ArcelorMittal : fermeture de la phase à chaud à Liège

12/10/11 à 19:40 - Mise à jour à 19:40

Source: Trends-Tendances

La direction d'ArcelorMittal a annoncé aux syndicats la fermeture de la phase à chaud à Liège, a annoncé le délégué syndical CSC David Camerini.

ArcelorMittal : fermeture de la phase à chaud à Liège

© Image Globe

C'est "un véritable cataclysme" pour le bassin sidérurgique, a déclaré David Camerini. Au total, quelque 600 emplois directs seraient touchés, "auxquels il faut ajouter les centaines d'emplois qui gravitent autour", a précisé le responsable du syndicat chrétien.
"Nous allons nous battre pour garder une sidérurgie intégrée", a-t-il toutefois ajouté en dénonçant par ailleurs le "hold-up social" de la direction. "Après tous les efforts consentis par les travailleurs, ils méritaient mieux que cela".

Des assemblées d'informations vont être organisées dans les jours à venir et un plan d'actions sera mis sur pied par les syndicats, a encore indiqué David Camerini. Un conseil d'entreprise extraordinaire est par ailleurs programmé dès demain matin à Liège.

Deux représentants d'ArcelorMittal, Jacques Pélerin, directeur du groupe sidérurgique pour la Wallonie, et Robrecht Himpe, CEO de la division "plat carbone" du groupe pour l'Europe, et le
ministre-président du gouvernement wallon, Rudy Demotte, accompagné du ministre de l'Economie, Jean-Claude Marcourt étaient présents mais personne n'a fait de commentaire à l'issue de la réunion.

Un conseil d'entreprise extraordinaire est prévu jeudi à 09h00 dans la région liégeoise. Il traitera du projet de réorganisation des activités d'ArcelorMittal, soit l'arrêt de la phase liquide.

Le MR appelle à la mobilisation du politique

Dans un communiqué, le MR a appelé à la mobilisation pour sauver la sidérurgie liégeoise. Face à la tragédie sociale et économique qui menace le bassin sidérurgique liégeois, la députée wallonne Christine Defraigne en appelle à "la mobilisation des forces vives" tant politiques qu'industrielles pour limiter l'impact d'une décision qui touchera des centaines de travailleurs et leurs familles.

"Nous devons mettre tout en oeuvre pour sauver ce qui peut l'être, je pense essentiellement à l'aval, la phase à froid, qui reste un des fleurons du bassin liégeois et qui ce soir est particulièrement fragilisé", poursuit Mme Defraigne.

La députée liégeoise plaide, en outre, pour la mise en place d'une "structure" qui apportera, dans un premier temps, un soutien aux victimes de ce drame social et qui, ensuite, permettra de déployer des "cellules de reconversion".

S'adressant au gouvernement wallon, elle plaide pour une "union régionale" afin de limiter l'impact de cette fermeture.

De son côté, le président du MR, Charles Michel souligne que "ce drame humain et social, rappelle qu'il est urgent de s'atteler à des réformes socio-économiques profondes afin de préserver et d'encourager l'emploi en Wallonie".

Ecolo craint aussi pour la recherche et le froid

Ecolo a réagi avec "consternation" à l'annonce de la fermeture de la phase à chaud liégeoise. "Outre le drame social que représenterait cette fermeture, c'est aussi des pans entiers de recherche et de développement dans les secteurs verts qui risquent de disparaître", regrettent les écologistes liégeois qui craignent "des conséquences extrêmement graves à terme pour la phase à froid".

Les Verts dénoncent la stratégie de la haute direction d'ArcelorMittal dont le seul objectif a été "le maintien de ses profits à court terme, quelles que soient les conséquences pour l'emploi".

Ecolo assure qu'il veillera à ce que le gouvernement wallon prenne toutes les mesures pour venir en aide aux travailleurs et à leurs familles le plus rapidement possible.

Trends.be, avec Belga

Grandeur et decadence

A l'image de la sidérurgie dans son ensemble, l'histoire de la phase à chaud liégeoise - qui comprend notamment les deux hauts-fourneaux d'Ougrée et Seraing ainsi que l'aciérie en coulée continue de Chertal - est ponctuée de périodes fastes, mais aussi de mutations et de crises profondes.

Tout commence en 1817, alors que la Belgique n'existe pas encore. Cette année-là, l'Anglais John Cockerill fonde sa première usine à Seraing afin de produire lui-même l'acier dont il a besoin pour construire ses métiers à tisser.

Les décennies suivantes verront la sidérurgie se développer et vivre son âge d'or avant d'essuyer ses premiers revers, au début des années 80, quand la plupart des activités sidérurgiques liégeoises et carolorégiennes sont regroupées au sein d'une même société: Cockerill Sambre.

En 1998, la Région Wallonne, actionnaire majoritaire de Cockerill Sambre, cède la société et ses filiales au Groupe français Usinor. Début 2002, Usinor fusionne avec les Groupes Arbed et Aceralia pour former Arcelor.

Début 2003, ce dernier annonce ses orientations stratégiques, qui visent à concentrer les investissements importants nécessaires aux lignes à chaud sur les sites les plus performants, situés en bord de mer. Cette décision devait conduire à la fermeture d'un des deux hauts-fourneaux de Liège mi-2005, ainsi qu'à l'arrêt de la ligne à chaud en 2009. Le haut-fourneau 6 est finalement mis à l'arrêt en avril 2005.

L'année suivante, après le succès de l'OPA lancée par Mittal Steel sur Arcelor, le groupe ArcelorMittal est créé.

Début 2008, le géant de la sidérurgie annonce l'abandon du projet de fermeture de la ligne à chaud liégeoise et rouvre, en février, le haut-fourneau de Seraing. Mais la crise économique passe par là et la phase liquide est arrêtée en mai 2009 "afin d'adapter le dispositif de production d'ArcelorMittal en Europe au très faible niveau de demande". Le haut-fourneau serésien, lui, avait fermé en novembre 2008.

Quelques mois plus tard, en novembre 2009, le laminoir de Chertal est toutefois relancé et en avril 2010, c'est le haut-fourneau d'Ougrée qui reprend du service, représentant quelque 600 emplois directs pour le bassin sidérurgique.

Mais les tensions sociales se font vives, au point qu'en mars 2011, la direction du groupe, irritée par les actions syndicales à répétition, annonce le gel des investissements pour la phase liquide à Liège. Durant l'été, cette dernière est arrêtée, comme prévu, mais un nouveau coup de tonnerre retentit début août, quand la direction générale confirme son maintien à l'arrêt pour le quatrième trimestre 2011.

Ce mercredi 12 octobre, enfin, la direction du groupe annonce aux syndicats la fermeture de la phase à chaud liégeoise.

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