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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/04/15 à 11:08 - Mise à jour à 11:09

Bientôt des réunions d'internautes anonymes ?

Le réseau social Facebook avec ses 1,3 milliard d'utilisateurs de par le monde est aujourd'hui l'équivalent d'un continent. Malgré cet impact énorme, ce n'est que depuis peu que des psychologues et des sociologues s'intéressent à ce véritable continent virtuel. Les dernières études réalisées sur Facebook (1) montrent que ce réseau social suscite deux réactions.

Bientôt des réunions d'internautes anonymes ?

© Reuters

Sur le plan négatif, il rend les gens moins heureux, et sur le plan positif, il les rend aussi plus confiants et plus connectés aux autres. Je vais m'attarder un peu plus sur l'aspect "moins heureux", car c'est l'effet le plus étonnant et le plus paradoxal de ces études psychologiques. En effet, une équipe de l'université de Houston a analysé le comportement d'un groupe d'étudiants de la Southwestern University.

La conclusion de cette équipe de chercheurs est radicale: plus un individu passe du temps sur Facebook, plus il éprouve des symptômes dépressifs. Pourquoi ? Selon ces chercheurs américains, ces utilisateurs se sentent mal en se comparant les uns aux autres ! En effet, les opportunités illimitées qu'ont les fans de Facebook de regarder les images de vacances de leurs amis ou les photos de leurs petites amies les stressent et les dépriment.

Pire encore, même si la comparaison se fait à leur avantage, cela semble aussi les attrister. Là encore, les chercheurs expliquent ce phénomène par le fait que toute comparaison sociale est corrélée à des symptômes dépressifs. En résumé, la comparaison sociale est un processus automatique selon ses chercheurs américains. Bien entendu, ces résultats ne sont pas propres à Facebook, mais comme c'est le réseau social le plus puissant, c'est de lui dont on parle aujou

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Après les réunions des alcooliques anonymes, demain nous aurons les réunions des internautes anonymes

Pour ce qui est des comparaisons, les économistes le savent de longue date lorsqu'ils tentent de mesurer le bonheur, ce dernier est fonction non pas de situation personnelle, mais de celles des autres. Car l'être humain compare sans cesse et n'est finalement souvent heureux que lorsque les autres le sont un peu moins que lui. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'économiste Daniel Cohen recommande de se comparer à ceux qui ont moins que nous. En moyenne, les médaillés de bronze sont plus heureux que les médaillés d'argent, cela a été vérifié statistiquement. La raison est la suivante : les médaillés d'argent se comparent aux médailles d'or, et les médaillés de bronze se comparent à ceux qui n'ont rien !

Pour le reste, les chercheurs américains pensent que si l'utilisation trop fréquente de Facebook rend trop triste, c'est qu'il est temps de s'éloigner de son clavier. Au fond, c'est une recommandation assez saine. Il y a même aujourd'hui des livres et des formations qui fleurissent ici et là pour nous apprendre à vivre pendant une journée ou plusieurs journées sans réseau social, une sorte de cure d'Internet en quelque sorte. Après les réunions des alcooliques anonymes, demain nous aurons les réunions des internautes anonymes.

  • (1) Etudes citées dans Les Echos, et recensées dans le New York Magazine, et disponibles aussi dans le Journal of Social and Clinical psychology"

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