Acier liégeois : un rapport orienté ?

24/01/12 à 19:17 - Mise à jour à 19:17

Source: Trends-Tendances

Le rapport Laplace sur l'acier liégeois souffre d'"incohérences intellectuelles", a dénonce le ministre Marcourt. Le PTB dénonce le manque de neutralité de ses auteurs et réaffirme la viabilité d'une sidérurgie intégrée et publique en Wallonie.

Acier liégeois : un rapport orienté ?

© Image Globe

Sidérurgie à Liège : le ministre Marcourt enterre le rapport Laplace et égratigne la Sogepa

Jean-Claude Marcourt, ministre wallon (PS) de l'Economie, a jugé mardi impossible de donner suite au rapport controversé de Laplace Conseil sur la sidérurgie liégeoise, et condamné l'importante responsabilité de l'auteur de sa fuite, au sein de la Société wallonne de gestion et de participations des entreprises (Sogepa).

"Il n'est pas possible de donner suite à ce rapport en raison de ses incohérences intellectuelles : ce document est un rapport intermédiaire, il faudrait travailler dessus pour qu'il devienne cohérent", a répondu le ministre, interpellé en commission du Parlement wallon par de nombreux députés. Jean-Claude Marcourt relève dans le rapport des éléments "non argumentés, non étayés et incohérents, ce qui démontre son caractère intérimaire".

Le gouvernement wallon, a-t-il assuré, n'accepte pas le caractère "irréversible" - selon Laplace Conseil - de la fermeture de la phase à chaud à Liège, annoncée par le groupe ArcelorMittal : "Nous sommes toujours dans la phase 1 de la loi Renault, au stade de la déclaration d'intention", a-t-il rappelé, assurant que les pouvoirs publics examinaient toutes les pistes envisageables.

Le ministre s'en est pris également au commanditaire du rapport, bras financier de la Région wallonne : "Je regrette que la Sogepa, qui est gardienne de la discrétion de ce type de document, n'ait pas préservé sa confidentialité jusqu'au rapport définitif. Il y a là une responsabilité importante." Jean-Claude Marcourt a annoncé une réunion mercredi au sein de cette société.

A l'instar des députés Marc Bolland (PS), Christine Defraigne (MR), Alain Onkelinx (PS), Christian Noiret (Ecolo) et Bernard Wesphael (Ecolo) qui l'interpellaient, Jean-Claude Marcourt s'est dit choqué des propos tenus par l'auteur du rapport Laplace, Marcel Genet, qui avait fortement critiqué les Liégeois et les syndicats pour leur attitude dans ce dossier. Il a rappelé les efforts (flexibilité, réduction salariale) réalisés par les travailleurs et les syndicats lors de la relance de la phase à chaud et le non-respect des annonces d'investissement de la part du groupe ArcelorMittal.

Un second rapport commandé au bureau Syndex connaît pour sa part quelque retard en raison de demandes de données confidentielles au géant de la sidérurgie, mais devrait être rendu en février, a ajouté le ministre. Le gouvernement fédéral est prêt à répondre à des demandes de soutien, a-t-il encore rappelé, alors que le MR avait réclamé un investissement dans le dossier du Premier ministre, Elio Di Rupo.

Pour le PTB, le rapport de Laplace Conseil n'est pas neutre

En 2009 paraissait déjà un rapport Laplace sur la sidérurgie liégeoise qui, globalement, lui était favorable : "Aujourd'hui, alors que les différences de couts de production à la tonne n'ont fondamentalement pas évoluées (le rapport sorti ce week-end va même jusqu'à gommer ou minimiser les différences de coût entre un site maritime et un site continental), les conclusions qui tombent divergent", relève le Parti du travail de Belgique sur son site Internet.

Selon Laplace Conseil, c'est tout le chaud qui doit fermer alors que le froid doit être filialisé avec l'aide de la Région wallonne, moyennant un plan de restructuration qui fera fermer dans le froid une capacité équivalente à ce qui ferme dans le chaud.

Pourquoi cette différence d'analyse ?, interroge le PTB. Aujourd'hui (et ce, depuis le mois d'octobre 2011), il y a une baisse de production d'acier au niveau européen par rapport aux chiffres de 2010, pointe le parti de gauche. Pour Damien Robert, responsable sidérurgie du PTB, "dans une logique de hausse de production, 5 % de différence de coût à la tonne, ce n'est que 5 % de bénéfice en moins, tandis que, dans une situation où il y a baisse de la production, la tonne qui est 5 % plus chère sera celle que la logique du tout au profit préfèrera ne pas fabriquer".

Le rapport Laplace est présenté, par ses commanditaires (la Région wallonne) et ses auteurs, comme un rapport rédigé par un spécialiste, liégeois de surcroit. Pour Damien Robert, "ces spécialistes ne sont pas neutres. Les consultants de Laplace Conseil, M. Genet et M. Orban, ont conseillé entre autres, dans les années 1990, la Sogepa et la Région wallonne lors de la faillite scandaleuse de Clabecq et la privatisation de Cockerill Sambre. Or, c'est cette privatisation qui est la source des problèmes de Liège. Ils ont le culot de montrer du doigt les syndicats comme responsables de tous les maux. Or, ce sont les seuls qui ont critiqué la privatisation. Sans le syndicat qui a exigé une mise sous cocon des hauts fourneaux, il n'y aurait même pas eu, à l'époque, de relance et du travail pour des milliers de famille."

Acier liégeois : la seule solution pour le PTB ? Une sidérurgie intégrée publique

La seule solution, pour le PTB, reste une sidérurgie intégrée, "et la seule sidérurgie intégrée crédible en ces temps de crise, où les lois du marché sèment leur logique de fermeture un peu partout, c'est la sidérurgie intégrée publique".

Le rapport Laplace suggère la construction d'une aciérie électrique à Charleroi. Le parti de gauche ne juge pas cette proposition crédible : "La filière électrique pour les produits plats carbone n'est pas concurrentielle. Laplace reconnaît qu'elle ne pourra produire que 85 % du carnet actuel. Cette filière est tributaire des prix volatiles de la mitraille et du KWH. Puis, l'aciérie électrique Carinox, où l'on ajouterait une aciérie plats carbone, est aussi menacé par une restructuration de la filière inox. Enfin, Mittal a mis sa branche inox Aperam en vitrine avec comme objectif de le vendre. Cette proposition n'est donc pas même économiquement sérieuse."

Le rapport de Laplace Conseil estime l'idée d'une "sidérurgie intégrée et publique" trop chère : un milliard d'euros. Le PTB rétorque "qu'un milliard, c'est moins que la somme de 1.148.201.303 euros qui équivaut aux déductions fiscales obtenues par ArcelorMittal en Belgique pour 2009 et 2010 ainsi qu'aux reventes de surplus de quotas distribués par la Région wallonne entre 2008 et 2010."

V.D., avec Belga

Nos partenaires