"Délocaliser ? Certains politiques nous le suggèrent !"

13/10/11 à 16:27 - Mise à jour à 16:27

Source: Trends-Tendances

Pour la première fois en 64 ans, le légendaire constructeur de bus s'exprime. Son patron, Filip Van Hool, ressent chaque jour un peu plus le poids des salaires belges. Quant à délocaliser, le groupe s'y refuse... malgré les "conseils" de certains politiques.

"Délocaliser ? Certains politiques nous le suggèrent !"

© Kristof Vrancken

Avez-vous de bons contacts avec les autorités belges et flamandes ?

Filip Van Hool. Ce sont de très bons contacts mais le coût salarial reste un sujet délicat. Je ne pense pas que le gouvernement fédéral ait eu ou ait aujourd'hui l'intention d'y remédier, parce qu'ils ont clairement besoin de rentrées financières. Il sera plus facile d'imposer le travail. C'est quelque chose que nous comprenons mal. Les autorités flamandes tentent de compenser cela en promouvant l'innovation et en donnant des aides à la formation, mais cela reste limité.

Vous êtes peut-être un mauvais lobbyiste : les constructeurs automobiles peuvent recevoir des aides !

Nous percevons ces aides pour plus ou moins 500 personnes et nous recevons, pour certains projets, des subsides pour les formations et les innovations. Mais il est urgent de composer un gouvernement. Depuis le début de la crise politique, et contrairement aux Pays-Bas et à l'Allemagne, la Belgique s'est moins impliquée dans la lutte contre la crise. Nous avons l'inconvénient d'être une entreprise à 100 % belge avec un ancrage en Flandre. Nous avons donc moins de moyens de pression qu'un groupe ayant son siège à l'étranger. On prend un peu pour acquis que l'on reste actif sur le territoire...

On s'attendrait justement au contraire !

Nous ne cessons de marteler que le coût salarial constitue un handicap mais certains politiques nous suggèrent (et c'est un peu délicat à dire) d'"arrêter de poser cette question. Messieurs, prenez vos responsabilités. Partez donc à l'étranger. Délocalisez !" Voici cinq ans, parler de délocalisation à l'étranger était tabou aussi bien en interne qu'en externe. Il semble toutefois qu'on puisse aujourd'hui discuter de ce sujet avec les autorités et les politiques.

Délocaliser à l'étranger n'est-il pas parfois inévitable ?

C'est vrai. Ceci dit, nous avons toujours choisi de rester en Belgique. On aurait déjà pu partir voici 10 ans, mais nous avons pris le parti de ne pas le faire, pour préserver l'emploi. Nous vivons à Koningshooikt, nous allons à la boulangerie, à l'église ... Je ne dit pas que nous formons tous une famille, mais nous avons en commun une façon de travailler et nous avons tissé des liens sociaux. Nous sommes aussi une entreprise familiale. C'est une tout autre démarche qu'une compagnie cotée en Bourse. Nous travaillons davantage dans le long terme. OK, nous aimons le profit. Mais ce dernier ne doit pas nécessairement être éclatant. Nous voulons que cette entreprise reste flamande et belge.

W.R./Be.L.

Arrêt de travail d'une heure chez le constructeur d'autocars Van Hool

Le personnel du constructeur d'autocars Van Hool a observé un arrêt de travail jeudi en fin de matinée. Les travailleurs entendent obtenir des clarifications sur l'avenir de cette unité d'assemblage après les rumeurs faisant état d'une délocalisation de la production vers l'étranger. Selon Luk De Bock, délégué de la CSC, la direction n'a pas exclu une telle délocalisation tout en assurant qu'elle ne pourrait avoir lieu à court terme. Le travail a repris après une heure.

L'inquiétude du personnel fait suite à une interview accordée par le patron de l'entreprise, Filip Van Hool, dans laquelle il souligne que le mot délocalisation n'est plus tabou et qu'il n'exclut pas que le constructeur belge d'autocars transfère une partie de sa production vers l'étranger en vue de réduire les coûts salariaux.

"Les gens se sentent insultés, affirme Luk De Bock. En ce moment, ils redoublent d'efforts dans la perspective de Busworld, le prochain salon européen de l'autocar et de l'autobus, qui se tiendra du 20 au 26 octobre à Courtrai. Ils prestent un grand nombre d'heures supplémentaires, y compris la samedi et le dimanche. Ils ont donc l'impression que la direction accepte d'une main un effort de leur part tout en leur assénant une gifle d'autre."

Lors de cet arrêt de travail, la direction a tenu à préciser qu'une délocalisation n'est pas à l'ordre du jour dans un avenir proche. Selon Luk De Bock, "les travailleurs ont compris que leur emploi n'est pas menacé". Mais le délégué a précisé que le dossier est loin d'être clos et que les syndicats entendent bien porter le débat devant le conseil d'entreprise.

Belga

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