Corée du Sud: Samsung attend un jugement lourd de conséquences

23/08/17 à 10:37 - Mise à jour à 10:21

Source: Afp

La justice sud-coréenne rend son verdict vendredi dans le procès pour corruption de l'héritier de l'empire Samsung, décision qui pourrait priver le premier fabricant mondial de smartphone de gouvernail pendant plus de dix ans.

Corée du Sud: Samsung attend un jugement lourd de conséquences

Samsung © REUTERS

Lee Jae-Yong, vice-président de Samsung Electronics et fils du président du groupe Samsung, Lee Kun-Hee, s'est préparé toute sa vie à reprendre les rênes de l'empire fondé en 1938 par son grand-père.

Certains Sud-Coréens qualifient par dérision leur pays de "République de Samsung", tant le groupe --un cinquième du PIB national-- domine l'économie et entretient des liens rapprochés avec le pouvoir politique.

Mais le parquet a réclamé 12 ans de réclusion à l'encontre du "prince héritier" de 49 ans. En détention provisoire, il est poursuivi pour corruption et abus de biens sociaux dans le retentissant scandale qui a emporté la présidente Park Geun-Hye.

La possibilité d'un long séjour de l'héritier en prison a propagé une onde de choc dans le vaste "chaebol" comme sont appelés les conglomérats sud-coréens. L'autorité de la famille était incontestable pendant des décennies.

Le clan Lee ne détient directement que 5% du capital de Samsung Electronics mais contrôle le groupe via un écheveau complexe de participations croisées entre filiales.

Les dirigeants de chaque unité s'occupent du quotidien mais ne prennent pas les décisions coûteuses sur les acquisitions et investissements sans l'aval de la famille Lee, soulignent les analystes.

"En Corée du Sud, ce type de décision est souvent sanctionné par le patriarche de la famille régnante", explique à l'AFP Chung Sun-Sup, directeur du site d'analyse chaebul.com.

Expérience inédite

La soeur de M. Lee, Boo-Jin, chargée de l'unité hôtelière du groupe, a été présentée un moment comme une solution de rechange. Possibilité balayée cependant en raison de son manque d'alliés ou d'expérience managériale au sein de Samsung Electronics, le navire-amiral du groupe.

Malgré l'absence de M. Lee, Samsung Electronics a annoncé ces derniers mois des bénéficies spectaculaires qui ont fait s'envoler l'action, grâce aux puces mémoire utilisées dans la fabrication des ordinateurs, des serveurs et des mobiles.

Le groupe récolte ainsi les fruits de décisions radicales prises de longue date sous la férule de Lee senior, comme la construction d'usines de puces à coups de milliards de dollars.

"Avec tant d'incertitudes sur sa gouvernance, Samsung pourrait mettre plus de temps qu'avant pour décider du genre d'investissements massifs et audacieux qui font sa réussite actuelle", poursuit M. Chung.

Depuis la crise cardiaque de Lee senior en 2014, la direction tente de rationaliser le groupe, se débarrassant des actifs les moins profitables, tout en renforçant l'autorité de Lee Jae-Yong.

Si M. Lee est reconnu coupable et si la sentence est lourde, le groupe pourrait être contraint "à une expérience sans précédent", à savoir vivre sans contrôle direct du clan, prédit M. Chung.

Geoffrey Cain, auteur d'un livre à paraître sur Samsung, relève cependant que Samsung Electronics a pris des décisions stratégiques depuis que M. Lee est en détention provisoire. "Les chaebols sont habitués à avoir leur leader en prison, ils peuvent faire avec".

Des millions de dollars

Les voix se sont multipliées pour demander une réforme des "chaebols". Samsung a démantelé son Bureau des stratégies d'avenir (BSA), petit groupe obscur de vétérans ne répondant qu'à la famille Lee, promettant de donner plus de pouvoir aux conseils d'administration.

Le président qui a succédé à Mme Park, Moon Jae-In, a promis de faire table rase des relations de corruption profondément enracinées entre pouvoirs politique et économique.

Mme Park est elle-même jugée pour avoir accordé des faveurs politiques à des capitaines d'industrie, dont M. Lee, qui ont enrichi sa confidente de l'ombre Choi Soon-Sil, à hauteur de 40 millions de dollars s'agissant de Samsung.

L'héritier est soupçonné d'avoir voulu acheter le feu vert du gouvernement à la fusion controversée de deux unités en 2015, vue comme une étape clé pour la transition en douceur au sommet du groupe.

M. Lee a plaidé non coupable, démentant toute implication dans les décisions sur l'argent versé et disant avoir ignoré jusqu'à l'existence de Mme Choi. Sa défense l'a dépeint comme un héritier naïf et inexpérimenté pas même autorisé à "se mêler" des décisions des cadres du BSA choisis par son père.

Reste à savoir si les trois juges vont l'entendre.

"S'il est reconnu innocent, ce serait un énorme revers pour la justice et le gouvernement actuel", estime Shim Jung-Taik, auteur de plusieurs ouvrages sur Samsung. "L'affaire Lee n'est pas une simple affaire juridique. Le jugement sera celui de la culture des chaebols et de la corruption".

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