Johan Van Overtveldt
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Johan Van Overtveldt is hoofdredacteur van Trends.
Opinion

10/10/11 à 13:09 - Mise à jour à 13:09

Dexia : les 5 raisons de ne pas se réjouir

Le sauvetage de Dexia soulève beaucoup de questions. Voici 5 raisons de ne pas s'en réjouir.

Dexia : les 5 raisons de ne pas se réjouir

L'Etat belge dépensera 4 milliards d'euro pour le rachat de Dexia Belgique. Le gouvernement souhaite garder la banque en portefeuille pour quelques années encore. Ce n'est pas tout, puisque l'Etat belge se porte aussi garant à hauteur de 54 milliards d'euro pour Toxia, la bad bank qui regroupe tous les actifs toxiques de l'actuel holding Dexia. Le Premier ministre annonce, à raison, que grâce à ces interventions, les intérêts des épargnants et des clients de Dexia sont protégés.

Malgré toutes ces bonnes nouvelles, l'heure n'est pourtant pas venue de faire des bonds de joie. Parce qu'il reste au moins cinq questions sans réponses, et donc autant de raisons de ne pas se réjouir.

1. Que recevra l'Etat belge en échange de ses 4 milliards pour Dexia Banque Belgique ?

Ou pour le formuler différemment, quels seront les avoirs de la nouvelle Dexia Banque Belgique (DBB) ? Aura-t-elle des bâtiments ? Des portefeuilles de crédits ? Quelle sera la qualité intrinsèque de ses avoirs ? Est-on certain qu'il ne restera aucun actif toxique dans les actifs de DBB ?

2. Quel sera l'impact, sur la note de notre pays, des 4 milliards + 54 milliards d'engagements de l'Etat envers Dexia ?

L'argument que la garantie étatique de 54 milliards n'augmentera pas la dette de l'Etat grâce aux intérêts est fondé dans le cadre stricto sensu des règles Eurostat. Au final, cela ne signifie pas grand-chose. Les agences de notation, via leurs ratings, ne seront pas dupes : une dépréciation de la note de la Belgique est un peu plus qu'une simple possibilité. Moody's s'est par ailleurs clairement exprimée en ce sens la semaine dernière.

Avec une note plus basse, le financement structurel de la dette belge coûtera davantage. Une hausse structurelle des coûts de la dette belge entraînera dans son sillage les autres entités belges qui verront, elles aussi, augmenter leurs coûts financiers.

Par ailleurs le deal Dexia hypothèque les possibilités de l'Etat belge de résoudre d'autres problèmes qui pourraient survenir dans le secteur financier. Bien que ces problèmes ne soient pas aigus en ce moment, la situation de méfiance actuelle envers les banques européennes pourrait faire apparaître ce cas de figure plus tôt que prévu.

3. Comment s'assurer que Dexia Banque Belgique ne fera pas un mauvais usage de la garantie d'Etat ?

Il a déjà été démontré que des banques ayant bénéficié d'une garantie d'Etat se montraient souvent plus agressives dans leur stratégie. Pourtant, on peut difficilement imaginer que DBB souhaite rendre bancales des institutions saines et qui n'ont pas été trop mal gérées jusqu'à présent.

4. Quid du traitement équitable entre tous les actionnaires de Dexia ?

Le Premier ministre a confirmé ce matin, sur les ondes de la VRT, son intention de réintroduire les actionnaires actuels dans le capital de DBB. Comment tout cela doit être mis en place est pour l'heure encore un peu flou. Il est vrai que la participation du Holding Communal et de l'ACW (environ 14 % chacun) provoque quelques remous.

Se pose dès lors la question du traitement équitable entre tous les actionnaires. Toute autre façon de procéder est contraire à la Constitution. On parle de s'atteler à une garantie pour les structures coopératives (comprendre : un accord qui protégerait au moins en partie les intérêts de l'ACW). Dans ce cas, ce serait à nouveau au contribuable de payer pour des intérêts de particuliers dont les pertes, suite à une négligence ou imprudence, seraient imputables à eux seuls. Ce qui est évidement impossible.

5. Dexia : la partie française rendra-t-elle les milliards transférés de Belgique ?

Plusieurs sources confirment que des sommes importantes de Dexia ont été transférées en interne entre la Belgique et la France. On parle de 40 milliards. Ce genre de transactions est illégal dans le cadre de la loi européenne. Où en est-on avec ces transferts ? Rendra-t-on ces dépôts belges ? Qu'a-t-il été conclu autour de cela ?

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