Bain de sang social chez Carrefour Belgium: jusqu'à 1.233 emplois supprimés

25/01/18 à 14:18 - Mise à jour à 26/01/18 à 10:19

Source: Belga

Les économies envisagées chez Carrefour devraient entraîner le départ de 1.233 travailleurs (sur 11.500), a annoncé ce jeudi Carrefour Belgium. Les syndicats se sont dits "écoeurés", à l'issue d'un conseil d'entreprise extraordinaire au siège d'Evere.

Bain de sang social chez Carrefour Belgium: jusqu'à 1.233 emplois supprimés

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La mesure concerne 1.053 personnes dans les hypermarchés et 180 au siège central.

Les hypermarchés Belle Île à Liège-Angleur et celui de Genk (Limbourg) devraient fermer leurs portes. Trois hypermarchés (Westerlo, Brugge Saint-Croix et Haine-Saint-Pierre) deviendront des market et l'hypermarché de Turnhout verra sa surface réduite. Les mesures annoncées ne concernent pas les 443 supermarchés et les 296 magasins Express.

"Ecoeurée et fâchée contre l'insolence de la direction"

"Pour le SETCa, c'est un nouveau carnage social", indique pour sa part le syndicat socialiste.

"Ecoeurée et fâchée contre l'insolence de la direction et la froideur des informations reçues", a réagi la vice-présidente du Setca Myriam Delmée à l'issue d'un conseil d'entreprise extraordinaire. "On se retrouve dans la même situation que lors de la dernière restructuration en 2010. Les travailleurs ont fait des efforts, ils ont relevé leurs manches pour ce qui était présenté comme un plan de sauvetage et voilà où on en est aujourd'hui", selon elle.

Le syndicat socialiste n'est "pas prêt à se mettre à la table des négociations", dit-elle. La direction a proposé de rencontrer les syndicats tous les mercredis pour entamer les discussions en vue d'un plan social.

Des contacts ont été pris avec les syndicats en France, où la suppression de 2.400 postes a été annoncée mardi. "Je ne sais pas comment les travailleurs vont réagir en Belgique", a prévenu Mme Delmée. Plusieurs magasins ont spontanément fermé leurs portes dans l'après-midi en guise de protestation.

"Nous avons pris ce plan en pleine figure", a pour sa part relevé Delphine Latawiec, secrétaire permanente nationale à la CNE. Il est également question de revoir les conditions de travail au siège social et dans les hypermarchés pour "aller vers les conditions du marché". "Ce n'est pas clair, s'étonne Delphine Latawiec. Est-ce un changement de commission paritaire ?"

Les hypermarchés d'Evere, Haine St-Pierre, Soignies et Froyennes en grève

"L'hypermarché Carrefour de Haine St-Pierre va se mettre en grève. Soignies et Froyennes vont suivre", annonce par ailleurs la CNE cet après-midi.

L'hypermarché Carrefour d'Evere, situé juste à côté du siège social de l'entreprise, a également fermé ses portes vers 15h30, a constaté l'agence Belga sur place.

"Une annonce violente qui choque avec un manque de clarté absolu. Scandale. Les magasins réagiront", prévient encore Delphine Latawiec.

"Limiter au maximum" les pertes d'emploi

Le ministre wallon de l'Économie et de l'Emploi Pierre-Yves Jeholet a pris contact avec les représentants des travailleurs de Carrefour et rencontrera mardi la direction belge du groupe afin de "voir tout ce que l'on peut faire pour limiter au maximum la casse" en matière d'emploi, a-t-il indiqué jeudi.

Le ministre MR et vice-président du gouvernement wallon s'est dit surpris par l'ampleur de l'annonce du groupe français de grande distribution.

"Je suis aux côtés des travailleurs et des familles, je mesure le désarroi, l'inquiétude et la détresse", a commenté M. Jeholet (MR), tout en soulignant la nécessité de recevoir des précisions sur les chiffres bruts annoncés.

Le ministre a pris contact avec les représentants des travailleurs pour les rencontrer. Mardi matin, il recevra le directeur (CEO) de Carrefour pour le nord et l'est de l'Europe, Guillaume de Colonges. M. Jeholet a aussi pris contact avec la directrice de l'office wallon de l'emploi et la formation (Forem) Marie-Kristine Vanbockestal et doit s'entretenir avec le ministre bruxellois de l'Emploi Didier Gosuin, étant donné que le siège de Carrefour Belgique est à Evere. Il n'exclut pas non plus, en tant que président de la conférence interministérielle Emploi, d'associer le gouvernement fédéral, encore qu'il soit trop tôt actuellement pour le faire vu le manque d'informations.

Interrogé sur les causes de l'annonce de Carrefour, M. Jeholet a évoqué "le constat dressé par les nouveaux responsables de Carrefour" selon lequel le groupe aurait tardé dans le développement de la digitalisation, de l'e-commerce, des circuits courts et du secteur des produits bios.

"Ils ont jugé ce plan inévitable, mais parlent aussi de nouveaux investissements, d'ouvertures, il faut donc voir si des emplois peuvent être récupérés là", a commenté le ministre.

Faut-il parler de licenciements boursiers, comme l'ont dénoncé le PS et le PTB à la Chambre ? "Je ne veux pas rentrer dans ce débat, il faut aussi considérer les activités historiques de Carrefour en Belgique. Je ne veux pas jouer la confrontation" avec le groupe, a souligné le ministre.

Peeters veillera à ce que Carrefour examine les alternatives

Le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V) a décidé d'écourter son séjour au Forum économique mondial à Davos à la suite de l'annonce de Carrefour. Il demande que la procédure Renault puisse démarrer dans les meilleurs délais au sein de l'entreprise de grande distribution. Le vice-Premier ministre ajoute qu'il veillera à ce qu'il y ait une "enquête approfondie sur les alternatives" aux licenciements.

La loi Renault régit la procédure de licenciement collectif : une entreprise qui souhaite licencier un grand nombre de salariés doit d'abord passer par une phase d'information et de consultation, avant de négocier l'indemnisation des salariés licenciés.

"Dans le cas d'une telle restructuration, la première phase est très importante", affirme Kris Peeters. "Il est en effet possible de sauver des emplois. L'expérience montre qu'une conciliation est essentielle. Avec le Premier ministre, nous allons rencontrer la direction et les syndicats."

"J'écourte ma présence à Davos car ma place est en Belgique pour solutionner au mieux le dossier Carrefour", a ajouté Kris peeters sur Twitter. "Mon soutien va vers les travailleurs et leurs familles."

Amener les travailleurs vers de nouveaux jobs rapidement

Quant au gouvernement flamand, il s'est dit prêt à aider les travailleurs affectés par la restructuration à retrouver un nouvel emploi.

"Les licenciements annoncés chez Carrefour sont un coup dur pour les employés, avec un nombre de drames personnels", a réagi le ministre flamand de l'Emploi Philippe Muyters (N-VA).

"Avec le VDAB (le Forem flamand, ndlr) nous sommes prêts à aider ces personnes à trouver rapidement un nouvel emploi. Il faut pouvoir évaluer aussi rapidement que possible leurs compétences afin de leur fournir l'accompagnement adapté aussi vite que possible".

"Réduire les coûts et investir"

"Le plan de sauvetage initié en 2010 et le plan de redressement de Carrefour Belgique ont porté leurs fruits. Pendant ce temps, le secteur de la distribution a fait face à de nouveaux défis", justifie l'entreprise de grande distribution. "Un plan de transformation est nécessaire pour réduire les coûts et investir significativement dans les secteurs créateurs de valeur tels que le développement numérique, les services, le bio, les produits frais et les marques Carrefour."

"Ce plan pourrait avoir des conséquences potentielles sur l'emploi dans les hypermarchés et au siège", conclut Carrefour, annonçant les chiffres de 1.053 suppressions d'emploi dans les hypermarchés et 180 au siège.

A l'inverse, Carrefour Belgium annonce l'ouverture de plus de 30 nouveaux supermarchés Market et Express dans le courant de l'année 2018, ainsi que la création de 70 points de retrait e-commerce.

La société prévoit également une expansion des heures d'ouverture afin de mieux servir les clients.

La dernière importante restructuration du groupe en Belgique avait entraîné la destruction de 1.700 emplois dans 14 magasins.

Carrefour compte en Belgique 45 hypermarchés, dont 44 en gestion propre et un franchisé, 443 supermarchés, dont 39 en gestion propre et 296 magasins "Express", tous franchisés. Sans compter les franchises, Carrefour Belgium emploie quelque 11.500 personnes pour 8.500 équivalents temps plein (ETP). Le nombre d'employés à temps partiel est supérieur aux temps pleins.

Près de 1 poste sur 4 en France

Carrefour a annoncé mardi la suppression de près d'un poste sur quatre en France, son effectif total s'élevant à 10.500 salariés dans le pays. Il relevait également, dans son plan de transformation "Carrefour 2022", sa volonté de rationaliser les implantations "de ses sièges dans l'ensemble de ses pays".

En France, l'entreprise a justifié sa décision par sa volonté de "gagner en productivité et en compétitivité". Des réductions de coûts ainsi que des investissements dans des magasins de proximité sont notamment prévus.

Lors de la publication de ses résultats annuels le 17 janvier, Carrefour avait évoqué une année 2017 "globalement difficile" due notamment à une forte pression commerciale en France. Au niveau mondial, ses ventes annuelles s'affichent en hausse de 3%, à 88,24 milliards d'euros, pour un résultat opérationnel courant de 2 milliards d'euros, en baisse d'environ 15% par rapport à l'année précédente.

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