Attentats, Brexit, grèves... Sale temps pour les compagnies aériennes

08/08/16 à 10:52 - Mise à jour à 10:52

Source: Belga

Le ciel des compagnies aériennes européennes s'assombrit: après une année 2015 florissante, une accumulation d'aléas dans un climat anxyogène lié aux attentats à répétition met un frein à leur élan.

Attentats, Brexit, grèves... Sale temps pour les compagnies aériennes

© Reuters

La concurrence exacerbée avec une surcapacité de l'offre, les incertitudes politiques, le Brexit, les grèves des personnels navigants ou des contrôleurs aériens et les attentats de plus en plus nombreux et rapprochés en Europe, en particulier en France, affectent les résultats malgré un prix du kérosène toujours bas.

En Europe, la différence en 2016, "c'est la conjonction de plusieurs facteurs exogènes et aléas qui ont perturbé considérablement le trafic aérien, ainsi que le commerce dans les aéroports", explique à l'AFP Stéphane Albernhe, Managing Partner du cabinet Archery Strategy Consulting, évoquant "un alignement malheureux des planètes".

Portées par un prix du kérosène au plus bas et une croissance soutenue du trafic aérien, la plupart des compagnies aériennes avaient affiché des bénéfices en hausse en 2015.

Mais à mi-parcours en 2016, le groupe français Air France-KLM, l'allemande Lufthansa, IAG qui regroupe British Airways, Iberia, Aer Lingus et Vueling, les compagnies à bas coûts britannique EasyJet et irlandaise Ryanair, mais aussi la japonaise ANA Holdings ont annoncé en juillet des chiffres d'affaires en recul ou des abaissements de leurs prévisions annuelles de bénéfices.

"La fréquence des attentats a récemment augmenté. La série Nice, Munich, Saint-Etienne-du-Rouvray, c'est une fréquence inédite, les gens sont inquiets, et leur comportement s'en ressent à court terme", souligne M. Albernhe.

Les liaisons avec le Japon, un pays particulièrement sensible aux effets des attentats, sont particulièrement touchées et, dans une moindre mesure, celles avec les Etats-Unis et la Chine, selon Didier Brechemier, expert en transports aériens au cabinet de conseil Roland Berger.

Selon la société Forwardkeys qui analyse plus de 14 millions de transactions aériennes dans le monde chaque jour, les réservations pour la France depuis le Japon avaient chuté de 33% entre le 24 et le 31 décembre 2015, après les attaques du 13 novembre contre le Bataclan.

"La demande des voyageurs continue de croître mais à un rythme plus lent. Le contexte économique fragile et incertain, les chocs politiques, et une vague d'attaques terroristes contribuent à une demande plus faible", a indiqué Tony Tyler, le président de l'Association internationale du transport aérien (IATA), cité jeudi dans un communiqué.

En France, "tout acte potentiel de terrorisme amène immédiatement une baisse du trafic aérien touristique", souligne Didier Brechemier, ajoutant que la destination France, où plusieurs attaques terroristes meurtrières ont été perpétrées depuis le 7 janvier 2015 "est la plus exposée".

L'attaque du 14 juillet à Nice a amplifié la baisse des réservations de vols vers l'Hexagone pour les mois d'août et septembre qui atteint désormais -20% contre -16% avant l'attaque, selon Forwardkeys.

Mais si les attaques ont un effet négatif sur le trafic, elles affectent aussi l'humeur des passagers qui sont moins enclins à dépenser dans les magasins des aéroports.

Le groupe Aéroports de Paris (ADP) qui a annoncé fin juillet un abaissement de sa prévision de bénéfices pour 2016 a ainsi enregistré un recul des recettes des commerces en zones réservées de 5 millions d'euros.

Mais les facteurs sous-jacents du marché de l'aviation civile "restent puissants et durables à horizon 15-20 ans, malgré les facteurs exogènes défavorables et les aléas par périodes" avec un trafic mondial qui croit de 4,5 à 5% par an, souligne M. Albernhe.

"Tout ce qui est pandémie et terrorisme a un effet instantané, mais ponctuel sur le trafic aérien", poursuit-il, et le rythme de croissance du trafic mondial pourrait être revu "seulement si on rentrait dans une période d'hyper-terrorisme en continu, combinée avec une crise financière mondiale et une pandémie, cela fait quand même beaucoup !".

Nos partenaires