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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/03/18 à 15:44 - Mise à jour à 15:44

Forces et faiblesses, Spotify est à nu devant ses féroces concurrents

Quand une société décide d'entrer en bourse, elle doit se montrer plus transparente qu'une entreprise privée vis-à-vis des autorités de contrôle. Spotify découvre cela aujourd'hui...

Forces et faiblesses, Spotify est à nu devant ses féroces concurrents

© REUTERS/Vincent Kessler

Dès lors que des particuliers peuvent acheter les actions d'une société, les autorités de contrôle souhaitent les protéger contre de fausses informations ou des manipulations, et donc les sociétés cotées en Bourse doivent se montrer plus transparentes qu'une entreprise privée. Bien entendu, ce n'est pas parce qu'une société est cotée en Bourse, qu'elle doit révéler tous ses secrets d'affaires, mais l'entreprise se retrouve quand même un peu nue sous le regard des concurrents.

Spotify découvre cela aujourd'hui, puisque le site de streaming musical a annoncé qu'il voulait s'introduire en Bourse de New York. Alors qu'a-t-on appris des chiffres dévoilés par Spotify ? D'abord, que la plateforme est le numéro un mondial du streaming musical, bien avant tous les autres concurrents, avec une part de marché de 46% des revenus globaux.

On apprend aussi que Spotify a 159 millions d'abonnés dont 71 millions sont payants. Mais attention, ces 71 millions d'abonnés payants représentent également 90% des revenus de Spotify. Les autres 88 millions d'abonnés sont des abonnés gratuits qui subissent en contrepartie la publicité, mais ils rapportent donc à peine 10% des revenus globaux. Cela veut dire quoi ? Mais que Spotify va tout faire pour convaincre ces 88 millions d'abonnés gratuits de devenir payants. Bref, Spotify a un beau vivier de prospects sous la main.

Par ailleurs, même si la croissance de Spotify est impressionnante - 40% en 2017 - et même si son chiffre d'affaires a dépassé les 4 milliards d'euros, les pertes de Spotify sont aussi à la hauteur du business du streaming musical. Les derniers chiffres évoquent une perte de 1,2 milliard d'euros... Ce n'est pas rien.

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Les concurrents de Spotify ne sont pas n'importe qui, ce sont les plus grandes sociétés du monde !

Alors, pourquoi ces pertes ? Une partie vient du fait que Spotify doit verser des droits d'auteurs conséquents aux maisons de disque. Certains commentateurs ont calculé qu'en dix ans, soit depuis la naissance de Spotify, 8 milliards d'euros ont été versés sous forme de droits d'auteurs. Mais ce n'est visiblement pas assez puisqu'un éditeur de musique américain, Wixen, n'a pas hésité à porter plainte contre Spotify et lui réclame 1,6 milliard d'euros sous forme de droits d'auteurs pour plus de 10.000 morceaux que Spotify n'aurait pas payé. Ça, c'est pour la première faiblesse du site de streaming suédois: sa croissance est importante, mais elle peut être bridée via le montant énorme des droits d'auteurs ou par le retrait de ceux-ci.

Et puis, l'autre grande faiblesse de Spotify, c'est que c'est une entreprise suédoise qui doit affronter sur son terrain la concurrence d'Apple, Amazon et Google. En clair, ses concurrents ne sont pas n'importe qui, mais bien les plus grandes sociétés du monde ! YouTube vient de lancer son propre service d'écoute musical en ligne baptisé Remix et qui peut s'appuyer sur 1 milliard d'utilisateur. Quant à Apple, non seulement elle concurrence Spotify avec son propre service musical Apple Music, mais la marque à la pomme vient aussi de racheter l'application de reconnaissance musicale Shazam.

En fait, Spotify est en concurrence avec des groupes plus puissants qu'elles et qui ont la mainmise sur le marché des smartphones et des appareils connectés. Disons-le sans détour, Apple et les autres veulent tuer Spotify. Sinon comment expliquer, par exemple, qu'Apple ne propose pas Spotify dans son enceinte connectée HomePod ?

Si l'industrie musicale a été sinistrée pendant plus d'une décennie, elle reprend des couleurs avec le streaming musical. La banque JP Morgan parle d'un marché de 58 milliards de dollars pour 2030. Mais les grands prédateurs américains que sont Google, Apple ou Amazon ne laisseront aucune chance à un outsider suédois sur ce marché.

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