Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

10/07/12 à 10:42 - Mise à jour à 10:42

Dans la tête des prédateurs

C'est le genre de sondage dont on se serait bien passé tant il fait froid dans le dos. Sur cinq cents cadres dirigeants du secteur bancaire interrogés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni par un cabinet d'avocats d'affaires, 24% soit un quart donc, se disent convaincus que les professionnels de la finance peuvent être conduits à mettre en oeuvre des pratiques illégales ou contraires à l'éthique pour atteindre leurs objectifs ! Autrement dit, 24% de cadres dirigeants bancaires avouent que leurs collègues peuvent être amenés à être malhonnêtes.

Mais ce n'est pas tout : 60% de ces cinq cents cadres dirigeants déclarent qu'ils commettraient un délit d'initié s'ils ne risquaient pas de sanctions. Et, cerise sur le gâteau, 30% d'entre eux affirment que leurs programmes de rémunérations variables - autrement dit leurs bonus - les incitent à violer la loi ou les principes éthiques.

Ce sondage effrayant intervient en plein scandale du Libor, considéré par certains comme le scandale du siècle, puisqu'il a consisté en la manipulation par plusieurs banques londoniennes du taux d'intérêt le plus important au monde, le fameux Libor, qui influence aussi bien le taux d'intérêt de votre carte de crédit que celui de vos prêts hypothécaires variables.

Ce sondage intervient aussi après une série d'autres affaires, notamment celle concernant la plus grande banque américaine JP Morgan, dont le patron, Jamie Dimon - considéré comme le roi de Wall Street - a dans un premier temps tenté de nier puis de minimiser les pertes de trading de sa banque. Pour finalement reconnaître que ces pertes s'élevaient à 9 milliards de dollars.

Charles Ferguson, l'auteur d'Inside Job - documentaire sur les pratiques de Wall Street, oscarisé en 2011 - sort d'ailleurs bientôt un livre aux éditions Lattès, intitulé Une nation de prédateurs, où il accuse tout simplement les financiers d'être des criminels. Quand on l'interroge sur l'intérêt qu'auraient les financiers à ruiner leurs propres Etats ou leurs propres établissements, il répond à la presse : "Disons qu'ils sont devenus indifférents au sort de leurs propres institutions, dès lors qu'ils s'enrichissent eux-mêmes. L'argent et l'arrogance les rendent dangereux. C'est pour cette raison que je porte ce débat sur la place publique, pour tenter de leur rendre les choses plus difficiles. Je suis pessimiste, à court terme. Mais, à la longue, je pense et j'espère que les Américains en auront assez. Et que le système changera." Fin de citation, mais sans doute pas la fin de ce combat.

Bande annonce d'Inside Job, de Charles Ferguson et Audrey Marss. Oscar du meilleur documentaire en 2011.

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