Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/05/14 à 11:55 - Mise à jour à 11:55

Des paroles pour faire baisser l'euro?

La parole d'un président de banque centrale n'est pas la parole d'un homme parmi d'autres : pour les marchés financiers, sa parole est d'une importance capitale car elle peut influencer la direction des marchés dans un sens ou un autre.

Alan Greenspan, l'ancien président de la banque centrale américaine, lui, jouait sur l'ambiguïté de sa parole et utilisait en conférence de presse des formules alambiquées pour ne pas trop dévoiler ses cartes aux investisseurs financiers. Il a même osé dire un jour sous forme de boutade, que si "on avait compris ses propos, c'est qu'il s'était mal exprimé". Bref, Alan Greenspan jouait au Sphynx.

En Europe, c'est exactement l'inverse que fait le président de la banque centrale européenne : Mario Draghi, puisque c'est de lui dont il s'agit. Mario Draghi appelle un chat, un chat. La meilleure preuve, durant l'été 2012, pour éviter de nouvelles tensions pour les pays du sud de la zone euro, il a déclaré qu'il était prêt à tout faire pour éviter l'éclatement de l'euro, et croyez-moi, a-t-il dit, cela sera suffisant. Et cette simple déclaration très virile a suffi à calmer les marchés financiers.
Je dirai même que depuis lors, les taux d'intérêt des pays du sud de la zone euro se sont détendus fortement.

La parole du président de la banque centrale européenne a donc du poids. Et c'est en soi une arme verbale très efficace qui évite à cette même banque centrale d'agir en utilisant des armes plus conventionnelles comme l'arme des taux d'intérêt ou l'arme des achats ou ventes de devises. Bref, la parole d'un président de la banque centrale européenne a le même rôle qu'une arme nucléaire, elle a un côté dissuasif, c'est-à-dire que son rôle premier est de ne pas devoir utiliser l'arme nucléaire !

Mais cette arme du verbe a aussi ses limites, on le voit aujourd'hui, comme l'euro ne fait qu'augmenter par rapport au dollar notamment, certains exportateurs européens crient au secours car leurs produits sont devenus trop chers à l'exportation. Pour lutter contre cette hausse de l'euro, là encore, Mario Draghi a voulu utiliser l'arme de la parole en disant que "le niveau de l'euro l'inquiétait fortement". Mais le seul problème, c'est que malgré ces belles paroles, l'euro n'arrête toujours pas de grimper sur le marché des changes... Ce qui prouve bien que le poids des mots a également ses limites ! Pour freiner la hausse de l'euro, il faudra bien trouver autre chose que des paroles...

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