Carrefour : "Pourquoi l'Etat doit-il aider une entreprise bénéficiaire ?"

28/05/10 à 09:13 - Mise à jour à 09:13

Source: Trends-Tendances

Dans le protocole d'accord signé avec les syndicats, Carrefour demande des prépensions dès l'âge de 52 ans, une mesure qui pourrait concerner 984 travailleurs. SD Worx a fait le calcul et parvient à une facture maximale de 100 millions d'euros pour l'Onem. Didier Reynders s'interroge. Laurette Onkelinx attaque. Joëlle Milquet se défend.

Carrefour : "Pourquoi l'Etat doit-il aider une entreprise bénéficiaire ?"

© Bloomberg

Si la direction et les syndicats de Carrefour ont conclu un projet d'accord, le plan social pourrait coûter jusqu'à 100 millions d'euros à l'Office national de l'emploi, écrivent vendredi les journaux De Standaard et Het Nieuwsblad. Le distributeur demande en effet que soient accordées des prépensions dès l'âge de 52 ans.

Au total, 984 travailleurs pourraient en bénéficier. Il s'agit de membres du personnel des 16 supermarchés et hypermarchés qui seront fermés, mais également de travailleurs des 16 magasins Carrefour qui seront repris par le groupe Mestdagh et de travailleurs des 26 magasins Carrefour déficitaires dont Carrefour gardera la gestion.

Selon des calculs de la société de conseils en ressources humaines SD Worx, cette vague de nouvelles prépensions pourrait coûter cher à l'Etat. Sur base d'une allocation de prépension à temps plein de 1.150 euros par mois payée par l'Onem, la facture s'élèverait au total, pour une période de 10 ans - avec un âge moyen lors du départ de 55 ans et jusqu'à l'âge de la pension de 65 ans - à minimum 90 millions d'euros et maximum 100 millions d'euros.

Carrefour : "Pourquoi l'Etat doit-il aider une entreprise bénéficiaire ?" (Reynders)

[UPDATE 1] "Je ne vois pas pourquoi l'Etat doit prendre en charge une partie du coût de la restructuration d'une entreprise bénéficiaire", s'est étonné vendredi Didier Reynders, vice-Premier ministre et ministre des Finances, en réaction à l'accord intervenu chez Carrefour qui prévoit des prépensions à 52 ans.

"J'entends toujours dire qu'il faut faire un maximum d'efforts pour l'emploi et qu'il faut conditionner l'aide aux entreprises à l'emploi. Or, je constate qu'ici, ce qu'on fait, c'est aider une société bénéficiaire à licencier." Didier Reynders d'insiste sur le fait qu'en prenant en charge des prépensions, l'Etat aide de façon importante Carrefour alors que cette entreprise annonce qu'elle investia à l'avenir pour quelque 300 millions d'euros : "Elle pourrait investir un peu moins et payer les charges de sa restructuration !"

Prépensions : "Il faut enlever les aides aux entreprises bénéficiaires qui licencient !" (Onkelinx)

[UPDATE 2] La vice-Première ministre (PS) Laurette Onkelinx a affirmé vendredi que les aides à l'emploi et les intérêts notionnels devaient être enlevés aux entreprises bénéficiaires qui licencient. La décision de Carrefour de souscrire au système de prépensions dans le cadre de sa restructuration prête le flanc à la controverse. Soulignant qu'il s'agit d'une "protection" vis-à-vis du travailleur concerné, Laurette Onkelinx indique que si l'entreprise "licencie sec", celui-ci sera "victime" de la restructuration.

La vice-Première ministre estime que "la meilleure façon pour que les entreprises ne licencient pas quand elles font des bénéfices est (le cas échéant) de leur enlever les aides à l'emploi et les intérêts notionnels". Selon la ministre, il faut "revoir fondamentalement les intérêts notionnels".

Carrefour : Milquet défend sa position après les critiques sur les prépensions

[UPDATE 3] Joëlle Milquet, ministre fédérale de l'Emploi, a défendu sa position après les critiques émises dans les rangs du MR et du CD&V sur le volet "prépensions" de l'accord social intervenu chez Carrefour. Marianne Thyssen, présidente du CD&V, et Didier Reynders, président du MR, ont regretté la possibilité offerte aux travailleurs du groupe de partir en préretraite à partir de 52 ans.

Cette modalité n'est prévue que pour une partie des travailleurs selon des critères précis : uniquement dans les magasins qui ferment, dans les magasins qui ont un déficit structurel avec un surplus de travailleurs, dans ceux qui sont repris par une tierce partie et, dans quelques cas exceptionnels, où la prépension permet le remplacement du travailleur prépensionné par un travailleur licencié.

Au total, 981 personnes sont concernées, a chiffré la ministre. Le coût pour l'Onem s'élèvera à moins de 10 millions d'euros par an puisqu'un grand nombre de ces personnes ne travaillaient pas à temps plein. "Si cet accord n'avait pu être conclu, les plus de 4.000 travailleurs concernés auraient été mis au chômage et le coût pour l'Onem aurait été quatre fois plus élevé, car certaines catégories de chômeurs touchent des allocations de chômage plus élevées qu'un prépensionné et la cotisation patronale sur la prépension n'aurait pas été perçue !", a-t-elle asséné.

Carrefour : les syndicats se montrent optimistes

Les syndicats de Carrefour se montrent relativement optimistes après la conclusion d'un projet de protocole d'accord avec la direction du groupe de distribution. Du côté du syndicat chrétien flamand, Chris Van Droogenbroeck table sur un vote positif des travailleurs, soulignant notamment la garantie d'emploi de six ans accordée par la direction de Carrefour Belgium, qui s'engage à garder durant cette période un total de 85 magasins intégrés ainsi que le personnel correspondant.

Côté francophone, tant le Setca que la CNE ont souligné l'importance du fait que le personnel des hypermarchés continuera d'appartenir à la commission paritaire 312, plus favorable. "Un point fondamental", selon Irène Pêtre (CNE) et Myriam Delmée (Setca). Le syndicat libéral s'est également montré positif par rapport au projet de protocole d'accord.

Au cours des prochaines heures, les délégués syndicaux présenteront le contenu du texte aux travailleurs, dans les magasins. Le vote des syndicats sur le projet d'accord interviendra le mardi 1er juin.

Carrefour : la liste des magasins touchés par le plan de sauvetage

Voici la liste des magasins concernés par le plan de sauvetage de Carrefour Belgium, en cas d'approbation par les syndicats du projet de protocole d'accord conclu jeudi matin avec la direction du groupe de distribution.

Les magasins qui devraient fermer leurs portes :

- les hypermarchés de Middelkerke, Mechelen Noord, Eupen, Ronse, Kuurne, Jumet, Zwijnaarde et Sint-Pieters-Leeuw. L'hypermarché de Casteau (Shape) sera quant à lui fermé avant d'être franchisé.

- les supermarchés de Maasmechelen, Anvers Linkeroever, Anvers Gitsschotellei et Genk Centrum. Les supermarchés de Gand Groene Vallei, Courtrai Walle et Maaseik seront fermés avant d'être franchisés.

Les magasins qui resteraient finalement dans le réseau intégré de Carrefour Belgium :

- les hypermarchés de Bruges Sint-Kruis, Westerlo, Haine Saint-Pierre, Genk, Belle-Ile, Gosselies, Waterloo Mont-Saint-Jean, Mons, Evere, Fléron, Ans, Malmédy, Sint-Eloois-Vijve, Flémalle, Herstal et Drogenbos.

- les supermarchés de Hoboken, Bruges Scheepsdaele, Tielt, Ostende, Anvers Lange Lozanna, Tomberg et Grimbergen, Les Halles.

Deux hypermarchés seraient transformés en "gros" supermarchés : il s'agit des magasins de Mouscron et Waterloo Centre.

Les 16 supermarchés qui devraient passer au sein du distributeur carolorégien Mestdagh : Ans, Uccle VDK, Jette, Liège Blonden, Bruxelles Mettewie, Bruxelles Brusilia, Eghezée, Jodoigne, Heusy, Liege Cointe, Rixensart, Spa, Namur Bouge, Namur Belgrade, Tilff et Houdeng Goegnies.

Trois hypermarchés pressentis pour passer chez Mestdagh resteront finalement intégrés chez Carrefour : les magasins de Gosselies, Belle-île et Waterloo Centre.

Trends.be, avec Belga

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