Bellens: "Le pire actionnaire ? L'Etat belge !"

07/11/13 à 10:43 - Mise à jour à 10:43

Source: Trends-Tendances

Le CEO de Belgacom Didier Bellens se lâche. Dans sa carrière, le pire actionnaire qu'il ait connu, c'est l'Etat belge, a-t-il affirmé ce jeudi matin lors d'un débat organisé dans un cercle d'affaires.

Bellens: "Le pire actionnaire ? L'Etat belge !"

© Image Globe

Gilles Quoistiaux

Didier Bellens était ce jeudi matin l'invité du B19, un cercle d'affaires basé à Uccle. Le CEO de Belgacom en a profité pour décocher quelques traits d'humour, mais aussi quelques flèches à son actionnaire principal, l'État belge. Il a aussi tenu à mettre les choses au point concernant les différentes "affaires" relayées par les médias ces derniers temps.

Didier Bellens, roi du buzz ?

"J'ai organisé un buzz avant de venir ici pour vous attirer", lance Didier Bellens en guise de préambule, à une assistance hilare. Au sujet de la mise en vente d'un immeuble appartenant Belgacom et des soupçons de conflit d'intérêts sur lesquels il a été récemment entendu par le Parlement, le patron rappelle sa position : "On veut chercher des problèmes là où il n'y en a pas. A partir du moment où l'immeuble n'a pas encore été vendu, il n'y a pas de conflit d'intérêts. On peut comprendre que nos parlementaires ne sont pas juristes, mais ils s'aventurent sur un terrain dangereux."

Concernant le fait que sa déclaration fiscale est remplie par la société PWC aux frais de Belgacom, le CEO explique que c'est un procédé classique dans les grandes entreprises : "Environ trente personnes sont concernées chez Belgacom. La société souhaite s'assurer que tout ce qui concerne les rémunérations soit convenablement intégré dans les déclarations fiscales de chacun. Quand je suis arrivé il y a dix ans, on m'a dit : 'On s'occupe de tout.' C'est un service qui existe dans tous les grands groupes internationaux et dans les grandes sociétés belges. J'ai connu le même régime chez GBL et chez RTL Group. C'est extrêmement courant."

"Il y a peut-être une chasse à l'homme"

Le patron de Belgacom a-t-il l'impression d'être particulièrement visé, tant par la presse que par les politiques ? "Incontestablement, il y a peut-être un peu une chasse à l'homme. En Belgique, on n'aime pas l'entreprise. C'est notre côté gaulois. Or, il faut des entrepreneurs pour créer de l'emploi et de la croissance."

Le patron de Belgacom a aussi profité de sa présence au B19 pour lancer quelques piques à l'intention de son actionnaire principal, l'État belge, qui détient 53,5 % des parts dans Belgacom. Interrogé sur les différents types d'actionnaires avec lesquels il a dû composer au cours de sa carrière (Albert Frère, fonds privés, État...), le CEO de Belgacom joue la carte de la franchise : "C'est une étude anthropologique très intéressante", avance-t-il sur le ton de l'humour. "Avec Albert Frère, c'était très simple, parce qu'on discutait avec une seule personne", poursuit Didier Bellens.

"Les dividendes, c'est comme à la Saint-Nicolas"

Avant d'enchaîner sur son actionnaire majoritaire actuel, l'État belge : "Le pire actionnaire, c'est l'État. C'est même pire que ce que je n'aurais cru. Au gouvernement, ils sont en conflits d'intérêts permanents. Entre le ministre de l'Economie qui défend les consommateurs, le ministre des Finances qui cherche à faire rentrer de l'argent dans les caisses, le ministre bruxellois de la santé qui estime que la 4G c'est mauvais pour la santé des Bruxellois... Cela fait beaucoup de personnalités à gérer. Quand j'en parle au Premier ministre, il me dit : 'Tu comprends, j'ai d'autres soucis.'"

Cependant, d'après le CEO de Belgacom, tous seraient intéressés par le montant des dividendes versés par l'opérateur télécoms à l'État belge (environ 400 millions d'euros chaque année) : "Quand la fin de l'année approche, c'est un peu comme mon fils à la Saint-Nicolas. Ils demandent : 'Ce sera combien, le dividende, cette année ?'". "Il n'y a pas de raison de changer la politique de dividendes pour l'instant. Mais peut-être qu'un jour il faudra couper le dividende de l'État pour voir comme il réagit", ajoute Didier Bellens.

"Je ne suis plus socialiste depuis peu"

Décidément en très grande forme, le patron de Belgacom plaisante sur son appartenance - d'après certains - à la famille socialiste. Vu les récentes déclarations de certains ministres et parlementaires PS, on est effectivement en droit de douter de cette proximité : "Je ne suis plus socialiste depuis peu", s'amuse Didier Bellens. Avant d'enchaîner sur le sujet de la vente des participations de l'État dans Belgacom, que le ministre des Entreprises publiques Jean-Pascal Labille (PS) a rejetée à plusieurs reprises : "Si l'État devait vendre, il vaudrait mieux tout vendre d'un coup, avec une valorisation de 30 %. Là, on contribuerait à réduire la dette de l'État. Vendre une petite partie ne servirait pas à grand-chose."

"Il ne reste plus que Telenet et Belgacom"

Une dernière petite flèche pour la route ? Celle-ci est destinée à la concurrence, que Didier Bellens juge particulièrement faible. "Ce n'est pas une bonne nouvelle", précise-t-il d'emblée. Cette situation serait due notamment à la régulation, européenne et nationale (loi télécoms), qui a conduit à une concurrence accrue sur le marché belge, déstabilisant les plus petits acteurs. "Mobistar et Base sont significativement affaiblis. Voo-Tecteo fait des pertes récurrentes, ce qui est malsain, et est subventionné par le consommateur wallon de gaz et d'électricité. Il ne reste plus que Telenet et Belgacom. Je devrais peut-être remercier le ministre Vande Lanotte : à force de tuer les concurrents, il ne reste que deux acteurs majeurs. Mais ce n'est pas souhaitable. Éliminer des entreprises comme Mobistar ou Base, ce n'est pas bon."

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