Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Lire la chronique d'Amid Faljaoui
Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/07/12 à 10:23 - Mise à jour à 10:23

Darwin et le salaire des patrons d'entreprises publiques

Cela fait maintenant plusieurs semaines qu'a lieu le débat sur le montant jugé trop élevé des salaires des grands patrons, et en particulier des grands patrons d'entreprises publiques.

En Belgique, le gouvernement fédéral veut limiter les salaires des patrons d'entreprises publiques à 200.000 euros maximum par an. En tenant compte des bonus et autres avantages, on pourrait arriver à un maximum de 290.000 euros, ce qui est encore le quart ou le tiers de ce que gagne les patrons actuels de ces entreprises ! En France, le gouvernement veut aussi limiter les salaires des grands patrons du public à 450.000 euros par an.
De son côté, le gouvernement flamand vient de faire à peu près la même déclaration en demandant que le salaire des top fonctionnaires flamands ne dépasse celui du ministre président de la région flamande, soit un peu plus de 200.000 euros !

Dans ce débat, il y a deux logiques qui s'affrontent : d'un côté, les politiques, y compris à droite de l'échiquier qui sous prétexte que c'est la crise, trouvent là un bon prétexte pour raboter les salaires de personnes dont ils ne voient pas pourquoi, elles gagneraient plus qu'elles et puis, de l'autre côté, vous avez le monde de l'entreprise qui parle de la guerre mondiale des talents, et qui ne comprend pas qu'on veuille mettre des généraux "mal payés" à la tête des entreprises publiques. Bref, pour les patrons, ce message qui consiste à raboter les salaires les plus élevés est un message de découragement des meilleurs talents !

Au fond, ce qu'on ne dit pas dans ce débat, c'est que les entreprises s'inspirent sans le savoir de la logique darwinienne qui régit la sexualité des éléphants de mer. En effet, les femelles ont une préférence constante pour les males gros et gras qui battent leurs rivaux ! Même si en devenant lourds, ils deviennent en même temps des proies plus faciles pour les requins et les épaulards ! En réalité, les grandes entreprises brandissent de gros chèques pour attirer les talents comme les éléphants de mer exhibent leur gras pour attirer les femelles. Mais, et c'est là que cela se corse, l'actualité a démontré que les très gros salaires encouragent parfois la fraude, ou alors poussent les dirigeants qui sont bourrés d'actions de la société à accroître par n'importe quel moyen la valeur boursière de l'entreprise. L'impression générale, c'est donc que les très gros salaires encouragent la prise de risque excessive. Sans le dire, le gouvernement belge qui veut raboter les salaires des PDG des entreprises publiques veut mettre en quelque sorte à la diète nos éléphants de mer.

Nos partenaires