Carmat, ce c½ur artificiel qui a séduit les investisseurs

08/07/10 à 11:50 - Mise à jour à 11:50

Source: Trends-Tendances

Science et marchés font bon ménage. Ce mercredi, la société Carmat, qui propose le coeur artificiel le plus performant de sa génération, a fait son entrée en Bourse avec succès. Elle est parvenue à lever 15,5 millions d'euros. Retour sur cette entreprise prometteuse.

Carmat, ce c½ur artificiel qui a séduit les investisseurs

Introduction en Bourse réussie pour Carmat. Ce jeudi, la première société à proposer un coeur artificiel totalement implantable a fait son entrée sur Euronext. Elle a levé 15,5 millions d'euros à 18,75 euros l'action. Soit dans le milieu de la fourchette de prix indicatifs annoncée en juin. Ce qui valorise la société à 75 millions d'euros.

"C'est un succès incontestable", estime le Dr Philippe Pouletty, président de Truffle Capital, cofondateur et premier actionnaire de Carmat, qui avait tablé sur une levée de 15 millions à 20 millions d'euros. "Il fallait au minimum que l'entreprise lève 12 millions d'euros pour que l'opération réussisse", se réjouit le seul capital-risqueur français à avoir investi dans l'entreprise.

Il faut dire que le coeur artificiel développé par l'éminent professeur Alain Carpentier, déjà connu pour avoir créé les valves cardiaques artificielles, est séduisant. Avec son allure de petit boîtier en plastique, il est hémocompatible mais surtout s'adapte parfaitement au rythme cardiaque de son propriétaire. "C'est la grande différence avec les coeurs des concurrents qui ne sont pas automatisés, explique fièrement Philippe Pouletty. Le coeur Carmat mime parfaitement le coeur humain et s'adapte à chaque effort physique. Il réagit même aux sentiments humains." Ne pesant que 900 grammes, il est alimenté par des batteries rechargeables toutes les quatre à cinq heures, et doit pouvoir remplacer le coeur malade pour au moins cinq ans.

De quoi, en principe, assurer un bel avenir à ses bénéficiaires. Ainsi qu'à ses actionnaires ? C'est en tous cas le pari qu'a fait Jean-Luc Lagardère voici maintenant plus de 15 ans, lorsqu'il a décidé de se lancer dans l'aventure aux côtés du professeur Carpentier, en versant une partie des 32 millions d'euros nécessaires au développement de la petite entreprise française.

EADS, anciennement Matra et deuxième actionnaire de Carmat, a participé activement au développement du prototype. Entre-temps, l'entreprise a su convaincre d'autres investisseurs. Truffle Capital tout d'abord, mais aussi Oséo, organisme chargé de soutenir l'innovation en France, qui s'est lancé l'année dernière dans l'aventure médico-industrielle en investissant un budget record de 33 millions d'euros.

Un marché porteur

En soi, cela n'a rien de vraiment étonnant. Le marché est porteur. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde. Chaque année, 100.000 malades sont en attente d'un nouveau coeur, quand seulement 4.000 obtiennent une transplantation.

Le pari n'en est pas moins risqué, cependant. Le prix de cette petite merveille de technologies et de sciences devrait osciller entre 140.000 et 160.000 euros. Pas plus qu'une transplantation d'organe qui nécessite plusieurs hospitalisations, tempère le professeur Carpentier, mais une somme plus que conséquente.

Par ailleurs, les essais cliniques n'ont toujours pas été réalisés. "Attention, il ne faut pas confondre les essais cliniques sur ce type de technologies avec les essais cliniques pour un médicament, objecte Philippe Pouletty. En effet, la probabilité de réussite est bien plus élevée dans ce cas, car il est beaucoup plus facile de prédire ce qui se passera grâce à la modélisation technique."

En s'alliant avec le leader de l'aéronautique européen, EADS, l'entreprise a pris un risque minimum : "La fiabilité de ce coeur artificiel est comparable à celle d'un avion pour son premier vol", affirme le scientifique.

Objectif : entre 500 millions et 3 milliards d'euros par an

Les premiers essais cliniques, prévus pour 2011, seront malgré tout un test pour l'entreprise. Ils seront d'abord la preuve concrète que le coeur fonctionne. Ils permettront ensuite de déterminer le type de malades qui pourront en bénéficier. "Selon le profil de malades qui pourront porter le coeur Carmat, nous estimons que notre produit rapportera entre 500 millions et 3 milliards d'euros par an", chiffre Philippe Pouletty.

Dans tous les cas, l'entreprise devrait donc être une réussite. Autant pour les patients que les investisseurs. "C'est le type d'entreprise qui peut rapidement devenir un leader mondial dans son domaine", estime le docteur en médecine. Selon lui, ces petites structures très innovantes n'auraient pas besoin de grand-chose pour réussir une commercialisation mondiale : "Si le produit fonctionne, le simple bouche à oreille entre chirurgiens suffit à le faire reconnaître", affirme le président de Truffle Capital, qui signe cette année la troisième introduction en Bourse d'une de ses entreprises.

Dans les deux premiers cas - l'introduction de Deinove, spécialiste de technologies vertes, et de Néovacs, société de biotechnologies - ce fut une réussite.

Julie de la Brosse, L'Expansion.com

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