Georges Plassat sauvera-t-il Carrefour ?

30/01/12 à 10:01 - Mise à jour à 10:01

Source: Trends-Tendances

Exit Lars Olofsson : Carrefour s'offre un nouveau PDG en la personne de Georges Plassat, patron du groupe Vivarte. L'homme connaît bien le secteur de la grande distribution. Un atout de taille face à un Olofsson débauché de Nestlé. Cela suffira-t-il ?

Georges Plassat sauvera-t-il Carrefour ?

© Image Globe/AFP

Carrefour annonce lundi que son président directeur général actuel, Lars Olofsson, a décidé de ne pas demander le renouvellement de son mandat. Le n° 2 mondial de la grande distribution a choisi Georges Plassat pour le remplacer dès le 18 juin 2012.

Cet homme de 62 ans était jusqu'ici PDG du groupe Vivarte, après une carrière essentiellement effectuée au sein du groupe Casino. Il rejoindra Carrefour le 2 avril 2012 comme directeur général délégué, avant d'être nommé directeur général à l'issue de l'assemblée générale. Il sera également, lors de cette assemblée, proposé comme administrateur du groupe, avant d'accéder au poste de président du conseil d'administration dès le conseil suivant, annonce le groupe. L'assemblée générale est prévue le 18 juin 2012.

Pourquoi Lars Olofsson va-t-il quitter Carrefour ?

Cela fait des mois que le patron de Carrefour est sur la sellette. Depuis qu'il est à la tête du géant de la distribution, Lars Olofsson n'a fait qu'accumuler les déconvenues.

Tout commence à l'automne 2010, soit moins de deux ans après son arrivée : la filiale de Carrefour au Brésil est accusée de fraudes comptables, qui conduiront le groupe à déprécier 550 millions d'euros. A partir de ce moment, la situation du géant mondial de la distribution ne fera que se détériorer, avec un recul inquiétant des parts de marché en Europe, qui le conduiront à lancer pas moins de cinq avertissements sur résultats en 2011.

Oloffson a pourtant essayé d'enrayer le déclin des ventes. En 2010, le grand patron tente de révolutionner l'hypermarché, avec le Carrefour Planet (en images ici), pour un investissement de 1,5 milliard d'euros. Si les performances sont meilleures que les hypermarchés traditionnels, cela n'inverse pas la tendance. Au final, en trois ans, l'action a perdu plus de 30 % de sa valeur (47 % rien qu'en 2011).

Pour certains toutefois, Oloffson ne peut-être tenu comme seul responsable de cette déconfiture : les principaux actionnaires du groupe, Colony Capital et Groupe Arnault, ne sont pas totalement étranger à ces échecs. Impatients de voir leur investissement rentabilisé (l'action a chuté de 60 % depuis leur arrivée en 2007), les deux actionnaires ont effet mis la pression sur Olofsson pour dégager du cash. Pour les satisfaire, le grand patron décide par exemple la scission de sa filiale discount Dia et partiellement de sa foncière Carrefour Property. Deux opérations très contestées en interne et qui conduiront, entre autres, à la démission de Jean-Martin Folz, ancien patron de Peugeot, du conseil d'administration. A partir de ce moment, les analystes parlent de "bateau ivre".

Lars Olofsson, âgé de bientôt 60 ans, pourra se consoler avec ses 500.000 euros annuels de retraite-chapeau. Pour prétendre à ses indemnités de départ, ce dernier devait en effet rester à la tête du groupe jusqu'au 31 décembre 2011... Mission accomplie !

Qui est Georges Plassat, nouveau patron de Carrefour ?

C'est l'actuel patron de Vivarte, l'ex-groupe de chaussures André (22.000 salariés, 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires). Après des mois de tractation, ce patron à poigne, qui a dirigé Casino jusqu'en 1996 puis Carrefour Espagne jusqu'en 2000, a donc fini par dire "oui".

A la tête de Vivarte depuis plus 10 ans, il a refusé le poste avant l'été parce qu'il n'arrivait pas à se trouver un successeur. Un inconvénient de taille dans la mesure où Georges Plassat est associé au capital de son entreprise, à hauteur de 10 % (une participation évaluée à 100 millions d'euros par Le Figaro). Sans doute attiré par ce défi de taille, il n'a jamais vraiment fermé la porte des négociations, cependant.

Le grand atout de ce diplômé de l'Ecole hôtelière de Lausanne et de l'AMP Cornell University, c'est son expertise du secteur de la distribution, à la différence de Lars Olofsson, débauché de Nestlé. Il est également connu pour diriger ses entreprises d'une main de fer. A en croire les rumeurs qui l'entourent, s'il vient chez Carrefour, ce sera pour se battre. "Il aime les chantiers et le béton, il ne viendra pas pour changer la moquette et les ampoules", confiait récemment un observateur au Figaro, qui qualifie d'ailleurs notre homme de "cost-killer émérite et redresseur de marques en difficulté".

"Chez Vivarte, le redressement de l'entreprise entre 2000 et 2002 est indéniable, estiment de leur côté les analystes de CM-CIC. La stabilité du management à la tête de l'entreprise ces sept dernières années témoigne de la satisfaction des actionnaires."

A-t-il les épaules pour redresser Carrefour ?

Si, sur le papier, Georges Plassat a le profil idéal - issu de la distribution, redresseur de groupe en difficulté, et français - il lui faudra tout de même de très larges épaules. Car les défis à relever sont de taille : des ventes en chute libre, un positionnement compliqué sur les prix, des difficultés de positionnement à l'international, notamment avec le récent échec au Brésil face à Casino, ou encore un important retard sur le Drive...

La stratégie de Carrefour devra être revue de fond en comble dans un contexte où la crise pèse déjà fortement sur le pouvoir d'achat des ménages. "Le remplacement de Lars Olofsson ne suffira pas à supprimer d'un coup l'ensemble des erreurs accumulées depuis de nombreuses années, estimait récemment Aurel BGC. En 2012, nous pensons que Carrefour devrait avoir des difficultés croissantes à maintenir ses parts de marché et sa rentabilité." La route sera donc longue et tortueuse.

Heureusement pour Georges Plassat, il devrait pouvoir compter sur la confiance des investisseurs. L'arrivée de cet "homme du métier" est de nature à rassurer "nettement" le marché, estime Xavier de Villepion, vendeur d'actions chez Global Equities. La preuve, l'action a atteint des sommets jeudi dernier, sur fond de rumeur de remplacement immédiat (+ 8 % dans l'après-midi). Quant aux deux, principaux actionnaires de Carrefour, ils semblent eux aussi enchantés par la nouvelle. A en croire Le Figaro, Bernard Arnault aurait même lourdement insisté pour faire venir Georges Plassat et non Thierry Breton, comme cela était parfois évoqué. Quitte à laisser les pleins pouvoirs à sa nouvelle recrue.

Trends.be, avec L'Expansion.com et Belga

Nos partenaires