Doit-on interdire le module 'Adblock' pour sauver Internet ?

17/04/15 à 15:33 - Mise à jour à 15:33

Pour certains, Adblock, c'est du vol. Pour d'autres, c'est la liberté. Une chose est sûre: si ce petit outil fait autant débat, c'est parce que les enjeux, surtout financiers, ne manquent pas.

Doit-on interdire le module 'Adblock' pour sauver Internet ?

© Youtube / Thomas Greiner

Si vous utilisez les navigateurs Chrome ou Firefox, peut-être avez-vous déjà installé le petit module "Adblock". En quelques clics, et sans dépenser un centime, vous voilà (presque) libéré des bannières publicitaires et des fenêtres pop-up.

300 millions de téléchargements

D'après une étude publiée l'an dernier par PageFair, de plus en plus d'internautes auraient recours à cet outil pour surfer sur la toile en toute tranquillité. En 2013, leur nombre aurait même plus que doublé. Depuis sa création, le module aurait été en tout téléchargé pas moins de 300 millions de fois, et ils seraient 144 millions à s'en servir chaque mois. Aux Etats-Unis, 27,6% des internautes se seraient déjà laissés séduire par l'internet sans publicité. Ce qui met en danger certains sites dont les recettes publicitaires constituent presque l'essentiel des revenus.

Sur ArsTechnica, nous avons déniché un véritable appel au boycott du blocage de publicités. Le titre de l'article ? "Pourquoi Ad Blocking dévaste les sites que vous aimez". Si le journaliste met en garde ses lecteurs, c'est que beaucoup d'entre eux penseraient que les publicitaires ne rémunèrent un site que si ses visiteurs ont cliqué sur la publicité. Et que donc, Adblock ne changerait pas grand-chose si on ne cliquait déjà pas avant. Pourtant, cette affirmation est fausse. La plupart du temps, il suffit que l'on voit la bannière sur le côté pour que le site y gagne. "Je ne dis pas que le blocage des pubs est une forme de vol, ou est immoral, ou pas éthique, ou fait de quelqu'un le fils du diable", lit-on sur ArsTechnica, mais cela peut "faire perdre à des gens leur emploi, engendrer moins de contenus (...) et définitivement affecter la qualité ces contenus".

Pour enrayer cette spirale infernale, le site a mené une expérience pour le moins originale. Douze heures durant, il a tenté de bloquer pour les utilisateurs d'Adblock pas seulement les bannières promotionnelles, mais aussi le contenu même du site. Le succès de l'opération a été plutôt mitigé. Certains lecteurs ont exprimé leur soutien, et se sont même abonnés, d'autres ne se sont pas gênés pour clamer haut et fort leur mécontentement.

Un combat à 141 milliards de dollars

Si le journaliste d'ArsTechnica semble si effrayé, c'est que les bloqueurs de publicités pourraient faire perdre gros, notamment aux sites d'information: certains proposent par exemple une version payante "sans publicité"... qui perd tout son intérêt si l'on a déjà éradiqué toutes les annonces de son écran. L'an dernier, d'après un rapport publié par l'agence Kantar Media, les dépenses pour la publicité en ligne aux Etats-Unis ont affiché une croissance plutôt faible, de 0,9%. A titre de comparaison, en 2013, ce chiffre était de 15,7%. Les chiffres restent malgré tout plutôt encourageants: le secteur a représenté ces six derniers mois 141 milliards de dollars.

Adblock, lui, entend bien profiter de la panique ambiante. En février dernier, on pouvait ainsi lire sur Business Insider l'histoire d'un juteux contrat entre le bloqueur de publicités et de grandes entreprises: Google, Microsoft, et Amazon. Toutes trois ont versé à Adblock une somme d'argent équivalent à 30% de leurs revenus publicitaires. En échange, les annonces de leurs marques ne seront plus invisibles et sur leurs sites vous serez toujours embêtés par de petites bannières promotionnelles.

Ces sites qui défient Adblock

Certains sites, pas vraiment enclins à débourser de telles sommes, se sont dotés de leurs propres systèmes. Le journal L'Equipe, par exemple, a demandé à ses lecteurs de désactiver Adblock: s'ils refusent, l'accès aux vidéos du site leur est interdit. Du côté de Canal+, on a réussi il y a quelques années à imposer les publicités avant les vidéos. Si vous vous montriez un peu trop tenace en installant un autre système anti-publicité, vous pouviez voir apparaître un message qui vous conseillait de laisser tomber l'affaire.

Sur le site de L'Equipe, on vous demande de désactiver le module Adblock pour pouvoir voir les vidéos.

Sur le site de L'Equipe, on vous demande de désactiver le module Adblock pour pouvoir voir les vidéos. © Capture d'écran L'Equipe

Depuis, les forums sur la toile regorgent de spectateurs mécontents. Il faut dire que certains refusent de devenir un 'produit'. Car si les publicités vous semblent de plus en plus adaptées à votre profil ou à vos goûts, ce n'est pas pour rien. Certains se servent des informations que vous dispersez sur le net, consciemment ou non, pour préciser votre profil de consommateur. Cette méthode, appelée le tracking, serait désormais très répandue. Certains sites posséderaient ainsi des dizaines de trackers sur une même page.

Le module Adblock a donc encore de beaux jours devant lui. Et ce, d'autant plus que les actions en justice contre lui ne sont pas aussi nombreuses que les critiques qui lui sont adressées. Certains expliquent ce relatif silence par le nombre, de plus en plus important, d'outils bloqueurs de publicités. Aussitôt disparu, Adblock serait remplacé par un autre.

Perrine Signoret

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