"Il faudrait 400 antennes GSM de plus à Bruxelles !"

05/05/10 à 14:46 - Mise à jour à 14:46

Source: Trends-Tendances

Benoit Scheen, le CEO de Mobistar, affirme que la qualité des réseaux mobiles à Bruxelles va baisser dangereusement si les opérateurs ne peuvent pas déployer de nouvelles antennes. D'autant plus que ces réseaux sont de plus en sollicités par le succès de l'Internet mobile.

"Il faudrait 400 antennes GSM de plus à Bruxelles !"

© Belga

Benoit Scheen, le CEO de Mobistar, affirme que la qualité des réseaux mobiles à Bruxelles va baisser dangereusement si les opérateurs ne peuvent pas déployer de nouvelles antennes. D'autant plus que ces réseaux sont de plus en sollicités par le succès de l'Internet mobile.

"Nous sommes face à un problème à Bruxelles !" Benoit Scheen, le patron de Mobistar, tire la sonnette d'alarme : selon lui, la qualité des réseaux mobiles dans la capitale est en jeu. Selon lui, celle-ci risque de se détériorer rapidement si le gouvernement bruxellois maintient ses normes très sévères en matière d'ondes électromagnétiques tout en continuant à n'accorder aucun permis de bâtir pour installer des nouvelles antennes. "Cela fait un an et demi que nous n'avons plus obtenu le moindre permis de bâtir à Bruxelles, précise-t-il. Et le même constat vaut pour Proximus et Base."

D'après le patron de Mobistar, la situation actuelle n'est plus vraiment tenable dans la mesure où la norme de 3 volts par mètre adoptée l'an dernier par la région de Bruxelles-Capitale (contre 20,6 volts précédemment) demande en réalité de déployer des centaines d'antennes supplémentaires uniquement pour assurer la même qualité de couverture. "Nous estimons que pour conserver le même niveau de service tout en appliquant cette nouvelle norme, il faudrait que les trois opérateurs déploient environ 400 antennes de plus à Bruxelles, affirme Benoit Scheen. Pour Mobistar seul, ce chiffre s'élève à 150 antennes." Pour lui, le problème se pose principalement au niveau du deep indoor, c'est-à-dire la couverture à l'intérieur des bâtiments, des endroits où il est souvent déjà très difficile d'accéder au réseau 3G aujourd'hui.

"Nous ne partageons plus nos sites dans la capitale"

Chez Mobistar, on juge ce blocage d'autant plus embêtant que l'Internet mobile est en plein essor, grâce notamment au succès de l'iPhone, ce qui signifie que le réseau est de plus en plus sollicité. En un an, le nombre de clients de l'opérateur surfant sur Internet et consultant leurs e-mails via le réseau mobile a progressé de plus de 50 %, tandis que la part des données mobiles dans le chiffre d'affaires a bondi de 27,4 % à 31 %. Selon Benoit Scheen, l'Internet mobile peut donc constituer un nouveau pôle de croissance très important pour sa société, confrontée par ailleurs à une saturation du marché de la voix et à une pression régulatoire pour revoir ses tarifs mobiles à la baisse. "Mais pour pouvoir saisir cette opportunité, il faut évidemment que l'infrastructure suive le mouvement", souligne-t-il, en précisant qu'il veut continuer à investir entre 150 et 170 millions d'euros par an dans l'amélioration de son réseau.

D'où son irritation par rapport à la situation à Bruxelles. "Nous avons déjà expliqué le problème à de très nombreuses reprises aux différents ministres bruxellois, mais jusqu'ici, cela n'a rien changé", affirme le CEO. Celui-ci souligne par ailleurs que la norme de 3 volts par mètre est d'autant plus difficile à respecter qu'elle ne concerne pas chaque opérateur individuellement mais qu'il s'agit d'une limite générale. Autrement dit, lorsque Mobistar, Proximus et Base partagent un même site pour leurs trois antennes, c'est en réalité la somme de leurs ondes qui ne peut pas dépasser les fameux 3 volts, ce qui réduit encore la portée de leurs antennes. "Cela entraîne également un effet vicieux, ajoute Benoit Scheen, dans la mesure où cette situation nous incite à ne plus partager nos sites sur le territoire de Bruxelles, alors que le gouvernement fédéral nous pousse pourtant à le faire depuis plusieurs années." Selon lui, les ondes wi-fi, ainsi que celles de la télévision, faussent par ailleurs les mesures des ondes électromagnétiques émises par les antennes GSM.

"Le réseau le plus rapide en Europe de l'Ouest"

Le patron de Mobistar ne craint-il pas de voir la Flandre et la Wallonie opter prochainement pour une norme aussi sévère que celle en vigueur dans la capitale ? "Il n'y a pas encore de décision finale à ce sujet mais a priori, je crois que les deux autres Régions ne vont pas suivre Bruxelles, répond-il. D'après mes informations, elles s'orientent plutôt vers une norme qui impliquerait le déploiement de 5 à 10 % d'antennes supplémentaires par les opérateurs. Cela serait une situation acceptable pour nous."

En attendant, Mobistar se focalise surtout sur l'amélioration de son infrastructure existante, c'est-à-dire celle qui ne nécessite pas nécessairement de nouveaux permis de bâtir. Via la technologie dite HSDPA+, elle s'apprête notamment à doubler cet été la vitesse maximale de son réseau 3G, la portant à 14,4 mégabits par seconde (mbps) dans les zones les plus densément peuplées, et même à 28,8 mbps dans certaines grandes villes. "Nous serons le premier opérateur mobile en Europe de l'Ouest à atteindre cette vitesse", affirme Benoit Scheen. Par ailleurs, même si les licences LTE (une nouvelle technologie de téléphonie mobile encore plus performante que la 3G) ne seront mises en vente par le gouvernement que d'ici quelques mois au plus tôt (sans doute début 2011), Mobistar a d'ores et déjà déployé un réseau LTE test à Evere et à Zaventem, en partenariat avec sa maison mère France Télécom et avec Alcatel-Lucent, qui atteint des vitesses de 50 à 60 mbps. De quoi offrir à l'avenir des services de télévision HD, de jeux en ligne ou de vidéoconférence et concurrencer ainsi véritablement les réseaux fixes et le câble.

Mobistar remet Telenet à sa place

C'est l'occasion pour Benoit Scheen d'adresser une pique à Telenet, qui avait créé la surprise en annonçant début mars qu'il serait le premier opérateur mobile belge à tester la technologie LTE entre les mois de mai et septembre. Cette annonce a manifestement énervé Mobistar, malgré le partenariat stratégique qui lie les deux sociétés au niveau mobile. "Il y en a qui parlent et d'autres qui agissent, lance le patron de Mobistar. Le déploiement de notre réseau test ne nous a pris que quatre semaines car nous avons une maîtrise totale de la technologie mobile. Il faut d'ailleurs savoir que la LTE est davantage une évolution qu'une véritable nouveauté. Pour pouvoir l'offrir de manière optimale, il vaut donc mieux pouvoir s'appuyer sur un réseau mobile existant." Un avertissement on ne peut plus clair adresséà Telenet, qui utilise aujourd'hui le réseau de Mobistar pour ses services mobiles.

A noter que Benoit Scheen compte réutiliser ses sites abritant aujourd'hui des antennes 3G pour y déployer aussi ses futures antennes LTE. Histoire bien sûr de ne pas devoir demander de nouveaux permis de bâtir. Cette fois, il assure ses arrières.

Mathieu Van Overstraeten

En savoir plus sur:

Nos partenaires