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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

21/03/11 à 10:27 - Mise à jour à 10:27

Egypte et Tunisie : ce "décalage" qui intrigue les analystes

Après coup, certains commentateurs s'interrogent sur le décalage qui existe entre le mécontentement populaire en Egypte et en Tunisie, alors que ces deux pays avaient un taux de croissance économique et donc une santé économique convenable.

Après coup, certains commentateurs s'interrogent sur le décalage qui existe entre le mécontentement populaire en Egypte et en Tunisie, alors que ces deux pays avaient un taux de croissance économique et donc une santé économique convenable.

Bien entendu, le taux de chômage, notamment celui des jeunes diplômés, était et reste élevé. En revanche, la machine économique semblait au moins tourner à plein régime, c'est vrai. Mais les historiens sont moins étonnés de ce décalage que les économistes. En réalité, sur le plan historique, les peuples se sont davantage révoltés contre la hausse des prix que contre le chômage ! En France, par exemple, l'histoire montre qu'après chaque augmentation brutale du blé, il y a eu des révoltes ou des coups d'Etat.

Nicolas de La Mare, qui fut le premier préfet de police de Paris, publiait au début du 18e siècle le premier Traité de police jamais publié en France. Que disait-il, dans ce traité ? "La sûreté publique n'est jamais plus exposée que dans les temps que l'on manque de pain ou que l'on ne peut en avoir qu'avec peine." Or, les révoltes en Tunisie et en Egypte ont démarré avec la hausse d'un certain nombre de biens alimentaires de première nécessité.

L'économiste Jean-Marc Daniel pense que les économistes doivent en quelque sorte revisiter leurs "préjugés" théoriques, notamment celui qui veut qu'à choisir entre le chômage et l'inflation, il vaut mieux choisir l'inflation car le chômage est socialement plus dangereux !

Si c'est probablement vrai pour les pays développés - les biens alimentaires de base, par exemple, ne représentent qu'une petite fraction de la consommation globale - ce n'est pas le cas dans les pays émergents. Pour la simple raison que les biens alimentaires de base représentent entre 30 % et 40 % du panier de la ménagère. Donc, toute inflation de ces biens de première nécessité, comme le riz et le blé, se traduit par une révolte ou une descente dans les rues.

Le pire, dans tout cela, c'est que beaucoup d'économistes pensent que c'est à cause de la politique monétaire laxiste de Washington que l'inflation fait des ravages dans le sud de la planète. D'où leur avertissement : il serait dangereux de continuer à imprimer artificiellement des billets de dollars dont le bilan ultime est l'émeute.

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