À Genève, l'industrie automobile se frotte les mains

01/03/16 à 18:58 - Mise à jour à 18:58

Source: Afp

Quelques mois après l'éclatement du scandale Volkswagen, l'industrie automobile réunie au salon de Genève se montre optimiste pour 2016, alors que le marché européen devrait continuer de relever la tête.

À Genève, l'industrie automobile se frotte les mains

© Reuters

Aux abords du lac Léman, voitures surpuissantes et 4x4 urbains conquérants ont été présentés à la presse et aux professionnels du secteur mardi, avant l'ouverture du salon au public jeudi et jusqu'au 13 mars.

Pour sa 86e édition, le salon a comme à l'accoutumée fait la part belle aux voitures de tous les superlatifs, comme la Bugatti Chiron, une des automobiles de série les plus puissantes, les plus rapides et les plus chères du monde (quelque deux millions d'euros).

Une autre enseigne de "supercars" du groupe Volkswagen, Lamborghini, exhibe sa Centenario, à laquelle Aston Martin réplique avec une DB 11 fuselée et Jaguar une version encore plus musclée de son coupé type F.

Et si le français Renault a finalement décidé de ne pas faire venir à Genève son prototype préfigurant la renaissance d'Alpine, DS (groupe PSA) y montre un concept de coupé futuriste, l'E-tense électrique. L'électrique, justement, bien que présente à Genève, n'est clairement pas au centre de l'attention dans un contexte de carburant très bon marché.

Les 4x4 urbains ont à nouveau déferlé sur Genève. Ce segment a conquis plus de 22% du marché européen en 10 ans d'existence. Volkswagen a ainsi dévoilé son concept T-Cross Breeze, un petit cabriolet censé annoncer une "large offensive dans les SUV", tandis que les Kia Niro, Toyota C-HR, Seat Ateca, Audi Q2 et Skoda VisionS veulent rivaliser avec les vedettes des ventes, le Renault Captur et le Nissan Qashqai.

Renault va à contre-courant de la tendance cette année en présentant la quatrième génération de son monospace compact Scénic et le break Mégane.

Parmi les constructeurs, l'humeur est au beau fixe après une année porteuse en 2015 (+9,3%), loin de la sévère crise traversée par le secteur de 2008 à 2013. "L'industrie automobile se porte bien et ça se voit dans l'optimisme de tous les participants à ce salon", a commenté Carlos Ghosn, le PDG de Renault.

Pour 2016, l'allemand BMW prévoit une croissance de ses ventes sur le Vieux continent comprise entre 5 et 10% cette année, et son rival Mercedes-Benz (Daimler) entrevoit un "net potentiel de croissance" en Europe pour lui.

Paul Willcox, président de Nissan Europe, prédit de son côté une poursuite de la reprise du marché européen cette année. "2 ou 3% peut-être", avance-t-il prudemment. Une estimation globalement conforme par ses compétiteurs, comme Opel, filiale européenne de l'américain General Motors, ou le français PSA.

L'effet de rattrapage observé en particulier dans le sud du continent "est plus faible que l'an dernier mais il est toujours là", relève Peter Fuss, expert automobile du cabinet de conseil EY.

Le diesel sur la sellette

Volkswagen a profité du salon pour faire son mea culpa et tenter de reconquérir le coeur des clients européens. Le groupe aux douze marques, dont la tricherie dans les tests antipollution a été démasquée aux Etats-Unis en septembre, veut "apprendre des erreurs du passé", a assuré son patron Matthias Müller lundi soir. Herbert Diess, directeur de la marque VW, a enfoncé le clou mardi : "Volkswagen change" et "prend ses responsabilités partout dans le monde", a-t-il assuré.

Le géant allemand, qui domine près de 25% du marché européen, risque toujours de lourdes pénalités. Mais cette affaire n'a pas non plus épargné le secteur dans son ensemble. "Cela ne nous a pas facilité la vie, loin de là. Notre réputation à tous, en tant qu'industrie, a souffert", regrette Sergio Marchionne, patron de Fiat Chrysler Automobiles (FCA).

Le "dieselgate" a attiré l'attention des pouvoirs publics sur les émissions des véhicules diesel, entraînant un durcissement des normes européennes d'ici quelques années. Les coûts de dépollution vont augmenter, ce qui devrait faire reculer la part de marché des diesel, actuellement de plus de 50% sur le Vieux continent, faisant planer une incertitude sur l'avenir de cette technologie.

Pour BMW, dont les trois quarts des voitures vendues en Europe sont équipées de moteurs diesel, ces nouvelles normes sont "très exigeantes et vont coûter beaucoup d'argent à l'entreprise", estime son patron Harald Krüger. Comme Mercedes-Benz, il n'a toutefois pas encore vu d'effet du scandale Volkswagen sur ses ventes de voitures diesel en Europe.

Contrairement aux Etats-Unis où le diesel n'a jamais vraiment pris, en Europe "les clients ne sont pas vraiment intéressés par cette affaire. (...) Ce qui compte pour eux, c'est plutôt que le diesel est bon marché", souligne Stefan Bratzel, spécialiste automobile de l'institut allemand CAM.

En savoir plus sur:

Nos partenaires