Comment le streaming est en train de sauver la musique

27/02/13 à 19:49 - Mise à jour à 19:49

Source: Trends-Tendances

Le marché de la musique a stoppé son déclin, grâce à la progression des ventes de musique en ligne. C'est le streaming, sous toutes ses formes, qui dynamise la croissance. Mais les ayants droit ne lâchent pas sur le piratage, bien au contraire.

Comment le streaming est en train de sauver la musique

© Reuters

Une croissance de 0,3% sur un an, cela peut paraître ridicule. Mais cela faisait 12 ans que l'industrie musicale n'avait pas enregistré un si bon résultat, selon le rapport annuel de l'Ifpi, la Fédération internationale de l'industrie phonographique. Une évolution liée à la progression des ventes de musique numérique, en augmentation de 9,8%, qui totalisent désormais 5,6 milliards de dollars au niveau mondial et représentent 34% du chiffre d'affaires du secteur.

Dans certains pays, les revenus numériques sont même parvenus à dépasser le chiffre d'affaires des CD et DVD, comme en Inde, en Norvège (où le marché global de la musique a progressé de 7% en 2012 grâce au streaming), en Suède et aux Etats-Unis. L'offre légale s'est considérablement développée partout dans le monde. Il y a deux ans, les grands magasins de la musique en ligne que sont iTunes, Spotify ou Deezer n'étaient présents que dans un peu plus de 20 pays, rappelle l'Ifpi. Aujourd'hui, ils en couvrent plus d'une centaine.

Les abonnés aux services de streaming en croissance de 44%

Le téléchargement représente toujours l'essentiel des ventes (environ 70%) de la musique numérique, et reste en croissance (+12% en valeur). Les albums enregistrent une croissance en volumes deux fois supérieure (+17%) à celle des singles (+8%), prouvant que le modèle de l'album est loin d'être mort.

21% des 5 albums les plus vendus dans le monde en 2012 l'ont été sous leur forme dématérialisée. Pour l'opus du boys band One Direction (Up All Night), cette proportion a même atteint 38%. Quant au single le plus vendu en ligne, il s'agit de Call me maybe de Carly Rae Jepsen, qui a vendu 12,5 millions de copies numériques, devant Somebody that I used to know de Gotye et Gangnam Style de PSY, qui s'est écoulé à 11,8 millions d'exemplaires.

Mais c'est le streaming qui tire la croissance du marché, comme depuis plusieurs années. Les sites de streaming comptent 20 millions d'abonnés payants dans le monde - un chiffre en croissance de 44% par rapport à 2011 - et leur chiffre d'affaires global a augmenté de 59% sur les six premiers mois de l'année 2012, en année glissante.

Toujours plus d'offres de streaming

Dans plusieurs pays, l'offre a été soutenue par des accords entre les sites et des opérateurs télécoms, comme cela s'est produit en France entre Orange et Deezer ou aux Pays-Bas entre Spotify et KPN. C'est d'ailleurs aux Pays-Bas, grâce aux abonnements à Spotify, que l'Ifpi a observé la plus forte croissance du marché numérique européen en 2012 (+66%). A l'international, Spotify indique que 20% de ses inscrits sont des abonnés payants.

En France, sur les six derniers mois, 36% des internautes interrogés par Ipsos Media CT ont utilisé un service de streaming gratuit ou payant, alors que 10% seulement ont téléchargé. Principal attrait des sites de streaming pour les consommateurs : la possibilité de découvrir de nouveaux titres, et leur offre combinée gratuite et payante.
Google ne s'y trompe pas, et compte selon Bloomberg lancer son propre service de streaming au troisième trimestre, selon Bloomberg. De nouveaux modèles voient par ailleurs le jour pour tenter de séduire une plus grande variété d'internautes. Samsung, par exemple, a lancé au Royaume-Uni une application permettant d'accéder, pour une livre par mois, au top 40 national, en illimité. C'est le streaming sous toutes ses formes qui a le vent en poupe : la vidéo musicale, sur YouTube ou Vevo notamment, y compris sur le mobile, et la webradio, avec des services comme Pandora (qui représente 8% de l'écoute radio totale aux Etats-Unis), Slacker ou iHeartRadio.

Piratage: le blocage séduit les ayants droit

L'Ifpi ne fait pas l'impasse sur le piratage, comme tous les ans dans son rapport. Selon l'Ifpi, 32% des internautes dans le monde consomment régulièrement des contenus pirates. Les ayants droit ont notifié 15,9 millions de contenus aux différentes plateformes en ligne afin de les supprimer de leurs serveurs.

Cette année, la fédération met l'accent sur sa volonté d'agir auprès des intermédiaires (annonceurs, régies publicitaires, moteurs de recherche,...) pour endiguer le piratage. Ce que recommande également la Commission de protection des droits de l'Hadopi en France. A ce propos, le rapport égratigne Google, qui a pourtant intégré en août 2012 dans son algorithme un paramètre relatif au signalement de contenus protégés, et qui est censé dégrader le référencement des sites qui font l'objet du plus de signalements. Mais "peu de choses ont changé en réalité, et on espère des résultats tangibles en 2013", indique le rapport. 90% des liens en première page sur la requête "Bruno Mars MP3", par exemple, un des artistes les plus vendus dans le monde en 2012, renvoient vers du contenu pirate.

Les intermédiaires ne sont pas seuls dans le viseur de l'organisation internationale. Les fournisseurs d'accès sont aussi des maillons de la chaîne qu'elle lorgne. En 2012, les FAI ont été mis à contribution pour bloquer des sites "pirates" dans 12 pays : en Inde, en Malaisie, en Corée du Sud, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Finlande, en Grèce, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Et les ayants droit apprécient. Dans les cinq pays européens qui ont bloqué l'accès à The Pirate Bay, l'usage aurait chuté de 69% sur l'année, alors que dans le reste de l'Europe il aurait augmenté de 45%.

Par Raphaële Karayan

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