Airbus est-il coresponsable de la faillite de la Sabena?

25/02/13 à 11:35 - Mise à jour à 11:35

Source: Trends-Tendances

Plus de 58 millions d'euros. Voilà ce que réclame aujourd'hui officiellement le curateur de la Sabena au constructeur aéronautique Airbus.

Airbus est-il coresponsable de la faillite de la Sabena?

© Reuters

En charge du dossier, Christian Van Buggenhout vient en effet de déposer une action en dommages et intérêts devant le tribunal de commerce de Bruxelles, accusant Airbus d'être coresponsable de la faillite de la compagnie aérienne belge en 2001.

Le coeur du problème ? La commande de 34 nouveaux appareils Airbus par la Sabena en 1997 alors que la compagnie belge n'avait apparemment besoin que d'une bonne quinzaine d'avions tout au plus. Une commande astronomique d'un milliard de dollars que la Sabena ne pouvait assumer seule mais pour laquelle son partenaire Swissair s'est porté garant. Une commande d'autant plus étrange que le personnel technique de la Sabena avait été formé jusque-là pour travailler sur des Boeing et qui, au final, est considérée comme l'une des causes principales de la faillite de la compagnie belge par de nombreux observateurs.

Pour le curateur Christian Van Buggenhout, il est évident qu'Airbus savait, depuis le début, que la Sabena ne pourrait elle-même assurer cette commande. Selon lui, le constructeur européen a donc mis en place une structure qui lui était favorable en touchant notamment une avance sur la commande de ces 34 appareils qui n'ont jamais été livrés et qu'Airbus a même pu, au final, refourguer à d'autres compagnies. D'où le souhait du curateur d'obtenir un remboursement de plus de 58 millions d'euros en dommages et intérêts auprès du constructeur aéronautique.

Une action réaliste ? Mais cette action juridique a-t-elle réellement des chances d'aboutir ? En caricaturant un peu, lorsqu'un hypermarché vend, à crédit, une télévision écran plat à un couple déjà surendetté, est-il pour autant juridiquement responsable de ce nouveau surendettement ? Spécialiste du dossier Sabena, l'avocat et professeur d'économie Robert Wtterwulghe refuse de se prononcer sur le fond de cette nouvelle initiative du curateur Christian Van Buggenhout, estimant ne pas avoir tous les éléments nécessaires pour donner un jugement. "Je suppose que le curateur doit avoir des arguments juridiques pour mener cette action, ajoute cependant Robert Wtterwulghe, mais je crains qu'il ne s'agisse là d'un épiphénomène. Il me semble que c'est un problème mineur par rapport à la faillite et à ses conséquences sociales, et surtout par rapport aux responsabilités fondamentales que l'on a esquivées. Car il y a eu, dans ce dossier, une manipulation remarquable des autorités gouvernementales qui ont étouffé la responsabilité de l'ensemble des membres du conseil d'administration de la Sabena."

Pour le professeur d'économie, il y a en effet quelque chose de récurrent dans le dossier Sabena et ce nouvel épisode en est la parfaite illustration : "On déplace toujours le problème pour éviter de s'attaquer aux vrais responsables, conclut Robert Wtterwulghe. Comme dans l'affaire Fortis, il y a eu une manipulation du politique qui a finalement tiré son épingle du jeu et malheureusement remis en cause le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs."

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