Pierre-Henri Thomas
Pierre-Henri Thomas
Journaliste
Opinion

12/09/14 à 12:41 - Mise à jour à 12:41

Aurait-on pu sauver Doosan?

Les images du saccage du site du groupe sud-coréen Doosan à Frameries suite à l'annonce de la suppression de 313 emplois ont fait le tour du monde et écorné l'image de la Wallonie, terre d'accueil des investisseurs. Que le vandalisme ait été probablement causé par des personnes extérieures à l'entreprise n'y change pas grand-chose : l'effet a été déplorable. On raconte d'ailleurs que depuis ce malheureux happening, deux grands groupes hésitent désormais à concrétiser leur projet d'investir au sud du pays.

Aurait-on pu sauver Doosan?

© Belga

Cette triste actualité met une fois de plus en lumière l'importance des investissements directs étrangers et la manière dont il faut s'y prendre pour les conserver. Doosan, grand fabricant d'engins de chantiers, fait songer aux licenciements chez Caterpillar voire à la fermeture de Renault Vilvorde. Les ouvriers des trois entreprises n'avaient pas à rougir en termes de productivité, de flexibilité, ni de qualité du travail. Les coûts salariaux n'étaient pas prohibitifs, compte tenu des aides et subsides dont bénéficiaient ces entreprises. Mais les secteurs d'activité étaient fragiles (automobile, construction, etc.) et la stratégie des maisons mères, enclines à utiliser leurs capitaux dans des régions du monde à forte croissance et désireuses de protéger l'emploi dans leur pays d'origine, a irrémédiablement condamné ces filiales belges. C'est là qu'on voit les effets néfastes de notre propension à vendre nos entreprises à l'étranger et abandonner les centres de décision.

Aurions-nous pu garder Doosan à Frameries ? Sans doute pas. Les activités du groupe chez nous étaient à risque : une partie des ventes était destinée au Moyen-Orient et à l'Afrique, des marchés que Doosan a estimé plus opportun de servir à partir de Dubaï et de ses usines en Chine et en Corée... Une autre était réalisée en Ukraine et en Russie. Doosan y voyait un moteur de croissance. La géopolitique en a décidé autrement.

Alors sommes-nous donc condamnés à voir les groupes étrangers partir ? Non plus. Ces derniers temps d'ailleurs, les statistiques d'investissements directs à l'étranger réalisés en Wallonie sont plutôt flatteuses : 78 projets aboutis l'an dernier (11 % de plus qu'en 2012), soit un investissement de 862 millions d'euros et plus de 1.500 emplois créés. Et plus de 680 millions d'euros provenaient d'extensions d'anciens projets, preuve que ces groupes étrangers estiment finalement ne pas avoir fait un trop mauvais choix en décidant de s'installer entre Arlon et Waterloo.

Ils y sont venus pour l'avantage concurrentiel offert par la Région, en sachant que la compétitivité ne se résume pas seulement au coût salarial. Il y a aussi la présence d'une main-d'oeuvre qualifiée, de sous-traitants spécialisés et d'une infrastructure de qualité. Un exemple à méditer : notre petit voisin luxembourgeois, s'apercevant que le secteur bancaire pourrait vivre des jours difficiles, s'est ainsi doté d'une infrastructure informatique de pointe qui fait que c'est au Grand-Duché que se situe actuellement près de la moitié de serveurs hautement sécurisés qui existent en Europe. Et si, par ailleurs, un cadre réglementaire attrayant vient en soutien de ces infrastructures, les géants du Net sortent leur carnet de chèques... Preuve que le volontarisme politique porte ses fruits.

Et puis, il y a la proximité. C'est ce que souligne d'ailleurs aussi l'histoire d'Omega Pharma que vous découvrirez dans ce magazine. L'entreprise de Marc Coucke a en premier lieu bâti le gros de sa croissance sur le marché belge, puis sur ceux de ses proches voisins français et néerlandais. On investit dans ce que l'on connaît. Sur les 1.500 emplois créés en 2013 en Wallonie par les investissements étrangers, neuf sur 10 étaient créés par une entreprise européenne et la moitié reposait sur des investissements... flamands. Dans la comptabilité régionale, en effet, un flux de capital venu d'une autre région belge est considéré comme étranger. Nos plus proches voisins restent nos plus fidèles partenaires. Ce que vient de confirmer, a contrario, le triste épisode de Doosan.

PIERRE-HENRI THOMAS

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