Comment Cardio3 BioSciences est entré en Bourse

05/07/13 à 15:04 - Mise à jour à 15:04

Source: Trends-Tendances

L'introduction de la biotech wallonne sur Euronext Bruxelles et Paris touche à son but. La première cotation est prévue ce vendredi 5 juillet. Cette opération marque une nouvelle étape dans la vie de Cardio3, qui développe un traitement innovant contre l'insuffisance cardiaque. Récit d'une aventure menée au pas de charge.

Comment Cardio3 BioSciences est entré en Bourse

Beaucoup de travail, un bon réseau, quelques sueurs froides et, surtout, une solide dose de persévérance et d'audace. Sans ce cocktail bien tassé, le docteur Christian Homsy et son équipe ne seraient probablement pas parvenus à mener à bien ni dans un temps record l'introduction en Bourse de Cardio3 BioSciences, la société qu'il a cofondée en 2007. "En général, il faut compter six à 12 mois pour préparer une IPO (Ndlr, "Initial public offering", introduction en Bourse), relève l'intéressé. Le projet a été présenté le 22 mars à notre conseil d'administration, qui nous a donné son feu vert le 15 avril." L'opération aura donc été bouclée en deux mois et demi à peine puisque la première cotation des actions de Cardio3 est prévue ce vendredi 5 juillet, à la fois sur Euronext Bruxelles et Paris. "Ceci doit être l'IPO la plus rapide jamais réalisée en Belgique", relève Christian Homsy. Une opération décisive C'est aussi la première société à lever des fonds sur Euronext Bruxelles depuis la fin 2009 car l'entrée en Bourse de bpost visait à placer une partie des actions de son actionnaire privé. Un pari aussi audacieux que déterminant pour le laboratoire de Mont-Saint-Guibert qui a développé un traitement unique, le C-Cure, pour soigner l'insuffisance cardiaque. "L'un des plus grands besoins médicaux non satisfaits dans le monde", insiste son patron. Objectif : lever entre 17 et 31 millions d'euros. Soit le montant dont Cardio3 a besoin pour financer la phase III de son étude clinique (Ndlr, dernière étape avant la mise sur le marché) sur 240 patients en Europe et obtenir l'autorisation de démarrer les tests aux Etats-Unis.

Depuis sa création, Cardio3 a levé près de 60 millions d'euros, dont un tiers en subsides et avances récupérables. "Sans le soutien de la Région wallonne, Cardio3 n'existerait sans doute plus", explique Serge Goblet, administrateur de la société. Cet entrepreneur bruxellois, qui possède plusieurs sociétés (Essege, Carbobois, Tolefi...), est un investisseur de la première heure. Au fil des tours de table, il est devenu le premier actionnaire (avec une part de 44 %) de la PME qui emploie 50 personnes.

Une première tentative avortée Cardio3 n'en est pas à son coup d'essai en Bourse. "En novembre 2010, se souvient Christian Homsy, nous avons lancé le travail de préparation de l'IPO avec KBC Securities (Ndlr, la seule banque à suivre le secteur biotech en Belgique) et la française Bryan Garnier & Co. Nous avons franchi toutes les étapes précédant le placement (adaptation des comptes aux normes IFRS, due diligence, rédaction du prospectus). Mais la banque française s'est désistée au cours du processus car son analyste biotech avait démissionné et on s'est retrouvé dépendant d'une seule banque. KBC et nous-mêmes avons donc décidé d'arrêter l'opération, le marché s'étant entre-temps dégradé avec la crise grecque." Une fameuse douche froide, suivie d'une traversée du désert au cours de laquelle Christian Homsy a pris son bâton de pèlerin pour convaincre les investisseurs existants (SRIW, Serge Goblet, Désiré Collen, de Thrombogenics via son fonds LSRP...) de remettre la main à la poche et d'en trouver de nouveaux comme Jean-Marc Heynderickx, l'ancien patron du groupe Louis Delhaize.

L'idée de retenter une IPO remonte à la fin février. Le feu vert du conseil d'administration acquis, l'opération est lancée et les deux banques chargées de piloter l'IPO désignées. Original : elles ne sont pas belges. Il s'agit de la française Invest Securities et de la néerlandaise Kempen, experte dans le domaine de la biotech. Autre particularité : la double cotation sur Euronext Bruxelles et Paris. "Parce que plusieurs sociétés de biotech ont réussi leur IPO ces derniers mois à Paris et parce que cela élargit le panel d'investisseurs sans frais supplémentaires", justifie Christian Homsy. "La double cotation est fortement facilitée chez Euronext car le carnet d'ordres est unique", explique Vincent Van Dessel, le patron de la Bourse de Bruxelles. Pour accélérer le processus, la société a repris les avocats et auditeurs déjà en charge du dossier en 2010 (Allen & Overy et Ernst & Young).

Un bel exemple de coopération wallo-flamande Quelques jours avant de recevoir l'approbation de la FSMA (l'autorité des marchés), la société reçoit une nouvelle décisive : deux investisseurs se sont engagés à apporter près de 14 millions d'euros. Il s'agit d'abord du fonds public flamand PMV. En échange des 9,5 millions injectés dans la PME wallonne, une usine de production sera construite en Flandre. La SRIW (Société régionale d'investissement de Wallonie), actionnaire existant, verse pour sa part 4,45 millions d'euros. De quoi pérenniser le siège et la R&D en terres wallonnes. "En acceptant l'arrivée de PMV dans le capital, souligne Serge Goblet, la SRIW a fait preuve de beaucoup de pragmatisme. De son côté, le fonds flamand n'a pas exigé de cadre linguistique. C'est un bel exemple de collaboration entre la Wallonie et la Flandre pour garder un fleuron en Belgique."

Une fois le prospectus approuvé par la FSMA (avec 24 h de retard pour cause d'agenda trop chargé !), la période de souscription démarre le 21 juin. C'est parti pour deux semaines de course contre la montre. La direction de Cardio3 enchaîne présentations sur rendez-vous en Europe et aux Etats-Unis pour inciter les fonds et autres investisseurs institutionnels à souscrire à l'IPO. Jugez plutôt.

Une course contre la montre Après avoir passé 48 h aux Etats-Unis et 24 h à Londres à la rencontre d'investisseurs institutionnels ayant marqué leur intérêt, Christian Homsy, flanqué de son directeur financier Patrick Jeanmart et des représentants des banques, embarque à bord de l'Eurostar à destination de Paris. Arrivés dans la capitale française, les responsables de Cardio3 ont rendez-vous avec une banque d'affaires. Pendant que le CFO et le président du conseil d'administration, Michel Lussiet, poursuivent les roadshows, le CEO monte sur un moto-taxi, direction le plateau de BFM TV. "Les rencontres avec la presse sont importantes pour faire connaître la société au grand public", explique l'administrateur délégué qui regrette que certaines banques en Belgique, chargées de transmettre les ordres d'achat de leurs clients à Euronext, aient refusé de jouer le jeu. Et cela, ajoute-t-il, alors que la FSMA et Euronext insistent pour que 10 % de la souscription d'une IPO soient réservés aux particuliers.

L'interview terminée, le moto-taxi emmène Christian Homsy à l'aéroport de Roissy, direction Amsterdam, où une nouvelle réunion avec des investisseurs potentiels est programmée à 20 h 30. Les derniers jours, la tension monte. "Le conseil d'administration se réunit une à deux fois par semaine par vidéoconférence pour faire le point", confirme Serge Goblet. Les roadshows se poursui- vent à un rythme effréné : Helsinki et Stockholm avant Zurich et Francfort... jusqu'à la fin de la période de souscription fixée au 3 juillet à 16 heures. Reste à attendre le résultat qui déterminera le prix de la première cotation.

Un test pour Euronext Bruxelles Une IPO n'est pas gratuite. "En frais fixes, il faut compter un million d'euros pour rémunérer les auditeurs et les avocats, détaille le patron de la biotech. Quant aux commissions versées aux banques, elles varient entre 6 et 8 % du montant levé." A cela s'ajoutent les frais d'admission sur Euronext et un abonnement annuel, calculés en fonction de la capitalisation de l'entreprise. Qu'est-ce que l'IPO va changer dans la vie de Cardio3 ? "Nous aurons une obligation de résultats encore plus importante. La culture de l'entreprise va devoir s'adapter", précise Christian Homsy. "La société devra aussi respecter de nouvelles contraintes en matière de communication financière", complète Vincent Van Dessel qui considère cette IPO comme "un test très important pour Euronext Bruxelles".

SANDRINE VANDENDOOREN

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