Caterpillar: comment la direction justifie la fermeture du site

12/09/16 à 14:46 - Mise à jour à 21:39

Source: Belga

La direction de Caterpillar Belgium a justifié l'annonce de fermeture du site de Gosselies (Charleroi) par une volonté de réduire de 10% la surface de production du groupe, a indiqué lundi Cathy Verhaeghe, déléguée principale SETCa, à l'issue de la première réunion de la phase d'information et de consultation de la procédure Renault, organisée lundi matin.

Caterpillar: comment la direction justifie la fermeture du site

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Selon la déléguée, la direction a ensuite expliqué que les productions du site de Gosselies avaient la caractéristique, par rapport à celles d'autres sites, de pouvoir être délocalisées.

Ce qui est choquant, c'est que dans le même temps la direction a confirmé que le site carolo était compétitif, a déploré Cathy Verhaeghe.

Au cours de la réunion, les syndicats ont également obtenu la confirmation que ce seraient bien Thierry Hansen, l'administrateur délégué de l'usine, et la directrice des ressources humaines du site qui seraient leurs interlocuteurs durant la procédure Renault.

Les syndicats ont émis également le désir de rencontrer, au-delà de la direction locale de Gosselies, les dirigeants du groupe ou certains de leurs représentants directs. Ce pourrait être le cas lors d'une rencontre d'ores et déjà fixée le 22 septembre. "C'est important car à ce stade, on a l'impression, côté syndical, que la direction locale tente d'expliquer une fermeture qu'elle ne comprend pas elle-même", a affirmé Elmo Clemente, délégué CSC.

Décider maintenant des prépensions offrirait une marge à la direction

Dévoiler à l'heure actuelle des éléments nouveaux sur d'éventuels efforts du gouvernement fédéral - notamment en matière de prépension - donnerait une marge de manoeuvre à la direction de Caterpillar dont pourraient pâtir les syndicats dans la négociation actuelle, a fait observer lundi le ministre de l'Emploi Kris Peeters, à son arrivée à une réunion des gouvernements fédéral et wallon avec les syndicats de l'entreprise de Gosselies.

"Le plus important maintenant, c'est d'aider les syndicats pour négocier avec la direction avec fermeté. Ce ne serait pas très intelligent de lancer des éléments qui donneraient à Caterpillar une marge de manoeuvre, ce n'est le but ni du gouvernement ni des syndicats", a commenté le vice-Premier ministre CD&V.

Il en va de même à ses yeux de l'annonce de toute autre décision qui pourrait court-circuiter les négociations en cours lors de la première phase de la loi Renault.

Les syndicats, eux, comptaient sur cette réunion avec les principaux ministres fédéraux et wallons pour envisager des dérogations aux diverses législations, mais "sans vouloir accélérer les choses", a tempéré le président de la FGTB Métal Hainaut-Namur, Antonio Cocciolo, conscient des enjeux de la négociation dans la 1e phase de la loi Renault.

Les prépensions à Caterpillar ne concerneraient qu'une minorité de travailleurs. En 2013, la restructuration avait déjà fait partir près d'un millier de travailleurs qui avaient atteint 52 ans et demi, a rappelé le syndicaliste.

Aujourd'hui, si la barre reste à 55 ans, cela concernerait une petite centaine de personnes. Si elle descend à 52,5 ans, 300 à 350 personnes seraient éligibles à une prépension, désormais "Régime de chômage avec complément d'entreprise" (RCC).

Pour Antonio Cocciolo, la première priorité reste l'emploi et le volet industriel pour les plus de 2.000 travailleurs du site.

Le ministre-président wallon Paul Magnette soulignait lui aussi que l'on n'était pas encore dans le plan social. "Ce qu'il faut maintenant c'est sauver tout ce qui peut l'être en termes d'emplois et de site".

"Mais je ne comprendrais pas que l'on n'octroie pas aux Wallons ce qu'on a octroyé aux Flamands", a-t-il déclaré, réclamant "le même type d'avantages". Il ne réclame toutefois pas explicitement la même dérogation qu'avaient obtenue les ouvriers de Ford Genk pour une prépension à 52 ans.

Le PS, réuni lundi matin en bureau, a abondé. Il demande que "le gouvernement MR N-VA considère qu'un ouvrier de Caterpillar = un ouvrier de Ford Genk". Les socialistes francophones estiment que la priorité doit demeurer une "solution industrielle" mais il juge "inacceptable que des mesures acquises par le personnel de Ford Genk ne soient pas garanties par le gouvernement fédéral pour Caterpillar Gosselies".

En septembre 2013, le gouvernement précédent avait approuvé l'octroi du RCC pour les travailleurs de Ford Genk âgés de 52 ans au moment de la fermeture de l'usine limbourgeoise.

Ce week-end, le président de la N-VA, Bart De Wever, a plaidé pour le respect des règles actuelles, sans dérogation. "Tout le monde veut une exception lorsqu'il y a un drame social. Il faut des règles générales et éviter, chaque fois qu'une entreprise ferme, de prendre des mesures exceptionnelles", a-t-il déclaré.

Jeudi, la députée fédérale Zuhal Demir (N-VA) avait déjà tenu le même langage, jugeant qu'accepter les prépensions n'aidait pas les travailleurs. "Il faut se tourner vers les emplois existants. Caterpillar ne peut pas encore une fois renvoyer la facture vers le contribuable, car c'est de cela qu'il s'agit. Elle doit prendre ses responsabilités", avait-elle expliqué.

Aucune porte n'est fermée de la part des gouvernements

"Il n'y a aucune porte de fermée" de la part des gouvernements fédéral et wallon sur les revendications syndicales dans le dossier Caterpillar, a affirmé lundi le président de la FGTB Charleroi & Sud Hainaut Antonio Cocciolo, à l'issue d'une réunion avec les gouvernements fédéral et wallon à Bruxelles.

C'est le cas aussi si doit être enclenchée la seconde phase de la procédure Renault, au cours de laquelle les interlocuteurs seraient amenés à discuter d'un plan social, de dérogations sur les RCC (prépensions), de fiscalité des primes de départ ou de chômage économique, selon le syndicaliste.

"On déterminera dans les jours et les semaines qui viennent s'il y a une certaine sincérité dans les débats d'aujourd'hui", a-t-il relativisé.

Tous les interlocuteurs se sont montrés soucieux de ne pas dévoiler leurs cartes, alors que se joue actuellement la première phase de la loi Renault.

"On essaie donc de jouer la bonne musique au bon moment, ensemble", a confirmé Jean-Marie Hoslet (CSC-Metea).

Caterpillar Gosselies se répartit sur trois bâtiments: assemblage, montage, machines-outils. "Chaque bâtiment pourrait redémarrer seul et être au service du grand Caterpillar", note-t-il. Le 22 septembre commencera le débat questions-réponses entre syndicats et direction dans ce cadre, avec les contre-propositions syndicales. Ce n'est qu'en cas d'échec de la phase 1 que serait discuté un plan social.

Les chefs des gouvernements fédéral et wallon, Charles Michel et Paul Magnette, cherchent eux aussi à rencontrer - ensemble - cette direction mondiale. Il était question initialement d'une entrevue au milieu de cette semaine, mais cela risque de ne pas être envisageable avant la fin du mois, non seulement pour des raisons d'agenda, mais aussi de la frilosité de la direction mondiale à voir une telle rencontre médiatisée.

Le dossier Caterpillar sera discuté mercredi après-midi au Parlement européen

Les eurodéputés ont approuvé, lundi soir, la demande du groupe socialiste d'ajouter à l'agenda de leur séance plénière à Strasbourg un débat sur la réindustrialisation de l'Europe, à la lumière des annonces récentes de licenciements chez Caterpillar, à Gosselies, et chez Alstom, à Belfort (France). Une résolution sera votée à la première plénière d'octobre.

Le débat aura lieu mercredi après-midi, avant la discussion prévue sur la décision de la Commission concernant Apple. Il tournera autour du "besoin d'une politique de réindustrialisation européenne à la lumière des récents dossiers de Caterpillar et Alstom".

L'eurodéputée belge Marie Arena s'est réjouie lundi que le Parlement ait accepté de modifier son agenda pour y inclure ce point, qu'elle promouvait.

Des travailleurs de Caterpillar réembauchés en Flandre occidentale? Le Voka y croit

"On doit et on va trouver des postes vacants pour les travailleurs de Caterpillar. Il y a des offres d'emplois. Il y a des emplois", a affirmé lundi soir Paul Kumpen, le président du Voka, lors de la rentrée de l'organisation patronale flamande.

Selon Paul Kumpen, la Flandre occidentale pourrait faire partie de la solution. "Comment se fait-il que tant d'entrepreneurs flamands ne parviennent pas à trouver des travailleurs alors qu'il y a tant de chômeurs? Maintenons le dialogue sur le feu et regroupons nos forces afin de proposer aux travailleurs de Caterpillar, le plus rapidement possible, un emploi de qualité", a-t-il déclaré.

Des experts du groupe attendus à Charleroi dans les prochaines semaines

Des experts du groupe Caterpillar se déplaceront vraisemblablement jusqu'à Gosselies (Charleroi) dans les prochaines semaines, a indiqué le porte-parole de l'entreprise lundi. Selon ce dernier, ils pourraient notamment faire ce déplacement pour apporter des informations aux syndicats ou pour donner leur avis par rapport à d'éventuels problèmes d'interprétation.

Le porte-parole de l'entreprise a par ailleurs confirmé que, depuis l'annonce de la fermeture, la direction locale avait demandé au groupe Caterpillar l'ensemble des informations liées à la décision de fermeture. Les experts qui pourraient faire le déplacement jusqu'à Gosselies sont notamment les rédacteurs de l'étude sur laquelle repose l'annonce de la fermeture.

Lundi, lors de la première réunion comprise dans le cadre de la phase d'information et de consultation de la procédure Renault, les délégués syndicaux présents ont entre autres demandé de pouvoir obtenir les détails de cette étude.

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