'est pas nouvelle. Au début des années 2000, alors qu'elles traversaient une mauvaise passe, la Lazio et la Roma avaient évoqué l'idée de plafonner le salaire de leurs joueurs. Cotés en bourse, les deux clubs italiens avaient alors plutôt cherché à rassurer les marchés. Mais c'est surtout la grande idée de Michel Platini, le président de l'UEFA qui rêve de réguler les finances du foot européen en imposant notamment un " salary cap " à l'ensemble des clubs du Vieux Continent. Il a d'ailleurs fait adopter en septembre dernier le principe du "fair-play financier", qui réserve à l'avenir l'accès des compétitions européennes aux clubs ayant des budgets équilibrés, et écarte les clubs trop endettés.

Les milieux du foot business s'attendaient à tout sauf à voir les clubs espagnols s'engager les premiers vers un plafonnement des salaires. Le Real Madrid doit une grosse partie de son succès à ses dépenses salariales faramineuses : 250 millions d'euros investis au dernier mercato d'été pour renouveler l'équipe dont 94 millions d'euros pour Cristiano Ronaldo, le transfert le plus cher de l'histoire du football. Cela n'aura pas empêché le club de se faire éliminer en huitième de finale de la Ligue des Champions face à l'Olympique Lyonnais le 10 mars dernier. La défaite de la machine madrilène a-t-elle achevé de convaincre José Luis Astiazaran d'aller vers plus de rigueur ?

" Plafonner les salaires des clubs comme le Real Madrid ou le Barça est certainement vertueux, mais c'est faire accepter l'idée aux fans que certains joueurs partiraient ailleurs et que les clubs espagnols seraient moins performants dans les compétitions européennes " met en garde Vincent Chaudel, senior manager chez Ineum Consulting. Il poursuit : " le problème ce n'est pas tant les gros clubs qui, s'ils dépensent beaucoup, génèrent aussi des revenus très importants. Le besoin d'encadrement porte sur ceux dont la politique salariale n'est pas en adéquation avec leur surface financière".

Et ce n'est pas terminé. Le patron de la Ligue de foot espagnole veut aussi en finir avec la négociation individuelle des droits de retransmissions télés qui profitent aux mastodontes de la Liga. José Luis Astiazaran milite pour une redistribution collective à l'image de ce qui se fait en France. Le championnat italien s'est déjà engagé dans cette voie. " L'enjeu, ce n'est tant que les droits télés soit négociés collectivement ou non. C'est la façon dont les droits sont redistribués ensuite. Si la clé de répartition permet au Real Madrid de conserver ses 150 millions d'euros par an, ça ira ", poursuit Vincent Chaudel.

La décision de la Liga espagnole va-t-elle faire tâche d'huile ? Elle est en tout cas déterminante pour l'avenir du ballon rond. José Luis Astiazaran l'a reconnu lui même : "nous sommes à un moment très important. Ces nouvelles règles et la future loi sur le sport professionnel vont remodeler le futur du football ".

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