L'aéroport de Charleroi n'est pas à vendre... pour le moment

08/03/16 à 11:43 - Mise à jour à 13:36

L'actionnaire privé de l'aéroport de Charleroi, Belgian Airport, n'a pas (encore) engagé la vente de la part qu'il détient (27,5%), comme l'annonce un confrère.

L'aéroport de Charleroi n'est pas à vendre... pour le moment

/ © BELGA

Après Liège, où l'actionnaire privé Aéroport de Paris avait menacé de vendre ses parts, est-ce le tour de l'aéroport de Charleroi ? Notre confrère L'Echo annonce que Save, actionnnaire italien, aurait mandaté une banque pour vendre ses parts. Il est actionnaire de Brussels South Charleroi Airport depuis 2009, à travers la société Belgian Airport dont il détient 65%. Le solde (35%) appartient au Holding Communal. Save est un opérateur d'aéroports actif à Venise.

Vente démentie

Une source proche de Belgian Airport dément qu'un mandat ait été confié à une banque et que la participation soit mise en vente. En fait ce serait plutôt une question de temps. Vendre aujourd'hui n'est pas idéal : Brussels South a introduit un recours en annulation contre la décision de la Commission européenne qui l'oblige à payer davantage de redevance à la Région wallonne pour l'usage de l'infrastructure (pistes, bâtiments) qu'elle détient à travers la société publique Sowaer. Ce "loyer" passe de 3,5 à 15,5 millions d'euros par an. La Commission estimait qu'une redevance trop faible constituait un subside indirect. L'aéroport conteste cette lecture et a introduit un recours. S'il est victorieux, la valeur des parts sera nettement supérieure à ce qui pourrait être obtenu aujourd'hui. La Holding Communal, ancien actionnaire, est en liquidation, et n'a jamais caché sa volonté de revendre ses parts au meilleur prix, c'est même la fonction des liquidateurs.

Aéroport toujours rentable

Pour l'heure, l'aéroport, dirigé par Jean-Jacques Cloquet, a su conserver sa rentabilité, même si elle a fort diminué. En 2014, il est passé de 8,8 à 1 million d'euros, malgré un recul momentané du trafic dû à l'ouverture d'une base de Ryanair à Zaventem, mais n'a pas versé de dividendes. La compagnie irlandaise avait un peu réduit ses activités pour démarrer celle de Bruxelles National, mais la croissance a repris en 2015, à la fois grâce à Ryanair et Wizz Air, un low cost d'Europe centrale.

La déception Save

Pour Save, l'aéroport de Charleroi a été une excellente affaire, il en a tiré de bons dividendes jusqu'en 2013. Il avait même voulu exercer une option d'achat pour arriver à 49% à un prix contesté par la Région wallonne. Cette dernière avait attiré cet actionnaire professionnel en espérant qu'il amènerait de nouveaux clients, des compagnies aériennes. Ce qui n'a hélas pas été le cas. Les changements de stratégie de Ryanair et la décision de la Commission européenne ont rendu Charleroi moins attractif pour Save, qui s'est opposé aux investissements pour l'extension de l'aérogare. Brussels South, qui attire près de 7 millions de passagers par an, est saturé aux heures de pointe, le bâtiment a été prévu pour 4 millions de voyageurs. Un projet d'extension de 80 millions d'euros a été abandonné au profit d'un projet plus modeste à 15 millions d'euros qui ne servira que durant les heures de fort trafic.

Les relations sont donc tendues au tour de la table du conseil d'administration, d'où les rumeurs de départ de Save. Notons qu'à Liege Aiport également, l'actionnaire privé professionnel, Aéroport de Paris (25%), avait menacé de partir. Car la Région avait revu à la baisse ses subsides à la sécurité. Elle a néanmoins tout fait pour qu'il reste à bord, en révisant ses subsides à la hausse. Et en promettant des investissements, notamment dans une extension des parkings. La Région a plus de liberté à Liège car la Commission européenne n'a pas remis en cause les subsides sur cette plateforme dédiée essentiellement au fret. Il n'en va pas de même à Charleroi, où Brussels Airlines et Brussels Airport (Zaventem) avaient considéré que les subsides constituaient une aide illicite et porté plainte à la Commission.

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