Comment un stade de rugby peut rapporter 200 millions par an

09/09/15 à 15:25 - Mise à jour à 15:25

Temple du rugby anglais depuis 1909, le stade de Twickenham, qui accueillera dix matches de la Coupe du monde 2015 dont la finale, est devenu au fil du temps une redoutable machine à faire de l'argent: pour le plus grand bonheur de la fédération, son propriétaire.

Comment un stade de rugby peut rapporter 200 millions par an

© Reuters

Au 30 juin 2014, la Fédération anglaise de rugby (RFU), qui y a installé son siège, avait ainsi réalisé 208,1 M EUR de recettes pour la saison écoulée, dont près de 121,58 provenant directement de l'exploitation commerciale tous azimuts de l'enceinte.

Car Twickenham, d'une capacité de 82.000 personnes, ne se contente pas d'accueillir des matches de rugby, notamment ceux du XV de la Rose.

Ouvert 365 jours par an, le stade, affectueusement surnommé "le jardin à choux" -- c'était un terrain agricole en 1907 quand la RFU l'a acquis pour 5.500 livres sterling de l'époque -- s'est énormément diversifié dans sa version moderne, achevée en 2006.

Sont en effet adossés à Twickenham, situé à proximité de l'aéroport d'Heathrow dans le sud de Londres: un hôtel quatre étoiles de 156 chambres, une salle de gym, la boutique officielle de la RFU, un musée du rugby qui propose également des visites et des salles de réception louées à prix d'or par la Fédération à des entreprises ou des particuliers.

Rihanna et Témoins de Jéhovah

La plus grosse enceinte sportive mondiale dédiée exclusivement au rugby organise donc toute l'année des concerts de stars planétaires comme Rihanna ou les Rolling Stones, des mariages, des séminaires d'entreprises ou encore, par exemple, la convention annuelle des Témoins de Jéhovah depuis près de 50 ans.

A l'extérieur, un parking de 2.000 places accueille les visiteurs. A l'intérieur, 155 loges privées donnant sur la pelouse, un auditorium de plusieurs centaines de places et 25 salles de conférences permettent de faire tourner la boutique en permanence.

La RFU a même créé en 2000 une co-entreprise pour l'exploitation extra-sportive de son stade.

Si la billetterie représentait en 2014 35,8 M EUR des recettes de la RFU, les plus gros revenus proviennent en effet de l'organisation de réceptions (50,31 M EUR). L'hôtel rapporte lui 8,47 M EUR par an et la salle de sport 5,47 M EUR.

L'activité des boutiques de la RFU, réalisée pour l'essentiel dans celle de Twickenham, se chiffre pour sa part à 6,5 M EUR.

Et si les jours de matches pèsent évidemment d'un poids considérable dans les recettes annuelles de la fédération, la co-entreprise, qui a reversé 6,28 M EUR à la RFU à l'été 2014, réalise quand même un chiffre d'affaire non négligeable de 6,15 M EUR les jours creux.

'Patrimoine génétique du rugby'

Ces dernières années, le stade a de plus bénéficié d'un lifting d'environ 455 M EUR pour passer en configuration Coupe du monde.

Il n'a donc évidemment plus rien à voir avec celui qui a accueilli son premier match international le 15 janvier 1910 entre l'Angleterre et le pays de Galles.

Mais il "appartient au patrimoine génétique du rugby", comme le proclame la RFU qui a parfaitement su convertir l'affection populaire en jackpot.

C'est ici qu'un groupe d'étudiants s'est ainsi mis à chanter pour la première fois "Swing low, swing chariot", devenu depuis l'hymne de l'équipe, lors d'une victoire renversante contre l'Irlande en 1988.

Même si ce n'est pas l'enceinte la plus confortable du royaume, il faut aussi voir les alentours bourdonner quand l'Angleterre joue. Il faut alors compter une demi-heure de slalom pour parcourir les 900 mètres sur l'artère noire de monde qui relie la gare au stade, jalonnée d'échoppes et de vendeurs de hot-dogs.

Avec effervescence, Twickenham s'apprête donc, comme l'Eden Park d'Auckland, à accueillir sa deuxième finale de Coupe du monde. En 1991, l'Angleterre avait calé en finale. Peut-elle aller jusqu'au bout cette fois?

Avec l'AFP

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