L'automobile est-elle en panne de qualité ?

04/03/10 à 10:09 - Mise à jour à 10:09

Source: Trends-Tendances

Toyota, Honda, Volkswagen, et maintenant GM et Nissan... l'année 2010 commence mal pour les constructeurs automobiles qui rappellent en masse des millions de véhicules. Défaut de qualité certifié, effet de contagion ou acharnement médiatique ?

L'automobile est-elle en panne de qualité ?

© Epa

Les rappels sont-ils fréquents dans l'automobile ?
Oui. Régulièrement, les constructeurs rappellent des séries entières de véhicules. Ford, par exemple, a dû rappeler, entre 2005 et fin 2009, quelque 16 millions de voitures pour un problème de court-circuit sur des limiteurs de vitesse. En 2000, il avait déjà été contraint de remplacer dix millions de pneus sur ses 4×4 Explorer. Mais le plus souvent ces rappels sont gérés directement par les constructeurs et les statistiques restent donc difficiles à établir. Et puis généralement les volumes concernés sont trop faibles pour que le grand public en ait connaissance. En cela 2010 sera différente des autres années. Depuis le rappel de près de 9 millions de véhicules par le japonais Toyota, ses concurrents semblent s'être donné le mot pour imiter le géant. En quelques semaines Honda, Volkswagen, Hyundai et maintenant General Motors et Nissan ont tous dû procéder à d'importants rappels. Informations largement relayées par les médias...

Existe-t-il un effet de contagion dans ce phénomène de rappels?
Pourquoi tous ces rappels au même moment ? Ces défaillances multiples n'ont probablement pas toutes été décelées début 2010. Pour les observateurs, plusieurs phénomènes ont pu accélérer le phénomène. En effet, face à une remise en cause de leur modèle de sécurité, certains ont préféré faire de cet aveu de faiblesse un quasi outils marketing. Une manière de montrer leur souci de sécurité, d'assurer un suivi des véhicules et au passage de faire revenir les clients chez leur concessionnaire, en corrigeant un défaut qui frôle souvent le détail. C'est un peu le cas de Toyota, qui malgré des défectuosités certaines, a sans doute rappelé plus de véhicules que nécessaire. Mais si cela peut expliquer l'attitude de Toyota, pourquoi les autres ont-ils suivi ? Ses concurrents auraient au contraire pu bénéficier des déboires du champion mondial de la sécurité pour gagner des parts de marché. "En réalité, les constructeurs ont une peur bleue de se retrouver dans la même situation que Toyota. Ils préfèrent profiter de la situation actuelle pour procéder à tous les rappels, même les moins urgents", estime Eric-Alain Michelis, analyste du secteur à la Société Générale. Plutôt que de risquer d'avoir à porter la responsabilité d'accidents graves et qu'on leur reproche d'avoir eu connaissance des problèmes, les constructeurs prennent les devants et espèrent ainsi passer plus inaperçus. "De fait tous ont en stock une série de remontées clients pas encore traitée commercialement", explique Bernard Jullien, le directeur du Gerpisa.

Le modèle économique entre les constructeurs y est-il pour quelque chose ?
Depuis les années 90 avec la progression de la concurrence, les constructeurs automobiles se sont lancés dans une course effrénée à l'innovation et la diversification difficilement soutenable. "Les gammes s'élargissaient sans cesse. Les constructeurs ne voulaient perdre aucun client et tout était bon pour faire des économies et baisser le prix des produits", explique Bernard Jullien. Pour ce faire, de nouvelles stratégies sont mises en place. Les constructeurs s'allient, produisent sur des plate-forme communes et n'hésitent plus à sous-traiter en masse. Ils deviennent alors peu à peu des assembleurs de pièces sur lesquelles ils ont moins de contrôle. Or jusqu'à présent, "les gens croyaient véritablement au mythe Toyota qui laissait penser qu'un tel mode de production était viable. En réalité la chute de Toyota met en lumière les limites du système", explique Bernard Jullien. Pour aller plus vite, les constructeurs ont donc pris davantage de risques et "ont fini par imposer l'idée que ces rappels étaient normaux voire souhaitables. En réalité, ils sont la preuve que la fiabilité absolue ne se combine avec la vitesse et l'innovation permanente" ajoute le spécialiste. Pour Gaëtan Toulemonde, analyste du secteur à la Deutsche Bank, ce constat reste pourtant à nuancer : "l'ampleur de ces rappels s'explique aussi par ces plates-formes communes d'où sortent maintenant des millions et non plus des milliers de véhicules. Or les synergies ne riment pas forcément avec moins de qualité".

Les voitures sont-elles de moins bonne qualité qu'avant ?
Difficile à dire. "De manière générale la qualité des voitures ne cesse de s'améliorer. Les cahiers des charges sont de plus en plus rigoureux", estime Gaëtan Toulemonde. De fait, les systèmes de sécurité sont toujours plus aboutis, les avancées technologiques sans limite. "Mais cette technologie, si elle est une évolution souhaitable, se combine mal avec les mode de production actuels. Si l'intégration du système de sécurité est mal assurée, que la maîtrise de la technologie est approximative, alors les voitures perdent en qualité", estime quant à lui Bernard Jullien. Avec le développement de l'électronique à tout va, les dysfonctionnements se multiplient. "Aujourd'hui les constructeurs peinent à gérer en même temps les nouveaux risques associés à ces technologies et les délais de développement de plus en plus courts", ajoute Eric-Alain Michelis. Pour parer à ces risques, la réglementation en matière de contrôle, elle, n'a eu de cesse de se durcir, notamment aux Etats-Unis. Depuis 2003, obligation est faite aux constructeurs de signaler aux autorités (la NHTSA) tous les incidents constatés par les clients. Résultat : le nombre moyen de véhicules rappelés, qui tournait autour de 18 millions par an jusqu'en 2003 (avec un pic à 25 millions en 2000) a franchi le cap des 30 millions en 2004. En Europe, le législateur a été moins strict. Depuis une petite dizaine d'années, une directive européenne impose aux constructeurs de prouver la sécurité de leurs produits. Résultat, ces derniers sont de plus en plus tentés de rappeler des véhicules de façon préventive pour éviter des plaintes en justice à l'américaine...

Julie de la Brosse

Trends.be, L'Expansion.com

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