Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

05/03/14 à 11:26 - Mise à jour à 11:26

Crise en Ukraine: l'économie fait (un peu) plier Poutine

Poutine a donc finalement joué la carte de l'apaisement. Il a redonné un petit peu d'optimisme aux diplomates et les marchés financiers ne s'y sont pas trompés: ils sont tous passés au vert mardi, ce qui signifie qu'ils excluent un conflit armé en Ukraine, du moins pour le moment.

En réalité, ce qui a sans doute pesé fortement dans l'attitude enfin plus conciliante de Poutine, c'est l'importance de l'économie. Autant l'Ukraine ne représente pas grand-chose pour l'Europe sur le plan commercial, autant la Russie serait économiquement morte sans l'Europe, indique La Tribune.fr. Pourquoi ? Parce qu'une grande partie des exportations russes de gaz naturel est destinée aux pays européens. Mais bien entendu, la dépendance va dans les deux sens. L'Europe peut difficilement substituer ses importations de pétrole et de gaz russes, du moins, à court terme.

L'UE a un levier d'action terrible

Au fond, c'est cette interdépendance russo-européenne qui fait de l'Union européenne celle qui a le plus de moyens de pression à l'encontre de la Russie. Mais quand on parle de moyens, on ne vise pas les menaces mises sur la table aujourd'hui et relayées par les médias ! En réalité, l'UE a un levier d'action terrible via les propriétés et autres comptes bancaires détenus par les oligarques russes en Europe. L'Union pourrait, par exemple, ouvrir des enquêtes sur le blanchiment d'argent et les visas, et donc remettre en question la richesse de ces ressortissants russes.

Mais si ce moyen de pression existe, encore faut-il l'appliquer. Or, la Grande-Bretagne qui est la mieux à même de le faire, ne souhaite pas trop activer cette arme pour la simple raison que de nombreuses sociétés russes sont cotées à la Bourse de Londres. De plus, la plupart des oligarques russes ont une propriété à Londres et y mènent une vie de luxe bénéfique au commerce local. Voilà pourquoi les Britanniques se montrent timides dans cette crise.

Les Américains ont beaucoup moins à perdre que les Européens En revanche, les États-Unis sont plus durs dans leurs propos, car ils sont plus tournés économiquement vers l'Asie. Les Américains ont beaucoup moins à perdre que les Européens dans ce jeu diplomatique. Mais là aussi, il ne faut pas se leurrer. Même vis-à-vis des États-Unis, il y a une dépendance économique mutuelle: si la Russie peut en théorie stopper ses remboursements aux créanciers américains, elle a également intérêt à garder de bonnes relations avec les USA afin de s'assurer que les prêts venus de l'étranger continuent à affluer sur le sol russe, et si possible à des taux d'intérêt les plus faibles possible.

Pour un analyste de chez Pimco, c'est-à-dire du plus grand fonds obligataire au monde, la Russie serait le pays qui a le plus à perdre dans un conflit militaire avec l'Ukraine et les Occidentaux. Pour cet analyste financier, dont les propos sont relayés par La Tribune.fr, une aventure militaire serait illogique sur le plan économique. Sans être économiste, Montesquieu disait déjà il y a quelques siècles que "l'effet naturel du commerce, c'est de porter à la paix". Espérons qu'un conseiller de Poutine lui a refilé ce conseil, car le vrai danger de cette crise militaire, c'est une éventuelle décision irrationnelle de Moscou.

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