Entrepreneurs : tordez le cou aux idées reçues

15/03/13 à 11:21 - Mise à jour à 11:21

Source: Trends-Tendances

Se mettre à son compte, créer ou reprendre une entreprise ne fait toujours pas partie de l'ADN naturel des (jeunes) Belges. Les freins à l'entrepreneuriat disparaissent pourtant les uns après les autres. En voici quelques preuves, en marge du Salon Entreprendre qui se tiendra les 20 et 21 mars prochains sur le site de Tour et Taxis.

Entrepreneurs : tordez le cou aux idées reçues

© Thinkstock

Le constat de Patrick Fauconnier, fondateur du magazine français Challenges, est sans appel : "Les écoles forment des gestionnaires, qui gèrent les richesses, mais très peu d'entrepreneurs, qui créent ces richesses. En bref, beaucoup de wagons et trop peu de locomotives !" C'est vrai en Belgique aussi. Pour s'en convaincre, il suffit de voir à quel point notre pays continue à traîner en queue de peloton du classement mondial Global entrepreneurship monitor (GEM). C'est un fait : le Belge n'ose pas entreprendre. Pourquoi ? Nombreuses sont les idées reçues concernant les obstacles qui se dressent sur le chemin des entrepreneurs. La plupart ont toutefois été supprimés ces dernières années.

La peur de perdre son toit
Lorsqu'une entreprise va mal et qu'elle est exploitée en "personne physique", c'est le patrimoine privé qui est mis à contribution par le curateur pour honorer les dettes liées à l'activité professionnelle. Un scénario-catastrophe qui a le don de freiner les ardeurs entrepreneuriales, non seulement à l'échelon des porteurs de projet mais aussi -- sinon surtout -- de leur entourage familial immédiat. Le gouvernement fédéral a cependant instauré en 2006 le principe de la "sacralisation" du domicile principal. Moyennant le respect de certaines conditions, comme le fait d'avoir passé un acte notarié ad hoc, plus question de voir l'immeuble familial passer à la trappe en cas de déboires professionnels.

Le frein de la mise de départ
Une façon intelligente de mettre son patrimoine privé à l'abri en cas de problèmes survenant dans l'activité professionnelle est de le loger au sein d'une société. Cette forme d'assurance patrimoniale n'est cependant à la portée que de celles et ceux qui ont les moyens d'investir d'emblée le capital minimum, soit la somme de 18.550 euros pour une sprl. Le Code des sociétés prévoit des dispositions permettant toutefois de lancer la société en ne mettant dans un premier temps qu'un montant de 6.200 euros libérables -- porté à 12.400 euros s'il s'agit d'une sprlu. Mais avec l'arrivée de la sprl starter dans le panel des différents types de sociétés, la notion de capital minimum a disparu, au moins lors de la constitution.

La peur de la déchéance
Les conséquences d'une faillite ont été amoindries ces dernières années, à commencer par l'instauration du mécanisme de "l'excusabilité". Il implique que, quand la faillite est la conséquence de circonstances dont le failli n'est pas responsable en ordre principal, le tribunal de commerce peut autoriser le redémarrage d'une activité sous statut d'indépendant tout en n'ayant pas à supporter, pendant toute sa vie, les conséquences du premier échec.

La maigre pension des indépendants
C'était le point noir du régime belge des retraites. Les indépendants voyaient leur pension amputée de 5 % par année en cas de départ à la retraite avant 65 ans. Là aussi, le gouvernement fédéral a essayé de changer la donne. D'abord en alignant progressivement le montant de la pension des indépendants sur celle des salariés, puis en supprimant la pénalité de 5 % -- la mesure n'aura toutefois pas d'effet rétroactif pour les indépendants déjà pensionnés -- enfin, en leur offrant, à eux aussi, la possibilité d'obtenir un bonus en cas de départ à la retraite au-delà de 62 ans. Le gouvernement a également permis la souscription de contrats dits PLCI (pension libre complémentaire pour indépendants) avec régime fiscal favorable, tant au moment de la déduction des primes qu'à la perception du fruit de l'épargne constituée au fil du temps.

Une moins bonne couverture des soins de santé
Il est fini le temps où les indépendants devaient cotiser à des tarifs exorbitants pour leur couverture en soins de santé "petits risques". A présent, cette couverture est en effet intégrée dans le panel des droits résultant du paiement des cotisations trimestrielles versées aux caisses d'assurances sociales pour travailleurs indépendants.

La difficulté de trouver du financement
Point de croissance sans financement... Et point de financement sans garanties ! Les indépendants et patrons de PME peuvent recourir à des outils mis en place par les services publics. Qu'il s'agisse d'aide en capital, à l'échelon du Fonds de participation par exemple, ou de garanties émanant de la Sowalfin (Région wallonne) ou du Fonds bruxellois de garantie (Région bruxelloise), l'objectif est de voir les (bons) dossiers passer le cap du comité de crédit des banques. La mécanique est poussée très loin, notamment à la Socamut (groupe Sowalfin) où la banque peut être couverte en garanties jusqu'à 83 % du montant de l'emprunt, même dans des secteurs souvent délaissés par les banques, comme l'horeca, etc.

JEAN-MARC DAMRY

Plus d'infos: Salon Entreprendre

De sérieux bémols subsistent...

Le jugement des banques Quand il s'agit d'emprunter à des fins privées, les logiciels de credit scoring des banques continuent à faire la part belle aux fonctionnaires, assurés il est vrai d'une certaine sécurité d'emploi et d'un revenu qui tombe à date fixe. Au moment où les jeunes entrent dans la vie active et envisagent d'acquérir un bien immobilier, le fait d'être indépendant peut apparaître comme un handicap. Dans ce contexte, faut-il encore s'étonner de voir, par exemple, de jeunes avocats abandonner le barreau et se tourner vers une carrière dans la fonction publique ou en entreprise ?

L'incompréhension des fonctionnaires publics à l'égard de ceux qui entreprennent
"Un indépendant qui s'installe est fragile, explique Roger Mené, président de l'UCM Liège. Nombreux sont ceux qui se heurtent au charabia des fonctionnaires qui leur plaquent sous le nez tel ou tel règlement dont ils ignorent parfois l'existence, leur écrivant d'emblée sous des tons menaçants, réclamant des amendes parfois disproportionnées par rapport à la gravité des faits, etc. Il y a des règles, certes, mais il y a aussi la façon de les appliquer. En 'piétinant' les indépendants de la sorte, vous n'imaginez pas à quel point certains fonctionnaires peuvent en arriver à tuer l'esprit d'entreprendre."

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